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Présidence de la Métropole : le cache-cache de Serge Grouard

Présidence de la Métropole : le cache-cache de Serge Grouard

Les élections municipales de mars n’auront pas uniquement pour finalité de choisir les dirigeants des 22 communes de l’agglomération orléanaise. Elles permettront aussi de désigner indirectement la femme ou l’homme qui aura les clés de la Métropole. Parmi les trois favoris à la mairie d'Orléans, deux se sont positionnés sur son nom. Pour le troisième, rien n'est encore officialisé...
Benjamin Vasset
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Depuis 2017, les 22 communes de l’agglomération orléanaise ont choisi de se doter d’une nouvelle organisation : adieu l’Aggl’O, bonjour Orléans Métropole avec, entre-temps, un petit passage par la case Communauté urbaine. Cette organisation a permis de transférer de nouvelles compétences aux élus municipaux réunis en assemblée intercommunale : en avril prochain, pour les grands projets structurants et pour les enjeux qui dépassent le strict cadre de la commune, ce sont 89 conseillers métropolitains qui décideront. Les espaces verts ? C’est la Métropole. La gestion des déchets ? La Métropole encore. L’organisation des transports urbains ? Toujours la Métropole. L’économie ? La Métropole, bien sûr ! Les trous dans la chaussée ? Mesdames et messieurs les habitantes et habitants d’Ingré, de Boigny-sur-Bionne ou de Saint-Cyr-en-Val, désolé de vous l’apprendre : ce n’est plus votre maire qui en a la charge, mais bel et bien les services d’Orléans Métropole. 

À la louche, on estime qu’au cours du futur mandat, les décisions locales qui impacteront la vie des gens se prendront pour 60 % d’entre elles à l’échelon métropolitain. Bien que Matthieu Schlesinger, le maire d’Olivet, rappelle que « ces décisions auront été préparées en amont par les conseils municipaux », il restera à l’assemblée municipale environ 40 % des prérogatives : l’éducation (pour les écoles élémentaires), le social, le versement de certaines subventions aux associations, etc. Le sport professionnel est d’ores et déjà passé à la Métropole, tandis que la culture va être partagée. Un dernier chiffre parlant : le budget d’Orléans Métropole pour l’année 2020 s’élève à plus d’un demi-milliard d’euros (573 M€). En comparaison, celui de la Ville d’Orléans est – « seulement » – de 210 M€. Voyez la différence. 

Deux scénarios, deux certitudes

Comme les conseillers métropolitains seront aussi élus par les citoyens au cours des élections municipales des 15 et 22 mars prochains (ils seront présentés clairement sur les bulletins de vote), les électeurs doivent savoir à quelle sauce intercommunale ils seront mangés. Cet enjeu regarde en premier chef les électeurs orléanais, dont le choix influera indirectement sur leurs voisins de Fleury-les-Aubrais, de Saint-Jean-de-la-Ruelle et même de Saran… Car le maire d’Orléans, avec une trentaine de conseillers métropolitains, pèsera de tout son poids pour faire ensuite élire l’homme ou la femme qu’il aura au préalable choisi de flécher vers le « perchoir » de la Métropole. 

Évidemment, selon qui l’emportera à Orléans, les cas de figure ne seront pas tout à fait les mêmes. Parmi les trois favoris déclarés, si Olivier Carré gagne, il n’en fait pas mystère : il briguera, comme depuis 2017, le poste de président de la Métropole. Il considère que le fait de cumuler cette fonction avec celle de maire d’Orléans est un gage d’efficacité, voire même de simplification dans le processus des décisions. Certains de ses proches y voient même un surplus de transparence. « On sait très bien que le président de la Métropole prend ses recommandations de la voix du maire d’Orléans », dit-on en substance. Alors, selon eux, pourquoi opacifier inutilement ? Par ailleurs, il est peu probable que les autres maires des communes de l’agglomération mettent leur veto à dessein. Beaucoup d’entre eux, qui seront élus ou réélus le 15 ou le 22 mars, sont « Carré-compatibles » et ont évoqué une gouvernance sans heurts manifestes depuis deux ans et demi. 

Deuxième scénario : Jean-Philippe Grand l’emporte. Le candidat écologiste nous l’a encore confirmé en fin de semaine dernière : il proposera le nom de Valérie Corre, ancienne députée socialiste et numéro deux sur sa liste, pour diriger l’intercommunalité orléanaise. « C’est elle qui portera le projet d’OSE au sein de la métropole », affirme « JPG ». Avec les réélections possibles – voire probables – de Christophe Chaillou à Saint-Jean-de-la-Ruelle, Christian Dumas à Ingré ou Vanessa Slimani à Saint-Jean-de-Braye, Jean-Philippe Grand et Valérie Corre ne devraient pas avoir trop de problèmes pour composer une majorité à l’assemblée métropolitaine.

Serge Grouard : « Je ne vous le dirai pas, même sous la torture ! »

Vient enfin la troisième hypothèse : Serge Grouard sort vainqueur de la bataille d’Orléans. S’il a annoncé qu’il voudrait, comme Jean-Philippe Grand, séparer les fonctions de maire et de président de la Métropole, il refuse de dire quel serait son « poulain » pour diriger cette dernière. À moins, comme le pensent certains, qu’il ne veuille lui-même prendre en main la Métropole, et laisse le fauteuil de maire à un de ses colistiers. Tahar Ben Chaabane, qui soutient Olivier Carré depuis son retrait de la course aux municipales, échafaude même le script suivant : « entre les deux tours, Nathalie Kerrien fusionne avec Serge Grouard : la première prend la mairie, le second la Métropole. Et là, on a un bel enfumage ! Mais dans ce plan, il faudrait que Nathalie Kerrien fasse plus de 5 %… » Alors que cette dernière dément, d’autres observateurs, dans le camp Grand par exemple, doutent de ce coup de billard à trois bandes. « Que Serge Grouard soit très intéressé par l’environnement – et on sait que ça se passe au niveau métropolitain – cela peut s’entendre. Mais si Nathalie Kerrien fait 6 ou 7 % des voix au premier tour et qu’elle fusionne ensuite, quelle légitimité aurait-elle pour être maire d’Orléans ? »

« Plusieurs configurations possibles »

Le clan Grouard se fait lui silencieux : « on ne dit rien, parce qu’il peut y avoir plusieurs configurations possibles ». On peut entendre par là que Serge Grouard n’a pas spécialement envie, aujourd’hui, de se mettre à dos certains futurs maires de l’agglo avec des déclarations intempestives. Lui répète officiellement qu’il n’a pas « l’outrecuidance » de vouloir devancer le vote des citoyens et des élus métropolitains, mais il sait aussi qu’il marche sur des œufs, car certains de ses anciens collègues ont eu avec lui des relations complexes dans le passé, demandez à Christophe Chaillou par exemple…. Toutefois, à la rumeur qui voudrait que Serge Grouard lorgne en fait la présidence de la Métropole, le candidat dément et affirme que si la liste des « Orléanais au Cœur » remporte la mairie d’Orléans, il siègera bien dans le fauteuil du maire. Mais dans cette hypothèse, qui pourrait-il porter à la Métropole ? Son plan est certainement très clair, mais selon lui, les électeurs n’ont pas besoin de le connaître. Alors on parle de Michel Martin ou de Florent Montillot, moins de Charles-Éric Lemaignen, qui a déjà occupé le poste. Aucune certitude cependant, Serge Grouard n’ayant confirmé aucune piste.

Dernière solution : ce dernier donne les clés de l’interco à un autre maire de l’agglomération. Matthieu Schlesinger, actuel premier magistrat d’Olivet, aurait le profil : ancien LR (mais soutenu désormais par LaREM), en charge de la seconde commune de la métropole, très bon connaisseur des dossiers, il pourrait « en même temps » rallier à sa cause Serge Grouard et d’autres maires peut-être plus modérés sur le plan politique. « Ce sont des conneries », assure-t-on toutefois chez « Les Orléanais au Cœur ». « Évidemment, des gens m’ont dit qu’on parlait de moi, mais très honnêtement, je n’ai eu aucun contact, précise Matthieu Schlesinger. Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir une bonne gouvernance et de faire avancer le territoire dans la bonne direction. » Si à Tours, le président de la Métropole – Philippe Briand en l’occurrence – n’est pas le maire de la ville-centre, les observateurs doutent que ce schéma puisse se reproduire à Orléans. Les résultats, au soir du second tour, donneront un autre relief à cette petite histoire de politique-fiction.

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