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« Que Manon ne soit pas un numéro… »
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« Que Manon ne soit pas un numéro… »

« Que Manon ne soit pas un numéro… »

Le Tribunal judiciaire d’Orléans jugeait, jeudi dernier, un drame routier qui s’était produit le 27 juillet 2020, sur la RD 2152, dans le nord du Loiret. Une audience chargée en émotions. 
Gaëla Messerli
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L’atmosphère était emplie de douleur, jeudi dernier, dans la salle d’audience du tribunal judiciaire d’Orléans, qui auscultait ce jour-là un drame de la route comme il en existe malheureusement trop. Audrey*, 42 ans, une mère de cinq enfants habitant dans le Loir-et-Cher, se trouvait sur le banc des accusés. Le 27 juillet 2020, elle faisait une pause à proximité du rond-point de Jourdain, à Escrennes, dans un parking jouxtant la RD 2152. Il était 12 h 40 lorsqu’en s’engageant sur la départementale pour reprendre sa route, elle percuta la moto de Manon, laquelle fut projetée par le choc. La jeune femme de 27 ans vint s’encastrer sous une roue du Kangoo d’Audrey. Malgré l’intervention des témoins et du SAMU, la motarde, traductrice travaillant au ministère de l’Intérieur, décéda quelques minutes plus tard. Audrey, elle, n’avait pas de trace d’alcool ou de stupéfiant dans son sang.

« Je suis amoureux d’une femme morte »

À la barre, Audrey expliqua avoir vu ce jour-là une première moto – celle du compagnon de Manon, qu’elle laissa passer –, mais pas la deuxième qui suivit. « Je retourne la scène tous les jours dans ma tête et je ne la vois pas… » clama l’accusée, qui a depuis arrêté de travailler, traumatisée par l’accident. L’expert automobile diligenté pour analyser les raisons du choc indiqua que la moto de Manon circulait certes à 89 km/h – un peu au-dessus de la vitesse autorisée qui était de 80 km/h – mais que ce ne fut pas l’élément déclencheur qui engendra le drame. Selon lui, Audrey ne pouvait pas ne pas voir la moto de Manon qui arrivait. Parlant d’une « insertion inopinée » du Kangoo, il évoqua un « manquement au Code de la route ». De son côté, Manon aurait réalisé un freinage d’urgence en baissant ainsi sa vitesse à 35 km/h, mais ne put se déporter sur une autre voie en raison d’un camion qui arrivait en face. Le corps de la jeune femme se coinça ensuite sous une roue du Kangoo qu’elle venait de percuter.

À la barre, le compagnon de Manon, un policier travaillant également au ministère de l’Intérieur, prit l’assistance aux tripes : « Je suis rongé par la culpabilité. J’ai voulu, à plusieurs reprises, rejoindre Manon. Je suis toujours amoureux d’une femme morte… Pour l’instant, il n’y a pas d’issue », confia cet homme qui, depuis, n’arrive pas à reprendre le fil de sa vie. Revenant sur les circonstances de l’accident, il ajouta : « Ce jour-là, nous revenions de week-end. Manon était une ’jeune permis’ : je gardais un œil sur elle mais quand j’ai entendu le froid de l’acier glisser sur la route… », raconta cet homme endeuillé, qui évoqua à l’audience l’impossibilité de dégager le corps et les cris des enfants. La famille de la défunte exprima elle avec émotion le souhait que « Manon ne soit pas un numéro ou un nom sur un dossier ». Sa maman avait d’ailleurs apporté, à l’intention du tribunal, un album orné du visage radieux de sa fille.

L’avocat des parties civiles déplora pour sa part l’absence d’excuses de la prévenue et sollicita notamment 155 000 € pour le préjudice affectif de l’ensemble de la famille. Le procureur requit quant à lui deux ans de prison avec sursis ainsi qu’une annulation de permis pendant trois ans, avant de s’adresser à la famille et d’évoquer la prévenue : « Si je n’ai pas entendu l’excuse, j’ai vu et entendu la souffrance de cette femme. Elle ne pleure pas seulement sur elle-même ; elle pleure parce qu’elle a enlevé la vie de quelqu’un. » Le délibéré est attendu le 7 juillet, à 13 h 30.

*Le prénom a été changé

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