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Racisme, police : tout le monde dit non

Racisme, police : tout le monde dit non

Non au racisme, non aux violences policières : c’est ce qui a été clamé mardi soir par des centaines de manifestants venus relayer à Orléans le mouvement #Black Lives Matter. Non : c’est aussi ce que disent des syndicats de policiers, écœurés par « l’amalgame » qui est fait, selon eux, par certains « artistes » notamment.
Benjamin Vasset
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Qui aurait pu imaginer, il y a à peine un mois, que la crise du coronavirus passerait aussi vite au second plan ? Alors que le monde sort péniblement d’un confinement quasi-généralisé, voici qu’une lame de fonds se lève pour clamer haut et fort son refus du racisme et des violences policières. 

L’assassinat de George Floyd, aux États-Unis, aura été l’élément ayant mis le feu aux poudres ; les images insoutenables d’un meurtre en direct perpétré par des policiers trouvant, en France, une résonance avec une affaire que le grand public avait eu tendance à oublier : celle de la mort d’Adama Traoré, en 2016. La famille de ce dernier n’a jamais cessé de « réclamer justice », persuadée que leur parent avait été victime d’une interpellation trop musclée de la part des gendarmes. Le 24 mars dernier, une ultime expertise judiciaire exonérait pourtant les forces de l’ordre. Mais le 2 juin, la famille d’Adama Traoré publiait une expertise privée, concluant que le plaquage ventral reçu par ce dernier avait été responsable de son asphyxie. Dans ce contexte, les propos de la chanteuse et actrice Camélia Jordana tenus sur un plateau de télé le 23 mai dernier se sont en outre télescopés au calendrier international et national. « Des milliers de personnes ne se sentent pas en sécurité face à un flic », avait notamment clamé l’artiste. Deux jours plus tard, hasard ou coïncidence, George Floyd était assassiné.

« Le système français est raciste »
Gabrielle, manifestante dans les rangs du #Black Lives Matter Orléans 

« Ras le bol des contrôles au faciès ! »

À Paris, un premier rassemblement a réuni plus de 20 000 personnes le 2 juin dernier, puis ce fut, comme souvent, l’essaimage en province. Jusqu’à atteindre notre « paisible » ville d’Orléans, qui s’est donc elle aussi engagée mardi soir dans la bataille en relayant, devant la statue de Jeanne d’Arc, le mouvement #Black Lives Matter. La veille, celles et ceux qui étaient à son initiative espéraient attirer au moins 1 500 personnes. « Nous sommes une association de jeunes qui en ont ras le bol », expliquait au téléphone Gabrielle, une jeune femme de 19 ans visiblement désignée comme la porte-parole des manifestants. Son agenda médiatique, semble-t-il chargé, lui laissait cependant un peu de temps pour évoquer les raisons de la colère, et celle-ci était vive : « Même si je suis blanche, arguait-elle, 98 % de ma famille est noire ou racisée. Ils en ont marre de la discrimination à l’emploi. Avant qu’elle ne mette sa photo sur un CV, ma mère, qui a un nom à consonance maghrébine, ne recevait aucune réponse à ses candidatures… Le système français est raciste : un homme noir va être systématiquement décrédibilisé dans sa recherche d’emplois, car on véhicule de lui l’image qu’il n’est pas instruit. » 

Si elle s’élevait en tout premier lieu contre les marques de racisme, Gabrielle n’en oubliait pas moins le rôle qu’aurait – selon elle – la police, suspectée d’appliquer sur le terrain une certaine forme de discriminations. « On en a marre des contrôles au faciès, expliquait-elle. Avec le temps, cela n’a ni augmenté, ni diminué. Mais maintenant, avec les réseaux sociaux, des vidéos tournent, on peut dénoncer. Est-ce que je connais des personnes ayant été victimes de violences policières ? Oui, une dans ma famille. Et elle est restée silencieuse ». Au téléphone, Gabrielle ne franchissait cependant pas le Rubicon : pour elle, « la police n’est pas raciste ». 

« La police n’est ni raciste, ni assassine »

Mis en cause, les policiers bouillent, eux, devant les critiques qui les visent. Certes, depuis ce week-end, des hommes politiques – de droite principalement – ont volé à leur secours. Christian Jacob, le président des Républicains, a même cru bon de dire qu’en France, les « violences policières n’existaient pas ». Sans être aussi globalisant, Bruno Berger, délégué régional du syndicat Alternative Police CFDT, affirme qu’il n’y a « aucun cas de violence policière sur la circonscription d’Orléans ». Et élargit le débat dans le temps et dans l’espace : « dans les années 80, quand j’ai commencé, il pouvait y avoir des exactions. La police était, je dirais, beaucoup plus « virile » qu’aujourd’hui. Mais j’ai passé 12 ans à l’étranger, et en France, la police est beaucoup plus tendre que dans d’autres pays, comme au Maghreb. » Il se dit aussi scandalisé par les « amalgames qui sont faits avec ce qu’il se passe aux États-Unis. En France, la police n’est ni raciste, ni assassine. Bien sûr, il peut y avoir des faits répréhensibles mais quand ces cas sont avérés, les policiers sont sanctionnés, administrativement et judiciairement. »

« La haine anti-flics est grande et manipulée »
Bruno Berger, délégué régionalAlternative Police CFDT

Soutenant qu’au contraire, ce sont « les policiers qui protègent la population des actes racistes et homophobes », Bruno Berger pointe du doigt la responsabilité de certains « artistes » et partis politiques – suivez son regard – qui « instrumentalisent » la colère à des fins de bonne conscience pour les uns, électoralistes pour les autres. « Ils ne viennent pas voir ce qu’il se passe dans les quartiers, insiste le délégué régional Alternative Police CFDT, qui œuvre du côté de La Source, notamment. Il y a zéro souci. Des gens de toute ethnie nous appellent et les policiers ne contrôlent pas à l’arrêt de bus une femme de ménage qui attend. Par contre, quand un délinquant va tenter de fuir et/ou de se rebeller, là, oui, le policier va faire respecter la loi. » Les revendications plus générales de son syndicat, qui appelle régulièrement au recrutement supplémentaire de policiers, trouve selon lui tout son sens actuellement : plus il y aura de fonctionnaires sur le terrain, moins la colère gagnera. En attendant, Christophe Castaner, dont les récentes sorties avaient été assez peu appréciées des syndicats de police, a donné lundi du grain à moudre aux manifestants, en annonçant une « tolérance zéro » à l’égard des policiers qui auront été reconnus coupables de propos ou d’actes racistes.

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