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Sologne : ils promettent la fin prochaine de l’engrillagement
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Sologne : ils promettent la fin prochaine de l’engrillagement

Sologne : ils promettent la fin prochaine de l’engrillagement

Vœu pieu ou vraie fenêtre de tir ? Plusieurs élus régionaux, des fédérations de chasseurs et quelques propriétaires pensent que le « moment » est propice pour mettre fin aux milliers de kilomètres de (hautes) clôtures qui ont été aménagées depuis plus de trente ans en Sologne.
Benjamin Vasset
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Ce n’était pas tout à fait la révolte des sans-grade, mais jeudi dernier, 200 personnes environ étaient rassemblées à Orléans pour entendre François Bonneau affirmer que le combat contre l’engrillagement de la Sologne allait aboutir. À l’occasion d’une conférence-débat qui a rappelé les enjeux de ce problème en termes de biodiversité et de risques (sanitaire, incendie…), le président de la Région Centre-Val de Loire s’est en effet enhardi : « On est près du but, mais maintenant il faut fédérer et viraliser le combat. Mais on va gagner ! » S’il arrivait à ses fins, François Bonneau gagnerait là une deuxième grosse bataille politique pour la région après avoir obtenu, cette année, l’arrivée d’une fac de médecine à Orléans. En Sologne, certains voudraient croire à la promesse du chef de l’exécutif régional sur l’engrillagement, mais ils ont surtout vu depuis trente ans le nombre de kilomètres de clôtures autour de grandes propriétés se multiplier à la vitesse d’un sanglier énervé. Et ont donc du mal à partager cet « optimisme », car ils savent le pouvoir de la dizaine de puissants propriétaires parisiens qui se montrent particulièrement chatouilleux quand on parle de leurs enclos. François Bonneau le sait bien, d’ailleurs : l’une de ces grandes fortunes l’a cette année accusé de diffamation, ce qui lui a valu une mise en examen. Du reste, la Sologne est-elle prête à se dresser comme un seul homme contre ces capitaines d’industrie se réfugiant derrière leurs barbelés pour tirer du gibier comme un gamin tire un ballon à la fête à Neuneu ? Ce n’est pas tout à fait sûr, d’abord parce que la Sologne accueille dans certains villages-dortoirs des populations nouvelles pas toujours très impliquées dans ces questions historiques, écologiques et sociales, mais aussi parce les maires de ces communes ne se montrent pas toujours empressés à l’idée d’aller tirer l’oreille de leurs (grands) propriétaires, qui savent s’y prendre pour faire comprendre que ce sont eux qui vont vivre l’économie locale. Ceux-là savent manier le bâton comme la carotte quand ils font participer petits élus locaux, notables, voisins et rabatteurs à leurs parties de « chasse ».

Pas de lutte des classes

Au sein du front anti-grillages, on est toutefois convaincu que c’est le « moment » pour agir. C’est en tout cas la perception du cinéaste Nicolas Vanier, Loirétain et Solognot, engagé depuis plus de trente ans dans ce combat. « Les choses ont changé, assure ce dernier. Avant, les responsables de chasse n’hésitaient pas à prendre en photo et à faire état du nombre de sangliers qui avaient été tués. Aujourd’hui, on demande impérieusement de ne plus prendre de photo. Pourquoi ? Parce que ces gens ont honte. » Pour François Bonneau, le fait que le récent rapport du GIEC ait nommément cité la Sologne comme une terre à risques concernant d’éventuels méga-feux constitue un autre signe que le temps est à l’orage pour les grands propriétaires. Le président de la Région Centre-Val de Loire se réjouit en outre d’avoir gagné une manche sur le terrain de la justice administrative lorsque celle-ci a débouté quelques grands propriétaires ayant attaqué le Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité du Territoire (SRADDET), lequel gravait dans le marbre l’impossibilité d’ériger de hauts grillages. Ces dernières années, le combat contre l’engrillagement s’est également trouvé en Raymond et Marie Louis, emblèmes de l’Association des Amis des Chemins de Sologne (autour de 1 000 adhérents), des figures pour personnifier cette lutte. En outre, les 600 propriétaires solognots du vieux Comité Central Agricole de la Sologne (CCAS) ont aussi publiquement rejoint les troupes, de même que la Fédération de chasseurs du Loiret, qui en a visiblement assez de voir des brebis galeuses ternir l’image de leur loisir préféré. Ces « bons chasseurs » qui uniraient leur force sont donc assez loin de l’image d’Épinal qui voudrait que ce combat contre l’engrillagement soit une resucée de la lutte des classes en Sologne. « Je n’ai rien contre les riches, j’ai quelque chose contre les gens riches et cons », affirme par exemple le vétérinaire et colonel des sapeurs-pompiers de Paris Dominique Grandjean, appelé à la rescousse par les anti-grillages. « Ce combat n’est pas celui contre les propriétaires et contre les riches, insiste de son côté Nicolas Vanier. Les propriétaires, on les accueille à bras ouvert, on a besoin d’eux. Nous ne sommes pas de ces écolos extrêmes et radicaux ! » Sur le terrain, le soutien annoncé, il y a quelques mois, de l’association One Voice – qui milite contre la chasse – aux Amis de Chemins de Sologne avait d’ailleurs été diversement apprécié, à tel point que l’une et l’autre des parties avaient finalement renoncé à se taper dans la main. « Il ne faut pas antagoniser les choses », reprend de son côté François Cormier-Bouligeon, député Renaissance du Cher et auteur d’une proposition de loi en fin de législature précédente. « Nous allons reprendre ce texte, mais sans jeter l’opprobre, annonce l’élu. Il faut aller convaincre à Paris, l’exécutif et le Gouvernement, pour les convaincre de sauver la forêt de Sologne et la forêt tout court. » D’autres territoires, en Brenne, dans le Giennois et même en forêt d’Orléans, commenceraient en effet à se « sologniser » dangereusement.

Des textes oui, mais applicables ?

Reste qu’il va falloir trouver des soutiens au Parlement pour « fédérer » autour d’un texte qui devra d’un côté éviter les amendements le vidant de sa substance, et de l’autre prévenir les « écueils et les angles morts » qui pourraient s’y nicher. Car dans la rédaction d’une loi, le diable se niche évidemment dans les détails, et certains avocats, lobbys et juristes sont déjà sur les dents. Pour arriver à ses fins, le député Cormier-Bouligeon travaillera-t-il avec tout ou partie de la Nupes qui pourrait devenir un allié de circonstance pour démanteler les grillages existants ? Pour l’élu de la majorité, un texte efficace consisterait, en très gros traits, en une « interdiction des prélèvements d’animaux des propriétés tout ou partie encloses ». Alors qu’une nouvelle loi est appelée par ce front anti-grillages, on alerte toutefois déjà sur sa potentielle application et sur les moyens qu’aurait la puissance publique de le faire respecter. Aujourd’hui, les effectifs de l’Office Français de la Biodiversité, sortes de gendarmes de la chasse, paraissent en effet un peu minces pour mener à bien une mission de cette ampleur, si tant est qu’elle leur soit un jour confiée. Président de l’Association des Chasseurs et des Amis de la Sologne contre son Engrillagement (ACASCE), Jean-François Bernardin rappelle d’ailleurs l’existence d’une « ordonnance de 1986 qui interdit l’utilisation de pièges à animaux et qui n’est pas appliquée… »*. Alors si le combat contre l’engrillagement connaît ces derniers mois une brusque montée en température, ce n’est probablement pas demain la veille que la Sologne sera « libérée » de ses grillages. « Les victoires s’obtiennent rarement d’un coup », veut cependant croire François Bonneau. La création d’un « collectif » pour défendre la Sologne et les forêts françaises a déjà été annoncée.

* « L’emploi d’engins tels que pièges, cages, filets, lacets, hameçons, gluaux, nasses et de tous autres moyens ayant pour but d’effectuer ou de faciliter la capture ou la destruction du gibier est interdit », est-il écrit dans ce texte.

Une réponse

  1. Il y a 50 ans, un groupe de naturalistes de la région avait réalisé la première étude sur le cerf en Sologne (1). La question de l’espace vital de l’espèce (et de ses déplacements) y était déjà clairement abordée et les clôtures déjà nommément désignées !! Ce n’est donc pas d’hier que l’on sait que toutes les formes d’artificialisation d’un territoire sont néfastes pour la faune. Il aura donc fallu un demi siècle pour que les « responsables » (cynégétiques, politiques ou médiatiques) s’aperçoivent du problème. Cherchez l’erreur !
    1) Etude effectuée en 1973 et 1974 pour le compte du Comité départemental de protection de la nature et de l’environnement du Loir et Cher et publiée en 1980 . Voir Bertrand Lunais et François Larigauderie « le cerf élaphe ». Numéro spécial du Bulletin des Naturalistes Orléanais IIIème série, no 31. 107 pages.

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