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COQUEUGNIOT RAME dans le bon sens
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COQUEUGNIOT RAME dans le bon sens

COQUEUGNIOT RAME dans le bon sens

Six fois champion de France et double champion du monde d'aviron, Florent Coqueugniot (18 ans) est l’un des meilleurs sportifs de haut niveau sur le territoire de la métropole. Avec une particularité : autiste Asperger diagnostiqué à 14 ans, il a besoin d'un accompagnement qui nécessite une adaptation au quotidien de la part de son club. Mais le jeu en vaut visiblement la chandelle.
B.V
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Florent Coqueugniot est une « étoile ». C’est sous cette appellation que la Ville d’Orléans le reconnaît désormais, elle qui a mis en place un programme pour accompagner les meilleurs athlètes de son territoire jusqu’aux Jeux Olympiques 2024. « Paris, ce serait mon rêve », reconnaît ce jeune champion d’aviron. Si Florent salive d’avance à l’idée de se produire dans trois ans dans la capitale de son pays, les règlementations ne sont pas encore tout à fait claires sur la possibilité de le voir concourir, lui, jeune autiste Asperger, aux Jeux Paralympiques. « Paris, ça se fera peut-être, mais Los Angeles en 2028, ce sera plus sûr », temporise son entraîneur, Yoann Le Gac, qui sait qu’avec son poulain, il faut faire preuve de tact et d’une infinie délicatesse. 

« Aujourd’hui, je vais mieux »

Les deux hommes travaillent ensemble depuis le mois de septembre au sein de l’ACOO, l’Aviron Club Orléans-Olivet, le plus vieux club d’aviron de la métropole. Yoann Le Gac est arrivé de Tours pour faire franchir un palier à Florent Coqueugniot, que son club souhaite mettre en avant tout en le protégeant. « Florent n’est pas le club, assure son coach. Il n’est pas pris pour une rockstar. Il est intégré, mais pas sur-intégré. » L’intéressé fait sien ce message : « je suis un rameur comme un autre », relève-t-il. 

Après des expériences mitigées dans d’autres sports (foot, natation, judo…), Florent Coqueugniot a commencé l’aviron il y a six ans, d’abord en loisir, puis en compétition. « J’ai tout de suite accroché, raconte le jeune homme de 18 ans bientôt. J’ai toujours aimé l’eau, la vie sous-marine. Je suis fasciné par les bateaux à rames. Le grain de sel (sic) en plus, ici, ça a été l’inclusion. Parce qu’avant, dans tous les sports que je faisais, j’étais rejeté. » Gaëlle Lepetit, présidente de l’ACOO depuis un an et demi et adhérente depuis 20 ans, détaille les efforts faits par son club, affilié à la Fédération Française de Sport Adapté (FFSA), pour accueillir ce type de public : « Depuis deux ans, nous avons en loisirs un non-voyant qui est désormais capable de ramer en équipage. Cette politique demande un accompagnement spécifique, mais après, les adhérents doivent avoir assez d’autonomie pour entrer en inclusion. Si ce n’est pas possible, ce n’est plus notre public. » Florent Coqueugniot a réussi, pour sa part, à franchir ce palier et à être intégré au club : à l’ACOO, on n’en fait pas un être à part, mais on ne gomme pas non plus ses différences. Un subtil équilibre à trouver. « Florent a des spécificités, rappelle la présidente. Par exemple, son attention est de trente à quarante minutes maximum ; il peut aussi se montrer rapidement intolérant envers les autres. Il faut donc être très vigilant. Mais il a connu une très belle progression, à la fois sportive et en termes d’autonomie. »

Le jeune champion change petit à petit. « Aujourd’hui, je vais mieux, reconnaît Florent. Avant, il pouvait m’arriver d’avoir des idées noires. Désormais, je me sens plus « normal », même si je reste un peu perché. Je ne dirais pas que je suis un garçon hyper-sensible, mais plutôt « sentimental » : si je vois quelqu’un de très proche qui se met à pleurer, je vais en faire de même… » Son actuel entraîneur, Yoann Le Gac, lui a, dit-il, beaucoup apporté sur le plan de la « gestion des émotions ». Florent donne d’ailleurs un exemple amusant pour témoigner de l’impact du travail réalisé avec son coach : « désormais, quand je rame, si un pêcheur m’insulte, je peux éviter de lui faire un troisième trou de nez… » « Avec Florent, ce n’est pas si compliqué, relance Yoann Le Gac. Au fond, le sport reste le même. Après, ce qui change, c’est l’explication. Il faut juste décortiquer un peu plus. » L’entraîneur, qui précise ne pas avoir de formation ou de diplôme spécifique sur le handicap de son athlète, explique s’être frotté, dans une autre vie, au délicat domaine de la réinsertion par le sport en prison. Alors finalement, s’occuper d’un jeune autiste, ce serait presque de la petite bière… « Florent a une grosse qualité, c’est sa volonté de travail et son envie de faire plaisir, précise Yoann Le Gac. L’autre côté de la médaille, c’est sa peur de décevoir. On doit aujourd’hui travailler sur son niveau de concentration. Sur l’exécution technique, il peut parfois partir en bagarre avec lui-même. »

Chemin de vie

Depuis le 1er avril, Florent Coqueugniot est en service civique à l’ACOO. Un cadre stable et stabilisant pour ce jeune homme déscolarisé depuis deux ans. Le soutien financier que va lui apporter la Ville d’Orléans d’ici à 2024 va être précieuse, pour lui qui bénéficie, en dehors de son club et de sa fédé, de l’accompagnement d’un psychiatre, d’un comportementaliste et d’un ostéopathe. « Une grande partie est à la charge de lui et de sa maman », explique Yoann Le Gac. Côté sponsors, en outre, ça ne se bouscule pas au portillon. Florent Coqueugniot raconte avoir tenté de démarcher une grande chaîne de magasins multisports de l’Orléanais. « Ils m’ont répondu : « va te faire voir, c’est de l’aviron… » », livre le jeune homme, qui précise aussi que son club met à sa disposition son bateau. « Et il coûte le prix d’une voiture… », sourit-il, lui qui, d’ailleurs, avoue apprécier, dans sa vie de jeune adulte, « les grosses, grosses voitures », mais aussi les jeux vidéos… « et les filles ». 

Sur le plan sportif, Florent Coqueugniot devra continuer à tenir une discipline d’entraînement qui lui a déjà valu d’être sacré six fois champion de France et deux fois champion du monde. « L’aviron est un sport exigeant, un sport de répétition, appuie la présidente de l’ACOO, Isabelle Lepetit. Pour progresser, il faut faire de la salle. S’il veut monter sur un niveau international, Florent devra s’entraîner au minimum deux ou trois heures par jour. » Il lui faudra également passer les écueils émotionnels qui ne manqueront pas de se présenter à lui, et qu’il lui faudra apprivoiser, encore et encore. « Au club, ses copains de l’aviron vont partir cet été pour faire leurs études, prévient Isabelle Lepetit. L’an prochain, Florent se trouvera peut-être un peu isolé ». Une nouvelle épreuve à traverser dans le chemin de vie que se construit avec conviction ce jeune homme persévérant et attachant, qui ne sera sans doute jamais tout à fait pareil, ni tout à fait différent.  

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