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Vélo : était-ce urgent ?

Vélo : était-ce urgent ?

Depuis le 20 mai, les vélos bénéficient, dans les deux sens de circulation du pont George V, d’une voie qui leur est exclusivement dédiée. Si des usagers saluent cette évolution, les amis de Serge Grouard ruent dans les brancards : pour ces derniers, le maire d’Orléans est allé trop vite en besogne. Le débat est posé.
Benjamin Vasset
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Avant même la fin du confinement, Olivier Carré avait fait part de son envie de « pacifier » Orléans et sa métropole pour l’après 11 mai. Un grand dessein qui passait, dans son esprit, par le besoin de donner une place plus importante au vélo. Le 14 mai, Orléans Métropole annonçait officiellement la constitution d’itinéraires cyclables temporaires pour faciliter l’usage de la petite Reine. Dès le lendemain, des aménagements concrets commençaient à être installés dans l’hyper-centre d’Orléans. Parmi les plus emblématiques, la fermeture à la circulation motorisée de la voie ouest, sur le pont George V et dans la rue Royale. Dans le même temps, la Métropole indiquait que s’ensuivrait début juin la création de voies bus/vélo temporaires sur les mails (boulevards Alexandre Martin, Rocheplatte, Jaurès et Verdun), ainsi que de « pistes ou bandes cyclables unidirectionnelles et de sécurisation des aménagements existants » dans les rues Albert Ier et Émile Zola. Dans une échelle de temps plus longue, la Métropole signalait qu’un « travail serait mené à l’échelle des 22 communes du territoire pour élaborer un schéma d’aménagement global et cohérent. »

La campagne en arrière-fond ?

Une question reste posée : quels éléments concrets, quels indicateurs précis ont poussé Olivier Carré à prendre de telles décisions pour le pont George V ? « La tendance de donner plus de place au vélo existait déjà, répond-il. Avec la crise, les gens ne veulent pas prendre leurs voitures ou les transports en commun. Le vélo étant une bonne solution, il y avait donc des éléments d’urgence à mettre en œuvre. » Le président de la Métropole et maire d’Orléans affirme en outre qu’il a choisi de franchir le pas dès lors qu’il a « su que pas mal de gens achetaient des vélos, et qu’il y avait une crainte d’entrer dans les transports en commun. » 

« Je ne veux pas opposer la voiture et le vélo »
Olivier carré, maire d’orléans

Cette stratégie, certains de ses adversaires politiques la mettent cependant en lien avec le second tour des élections municipales : Olivier Carré aurait-il voulu « siphonner » une partie de l’électorat écolo de Jean-Philippe Grand ? « Pour le siphonner, il faudrait qu’il y ait d’autres mesures… », s’amuse le candidat vert, tandis que Charles-Éric Lemaignen, de la liste des « Orléanais au Cœur », croit qu’Olivier Carré avait « évidemment » cette idée en tête. « Il n’était pas uniquement mu par cette préoccupation, mais toutes les mesures prises par la Ville pendant la crise l’ont été dans une approche électoraliste », enfonce le co-listier de Serge Grouard. Incriminé, le président de la Métropole et maire d’Orléans se défend : « il n’y a aucune logique partisane là-dessous. On a juste essayé d’être en phase avec la crise, en ne restant pas les bras croisés. » Olivier Carré explique d’ailleurs qu’un Plan Vélo « très ambitieux », voté au conseil métropolitain en juillet 2019, préludait déjà aux évolutions qui se sont dessinées à la mi-mai. 

En tout cas, depuis que le pont George V peut être désormais traversé plus confortablement par les cyclistes, les satisfecit pleuvent chez les conducteurs de biclous, ravis de ne plus se faire sucer la roue par des automobilistes acariâtres. Jean-Philippe Grand convient de son côté que « les dispositions prises vont dans le bon sens », et Charles-Éric Lemaignen estime lui-même que, sur le fond, la transformation de l’usage du pont George V est une « bonne chose ». « Je l’avais d’ailleurs proposé dès mars 2017 », rappelle l’ancien président de l’AgglO, tandis que le candidat écolo note qu’elle était inscrite dans son programme en mars dernier. 

Quid des commerçants ?

Dans ce contexte, pourquoi discuter ? La question du timing est encore mise sur la table. Jean-Philippe Grand note ainsi avec ironie que « cette possibilité qui est aujourd’hui offerte sur le pont George V était visiblement impossible à imaginer il y a quelques mois… » Charles-Éric Lemaignen va plus loin : pour lui, il aurait fallu attendre un peu avant de faire tourner le pédalier. « Dans le bas de la rue Royale et à Saint-Marceau, des commerces sont sur le point de crever. Sur le pont George V, il fallait prendre le temps. Était-on obligé de faire tout ça en dix jours ? Olivier Carré a réuni les élus le 5 mai et voulait faire une conférence de presse juste après. Il a confondu vitesse et précipitation. » 

 « Il fallait prendre le temps »
Charles-Éric Lemaignen

Dans les faits, un groupe de travail composé de plusieurs élus du conseil municipal s’est réuni les 7 et 11 mai. Étaient invités des membres de la liste d’Olivier Carré, de celle de Serge Grouard et même de Jean-Philippe Grand. Pour les « Orléanais au Cœur », cette concertation s’est cependant faite « à la va-vite ». Par voie de communiqué, ces derniers ont expliqué qu’une « telle décision était inopportune dans le contexte actuel, en raison d’une part de la situation très précaire de nombreux commerces de chaque côté du pont et d’autre part de la diminution sensible du trafic automobile pendant cette période de crise. » Se plaignant que ces décisions aient été le fait « d’un homme seul », ils ont aussi appelé à ce qu’elles soient débattues en conseil municipal. « S’ils disent cela, c’est qu’ils ne connaissent pas le droit, rétorque Olivier Carré. Je pouvais prendre un arrêté municipal sur ce sujet ». En outre, le maire d’Orléans réaffirme que ces aménagements « provisoires » (voir encadré) relèvent d’un « urbanisme tactique » ne nécessitant pas d’investissements coûteux. « On a besoin d’accéder facilement au centre-ville, poursuit-il. Il ne s’agit absolument pas d’opposer la voiture et le vélo, mais d’équilibrer les trois modes d’entrée que sont le vélo, la voiture et les transports en commun. J’ai voulu montrer aux commerçants que cette évolution sur le pont George V rentrait dans un plan global, et que je n’agissais pas de façon doctrinaire. Après, il ne s’agit pas d’être populaire. Cette idée me paraissait la bonne, et je l’assume. » 

En tous les cas, un comité de suivi, composé d’élus, de représentants d’usagers et de commerçants sera mis en place pour évaluer, tous les mois, les aménagements mis en place. Y sera prochainement remonté le fait que, sur le pont George V, des piétons avaient aussi commencé à emprunter cette voie réservée aux vélos, alors qu’elle ne leur est pas destinée.

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