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On a appris ce week-end la disparition de Jean-Pierre Perrin, infatigable militant orléanais des Droits de l'Homme, à l'âge de 88 ans. Il y a trois ans, La Tribune Hebdo lui avait consacré un portrait que nous vous proposons de redécouvrir.
Benjamin Vasset
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Article publié en janvier 2017, dans La Tribune Hebdo n°173

 « Faut pas me présenter comme un leader, hein… Je suis un bonhomme fatigué qui fait ce qu’il peut… » Après plus de deux heures de confession, Jean-Pierre Perrin tient une dernière fois à remettre l’église sur la place du village. Certes, au cours de ses quatre-vingt-quatre dernières années, il s’est engagé plus souvent qu’à son tour. Pour les « quartiers », comme il dit, mais aussi pour les sans-papiers, deux combats majeurs dont il tient à faire très précisément le tour, à la manière d’un cours magistral. On l’écoute attentivement, tant les détails pleuvent et tombent sur la table, effeuillant un à un les interstices de sa mémoires. En face, son épouse, Marie-Bé, dont il a marié le nom de jeune fille à son propre patronyme, enregistre l’entretien. Pour ne pas en perdre une miette, et éviter, peut-être, les distorsions de l’histoire.

Jean-Pierre Perrin commence d’abord par la fin. Les derniers essais et romans qu’il a écrits, réflexions sur les perspectives politiques actuelles et à venir. Les militants associatifs du coin savent quelle place il a tenu dans les quartiers des Blossières, où il habite toujours, au cinquième étage d’un immeuble qui a bien du mal à retenir la chaleur dans ce mois de janvier glacé. L’homme se dit « inquiet » devant les échéances électorales du printemps, craint « les avancées de type fascisantes » que reflètent, selon lui, la marche en avant de Marine Le Pen, les coups de menton de Donald Trump et la sortie britannique de l’Union Européenne. « Faisons front commun », avance-t-il alors, dans un soutien assumé au chef de file de La France insoumise. « Je ne suis pas un Mélenchoniste fanatique », nuance-t-il pourtant, en précisant n’avoir jamais été encarté au PC. « Je parle en mon nom », appuie-t-il.

La corporation, le groupe, Jean-Pierre Perrin s’est en éloigné par deux fois au moins au cours de son existence. En rompant d’abord avec l’Eglise à la fin des années 60, alors qu’il avait été ordonné prêtre en 1957, au retour d’opérations en Algérie. La guerre, un épisode charnière dans le cheminement de ce fils de sous-directeur d’une fabrique de couvertures, qui avait connu, jeune garçon, les bombardements allemands et alliés sur Orléans. « Des souvenirs terribles », rappelle-t-il, lui que le bruit des obus et les déchaînements de mitraille ont assez tôt révulsé. En Algérie, les coups de semonce furent trop lourds à supporter. « Quand je suis revenu en France, je n’ai pas rigolé pendant deux ans, raconte-t-il. Je porte ça au fond de moi. Ça m’a fichu le grabuge dans la tête… »

Revenu en permission en France, il refusa de retourner sur le « théâtre des opérations », expression pompeuse qui nie tout de la cruauté bien réelle du carnage. « Quand je suis rentré, c’était fini, je ne voulais plus être complice de ça », explique-t-il aujourd’hui.  Dans le Loiret, il commença alors à enseigner : français, latin et grec, à Sainte-Croix puis à Montargis. Mais les choses bougeaient en lui : c’est à cette époque qu’il fit la connaissance de Jean-Marie Müller -un Orléanais qui théorisera plus tard la non-violence en politique- et de Jean Desbois. Encore mobilisables, tous trois avaient déjà, en 1964, demandé l’objection de conscience. « Mais il aurait fallu le faire avant le début du service militaire ; après ce n’était plus possible. » Qu’à cela ne tienne : le trio renvoya comme un seul homme ses papiers militaires, ce qui vaudra à chacun un procès et une condamnation à trois mois de prison avec sursis, une amende de 1 500 francs et cinq ans de privation de droit civique. Ils furent alors soutenus par un certain Guy-Marie Riobé, évêque d’Orléans, qui soutiendra ensuite Jean-Pierre Perrin dans la « prise de distance » qui suivra.

« J’y peux rien, ça me remplit la tête »

Celle-ci intervint au milieu des années 60, alors que l’Eglise catholique commençait sa mue sous la houlette de Jean XXIII. C’était l’époque du concile Vatican II (1962-1965), qui rénovait les rites liturgiques et actait notamment la disparition du latin lors de la célébration des messes. Bref, un courant d’air frais et de modernité soufflait sur l’Eglise, et dans le même temps, en France, un mouvement se créait s, baptisé « Echanges et Dialogues ». « Son thème central était la déclergification », précise aujourd’hui Jean-Pierre Perrin, qui le rejoignit en compagnie de dix-sept autres prêtres du Loiret. « On ne voulait plus être à l’écart du mariage, du travail et de la vie politique. » Des revendications encore trop progressistes pour l’époque, malgré les avancées significatives dans ce domaine et mai 68 qui arrivait au galop. Son éloignement de l’Eglise était proche, mais fut tout à fait consommé lorsque Jean-Pierre Perrin tomba amoureux de sa future femme, Marie-Bé. La pilule eut du mal à passer dans la bonne société orléanaise de l’époque qui écoutait le sermon tous les dimanches. « On voulait un peu nous cacher, on m’avait même trouvé du boulot à Paris », rappelle l’intéressé. La rupture était réfléchie, mais la page pas des plus simples à tourner. À intervalles réguliers, on parlait de lui comme d’un « prêtre défroqué ». Il trouva dans la bienveillance de Guy-Marie Riobé -encore lui- une source de réconfort, et dans l’amour de Marie-Bé la confirmation que la route prise était bien la bonne. « On fêtera nos noces d’or dans trois ans », souligne, plus de quarante ans plus tard, celui qui voit aujourd’hui dans Jésus-Christ « une extraordinaire figure historique », mais continue toutefois de ressentir « le lien fondamental et philosophique de Dieu » en lui. « Le souci des petits et des  pauvres, essentiel dans l’Evangile », Jean-Pierre Perrin l’a d’ailleurs fait sien durant la deuxième partie de sa vie de militant. Directeur de la Maison des Jeunes du quartier des Blossières, puis du centre social des Salmoneries, à Saint-Jean-de-la-Ruelle, notamment, il s’impliqua aussi, une fois sa retraite prise, pour l’avenir du quartier des Groues, démoli en 2001. « Un quartier idéal est un quartier où les gens ont leur mot à dire », résume-t-il, lui que les maires successifs d’Orléans ou les différents directeurs d’office HLM ont appris à fréquenter depuis les années 70. En 2014, Jean-Pierre Sueur avait d’ailleurs chroniqué l’un des derniers livres de Jean-Pierre Perrin, Faire Société, avec ces mots : « je n’ai pas toujours été d’accord avec lui, mais nous avons eu des points d’accord. Je pense que ce livre et les précédents incitent à de vraies réflexions sur le sens de la politique, les stratégies du changement, les ruptures nécessaires et les salutaires fidélités. » Dans la défense des opprimés, des sans-grades et des méprisés, Jean-Pierre Perrin a d’ailleurs toujours suivi une ligne directrice claire et parfois enfiévrée, comme lorsque Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, porta plainte contre lui pour un tract dans lequel il avait comparé le centre de rétention des clandestins d’Orléans à un camp de concentration. En 1995, le Tribunal l’avait relaxé. Ou « gracié », dans sa bouche, comme si la justice des Hommes lui apportait, aussi, sa bénédiction.  

CV

06/08/1932 : naissance à Orléans

1957 : ordonné prêtre

1969 : condamné pour avoir renvoyé ses papiers militaires

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