Portrait

Appelez-le « Monsieur le Maire » !

Le processus électoral en suspens, Tours n’a pu désigné son maire le 22 mars dernier... Mais outre le maire en place, il en est un autre qui a été affublé de ce surnom. Si vous fréquentez les Halles, vous l’avez forcément croisé. C’est là que Didier Sommier fait la manche en journée, avant de regagner ses pénates. Dans son appart, il a conservé une précieuse relique : l’écharpe tricolore dont il se paraît jadis pour célébrer des mariages punks. Toute une époque....
Sébastien Drouet
26 juillet 1962 : naissance à Tours
2000 : devient SDF après la perte de son emploi au mess des officiers, à Tours-Nord
2006-2008 : mariages punk et participation à l’opération Pièces jaunes. Le Nouveau Détective lui consacrera un article à ce sujet ! // 21 décembre 2017 : emménagement dans son appartement

« Si c’est pour la politique, non merci, c’est pas mon truc ! » Le malentendu sera vite dissipé. Si nous venons voir Didier Sommier, ce n’est pas pour parler des municipales, mais de lui et du surnom de « Monsieur le Maire » (des SDF) qui lui colle à la peau depuis des années, au point que même des policiers l’appellent comme ça, « Monsieur le Maire ». Le « premier édile » underground explique le pourquoi du comment : « Ça date de quand je traînais. Un jour, on a trouvé une banderole tricolore sur le marché. À l’époque, on squattait près des quais, au bas du pont Wilson. Il y avait une cabane, et on a décidé que ce serait notre mairie. Bon, c’est bien d’avoir une mairie, mais s’il n’y a pas de maire, c’est pas crédible. J’étais avec des punks, et j’ai eu l’idée, pour rire, de faire un mariage punk, en utilisant la banderole comme écharpe. »

D’autres « mariages » entre punks et punkettes suivront, la bande se transportant à l’occasion du côté de la place Plum’. « On était trente zonards, certains avaient jusqu’à huit chiens, alors vous imaginez la troupe ! » Les toutous, bien sûr, étaient conviés aux « nonoces » – clin d’œil à l’amateur de jeux de mots qu’est Didier –, drôles de cérémonies qui, selon lui, n’ont pas engendré d’hostilité particulière de la part des habitants ni des forces de l’ordre. « En général, pour faire la fête, on revenait près des quais, comme ça il n’y avait pas d’embrouille avec le haut de la ville. » Pas d’embrouille non plus pour gagner quotidiennement de quoi vivre. Dans la journée, le groupe se partageait entre ceux qui allaient faire la manche « en haut » et ceux qui restaient « en bas », avant d’inverser les rôles. Une vraie communauté, à effectifs variables. Avec un code de conduite à honorer : « Il fallait être honnête et respecter les gens. » Plus âgé que les autres, nanti d’une autorité naturelle – sans compter celle que confère le titre de « maire » ! – Didier prenait à part les têtes trop chaudes. « Quand les gars faisaient les andouilles, je les amenais au ″bureau″ – c’était un endroit que j’appelais comme ça – et je leur disais que ce n’était pas bien de se faire remarquer. »

Prince de la zone

La rue ? Pour lui, ce fut un choix, après un licenciement dû à une compression de personnel. Le choix de la liberté, de l’absence de contraintes autres que manger, boire et fumer. Mais la marginalité est sœur de l’enfer ; on y côtoie l’alcool, la drogue, la mort aussi. « Et moi, je suis encore là… » Dix-sept ans à « traîner », selon ses termes, à dormir devant la fac des Tanneurs, ou sous le pont de pierre. Et toujours à Tours : « Monsieur le Maire » est resté fidèle à la ville qui l’a vu naître, grandir, qui l’a pris dans ses bras quand la vie est devenue plus compliquée. Fidèle à la Loire aussi, fleuve sauvage dont ce rebelle ne pourrait se passer, et qui a été son bol d’oxygène pendant le confinement car elle coule à quelques dizaines de mètres de chez lui, quartier Paul-Bert. « Chez lui » ? Eh oui : depuis un peu plus de deux ans, Didier est installé dans un appartement, trouvé avec l’aide de sa copine et des services sociaux. Qui aurait parié là-dessus ? À cinquante ans passés, on peut en avoir marre de la rue, quand bien même on la tutoie depuis l’enfance (« à 8 ans, j’étais déjà avec les clochards »). Un accident a activé les choses ; Didier est tombé d’un muret dans son sommeil. Une chute de quatre mètres qui lui a fracassé une hanche. Remis sur pied, il a emménagé et dit au revoir, en partie, à sa vie d’avant. En partie seulement, car s’il est casé, il rejoint régulièrement son QG des Halles pour faire la manche, encore nécessaire pour subvenir à ses besoins.

Un dernier mot de politique tout de même, Monsieur le Maire ? « J’étais anarchiste au début, mais je me suis rendu compte que c’était le gros bordel. Je préfère être révolutionnaire. Faire la révolution sans casser les choses. » Votez Didier !

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