Portrait

Caroline Blin, Elle vous habille Autrement !

Vue de l’extérieur, c’est une jolie vitrine foisonnante et chamarrée, décorée avec soin, qui attire le regard lorsque vous passez, rue Colbert, à l’extrémité est, côté cathédrale. Elle change de couleurs avec les saisons. À l’intérieur, c’est une malle aux trésors géante où les femmes peuvent trouver leur bonheur parmi des centaines de pièces plus originales les unes que les autres – des vêtements principalement mais aussi des bijoux, accessoires et articles de maroquinerie - mais tous d’occasion…
Patrice Naour
Caroline Blin Elle vous habille Autrement !
1962, Naissance à Bourges
1981, École normale à Tours
2000, Nomination à Rochecorbon

Sur la gauche, quand vous rentrez, derrière son comptoir et ses petites lunettes, Caroline Blin veille sur ces vêtements qu’elle a sélectionnés dans les dressings des clientes-vendeuses. « Depuis l’ouverture il y a six ans, je fonctionnais en dépôt-vente, les vendeuses venaient déposer leurs vêtements que je vendais avant de leur reverser une part sur le prix de vente, explique Caroline. Depuis cet été, je procède différemment, c’est moi qui me déplace à domicile chez celles qui souhaitent vendre, je sélectionne parmi leurs vêtements ceux qui m’intéressent et je les achète sur place avant de les revendre
dans la boutique. »

Ce nouveau mode de fonctionnement présente des avantages : cela évite aux clientes de venir avec un gros sac plein de fringues et de repartir avec la plupart d’entre elles car Caroline ne peut pas tout prendre. Elle choisit les plus belles pièces, les plus originales pour leur redonner une seconde vie. Sans tenir compte des marques. « Je choisis aussi et surtout des vêtements très peu voire jamais portés. Je ne suis pas spécialement intéressée par les marques, ce qui me guide c’est ce que dégage le vêtement, une forme, une couleur originale, je l’imagine sur une future cliente, unique, avec sa personnalité… Je ne comprends pas qu’on puisse prendre du plaisir à acheter dans un magasin où vous avez des séries de trente modèles,
tous identiques… »

Elle se déplace à domicile

Se déplacer chez les vendeuses lui permet aussi de rapporter les vêtements bien confinés dans un sac et de les nettoyer dès son retour à la boutique. « C’est aussi une façon de rassurer les clientes, tous les vêtements sont désinfectés avant d’être remis en rayon… » Une précaution supplémentaire en ces temps de Covid-19. « J’ai quand même eu quelques doutes à la sortie du confinement : est-ce que les femmes allaient revenir acheter des vêtements portés par d’autres ? » Elle fut vite rassurée, après un redémarrage en douceur cet été les « chineuses » ont retrouvé le chemin de la boutique de la rue Colbert. Et Caroline a pu attaquer sa 7e saison dans son magasin qu’elle a appelé Autrement « parce qu’on voit l’habit autrement et qu’on vous habille autrement ici », rigole-t-elle.

Avant de se lancer dans le commerce de vêtements d’occasion, Caroline a passé plus de trente ans dans l’enseignement comme professeure des écoles. « En 2014, j’ai fait le choix d’une reconversion, non pas à cause de mon métier que j’adorais tout comme les enfants d’ailleurs, mais pour des raisons de santé, il m’était difficile d’être en permanence dans une classe… »

Elle s’est alors tournée « naturellement » vers le dépôt-vente, « pas par défaut mais parce que j’aimais ça, j’ai un rapport à l’ancien, aux vieux objets, aux vieux meubles ou maisons, assez particulier, j’aime l’idée qu’ils aient plusieurs vies, c’est émouvant de penser que d’autres personnes aient pu les posséder avant nous, je trouve… » Elle continue d’ailleurs à chiner tous les week-ends en compagnie de son compagnon de toujours, ancien brocanteur. Tiens, tiens…

Aussi loin qu’elle se souvienne, elle a eu des vêtements déjà portés, d’abord dans sa famille de six enfants où elle récupérait les fringues de ses deux sœurs aînées. Plus tard, même quand elle a eu les moyens d’acheter du neuf, elle ne l’a fait que très rarement. « C’est aussi pour éviter ce gâchis perpétuel de la surconsommation et du jetable, quand on connaît le coût environnemental et social de la fabrication d’un vêtement, c’est un crime que ne pas les recycler ou de prolonger au maximum leur vie, et puis on se sent très bien dans des vêtements d’occasion, je vous assure », lâche-t-elle dans un éclat de rire.

Ce « monde d’après » dont on parle tant depuis la fin du confinement, c’est le sien depuis six ans déjà. Comme en avance sur notre temps, elle ne se voit pas en commerçante mais comme une conseillère qui n’aime rien tant que de consacrer du temps à ses clientes pour les aider à trouver la pièce qui fera leur bonheur. Comme n’importe quelle femme aide une copine à s’habiller tout simplement. Une façon, en effet, de s’habiller… autrement !

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