|
|
|
Une filière de transformation du cuir va voir le jour

Une filière de transformation du cuir va voir le jour

L’association de promotion du design en Centre-Val de Loire porte depuis trois ans deux projets en rapport avec la réutilisation du mobilier et des chutes de cuir qui ont permis de créer toute une filière de fabrique de meubles et d’objets à partir de « déchets ». Elle a été retenue avec 15 autres porteurs de projets au plan national par le secrétariat d’État à l’Économie sociale et solidaire pour créer un PTCE autour de ces « Fabriques d’Estime » collaboratives innovantes à la fois sur le plan économique, social et environnemental. Une usine de traitement des chutes de cuir devrait être installée prochainement en Touraine, avec 40 emplois à la clef.
Patrice Naour

Depuis trois ans, l’association Valesens, animée par la designeuse Régine Charvet-Pello et présidée par l’ancien maire de Rochecorbon Bernard Plat, s’est donné la mission de mettre le design et les technologies du sensoriel au service de l’innovation économique, sociale et environnementale. « Avec le design, nous sommes au cœur de cette transformation que doit opérer la société dans son mode de consommation et d’utilisation des matériaux », explique Régine Charvet-Pello, qui, en la matière, a tout d’une visionnaire. Il y a trois ans en effet, l’association s’est mis en tête de valoriser le recyclage du cuir et le « surcyclage » de meubles pour recréer du mobilier design à partir de vieux meubles mis au rebus. De là sont nés deux projets. « La Belle Équipe – Habiter surcyclé » a permis de créer un atelier de fabrication de meubles à Saint-Paterne-Racan en récupérant du mobilier dans les encombrants. Toute une économie circulaire s’est mise en place : l’association TRI 37 récupère les anciens meubles qui sont réutilisés dans l’atelier mis à la disposition par la mairie de Saint-Paterne-Racan, où, sous la responsabilité d’une designeuse et avec l’aide de professionnels à la retraite, une équipe de personnes en réinsertion en refont du mobilier on ne peut plus actuel. « Cela permet aussi de recréer un savoir-faire en matière de fabrication car ces métiers disparaissent aussi », se félicite Régine Charvet-Pello.

Une nouvelle « estime » pour les déchets

L’association Active, qui s’occupe de réhabiliter des tonnes de textiles et vêtements chaque année, intervient aussi en fournissant des textiles qui servent dans l’ameublement des logements de le future résidence étudiante en cours de réhabilitation avenue de Grammont à Tours. Un projet porté par le bailleur de la ville Ligéris qui a passé commande de 200 éléments de mobilier « surcyclé » pour équiper ces logements. L’entreprise Lestra d’Amboise a aussi apporté sa contribution en textile pour les literies, et les élèves du lycée Choiseul comme les couturières de la Scénoféerie de Semblançay ont également prêté la main. Un vrai projet de territoire vertueux, comme l’a souligné Cathy Savouret, adjointe à l’urbanisme à Tours, lors de la présentation de ce PTCE : « Les encombrants sont récupérés par TRI 37 sur le territoire de la métropole, ils sont transformés dans un atelier à 40 km qui développe l’emploi sur le territoire et ils reviennent à Tours pour meubler une résidence étudiante dans un style unique, ce qui permet de valoriser d’anciens meubles plutôt que d’aller acheter des meubles de mauvaise qualité venus d’on ne sait où… »

Soulignons encore le sens que revêt l’expression « fabrique d’estime » qui sert à qualifier cette filière. D’une part parce que l’estime concerne les personnes en réinsertion qui, à travers leur emploi, retrouvent l’estime de soi. Mais l’estime qualifie aussi les « déchets » qui, grâce à cette filière circulaire, redeviennent « aimables » et « réutilisables ». « Nous sommes au cœur d’une écologie désirable car le mobilier produit est vraiment sympa », insiste Régine Charvet-Pello.

Une usine créé par l’Allemand Nabore

Le second projet que porte Valesens concerne le cuir : « Mon beau déchet » organise le recyclage des chutes de production de cuir, des milliers de tonnes de « déchets » là aussi produites chaque jour dans le monde, ce qui sur une année représente « l’équivalent d’une montagne comme l’Éverest ». L’idée est d’utiliser les chutes pour les transformer par le design mais aussi de travailler sur une production industrielle de nouvelles matières composites et durables à partir des chutes de cuir broyées. La matière issue de cette valorisation est le synderme, qui est un peu au cuir ce que le carton est au papier. Par l’intermédiaire de Dev’Up, l’agence régionale de développement économique, le contact a été établi avec le groupe allemand Nabore, spécialiste du retraitement du cuir. Il produit dans son usine de Bopfingen, à 50 km de Stuttgart, cette nouvelle matière à base de cuir. Une usine pourrait bientôt voir le jour en Touraine pour implanter cette technologie en France. On parle d’un investissement de 15 à 20 M€ et de la création de 40 emplois pour ouvrir un tel site industriel qui serait en capacité de traiter 3 300 tonnes de chutes de cuir chaque année. En attendant, pour développer son Pôle Territorial de Coopération Économique autour des « fabriques de l’estime », Valesens touchera 100 000 € de l’État, ce qui va permettre de viabiliser ces nouvelles filières naissantes pour lesquelles il faut trouver d’autres clients car elles sont dans le champ de l’économie, même si elle est « sociale et solidaire ». Mais au-delà, c’est aussi une reconnaissance pour tous les acteurs engagés dans ces deux projets qui ont cru aux vertus d’une économie basée sur la réutilisation des « déchets » et l’inclusion sociale…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

AUTRES ARTICLES A LIRE

Signaler un commentaire