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La sécurité: « vrai sujet »ou thème «monté en épingle»?
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La sécurité: « vrai sujet »ou thème «monté en épingle»?

La sécurité: « vrai sujet »ou thème «monté en épingle»?

Alors qu’elle ne relève pas des compétences des Régions, le contexte national marqué par de nombreux faits de violence et la stratégie du candidat RN ont placé la sécurité au cœur de la campagne en Centre-Val de Loire aussi. Nécessaire ou surenchère d’un parti, le RN, qui en a fait son fond de commerce ?
BENJAMIN VASSET
20 et 27 juin

Que le Rassemblement National ait choisi de faire de la sécurité l’un de ses thèmes majeurs de sa campagne aux régionales ne surprend personne : c’est une vieille lune du parti lepéniste, qu’il ressort à toutes les élections, qu’elles soient nationales ou locales. Aleksandar Nikolic, le chef de file du RN, a indiqué que, s’il était élu, il nommerait au conseil régional un vice-président en charge de la sécurité. Une proposition reprise par le leader de la liste LR/UDI, Nicolas Forissier, qui a dit ignorer que le RN l’avait déjà devancé sur ce point. Le candidat de la droite a en outre annoncé qu’il avait déjà un nom pour ce poste potentiel de vice-président à la sécurité qui n’existe pas pour le moment : il s’agirait du général Richard Lizurey, candidat sur sa liste, actuellement élu à Chartres et ancien patron de la Gendarmerie Nationale.

Chez ses adversaires, l’Insoumise Karin Fischer, tête de liste dans le Loiret de la liste menée par l’écologiste Charles Fournier, regrette, pour ne pas dire plus, cette « surenchère » impulsée par la droite. « LR s’est lancée dans une course à l’échalote derrière l’extrême-droite. Dire qu’on mettra un vice-président à la sécurité, c’est complètement à côté de la plaque. »

Dans le camp du ministre Modem Marc Fesneau, candidat investi par la majorité présidentielle LREM, on regarde aussi d’un air dubitatif cette proposition. « De notre côté, on ne rentrera pas non plus dans la surenchère de propositions démagos, affirme Matthieu Schlesinger, tête de liste dans le Loiret. Nous souhaitons bâtir quelque chose de transversal. Nous voulons par exemple que le vice-président aux transports fasse de la sécurité dans les transports une priorité. Le reste, c’est de l’affichage, de la communication politique. » François Bonneau (PS), président sortant et candidat à sa propre succession, est, pour le coup sur la même ligne : lui réélu, il ne nommera pas de vice-président à la sécurité, domaine dont devront s’occuper chacun de ses vice-présidents dans leurs champs de compétence.

Des portiques dans les lycées ?

Dans un sondage Ipsos/SofraSteria pour France Bleu et France 3 publié le 9 juin, parmi les thèmes qui préoccupent le plus l’échantillon de 1000 personnes représentatives interrogées, la délinquance arrive en 2e position derrière la système de santé mais devant le chômage et l’immigration, autant de domaines qui ne font pas directement partie des compétences d’une Région. « La sécurité, c’est la compétence de l’État », affirment les uns. « Faux, tempête Nicolas Forissier. Je ne suis pas dans le déni de dire que la sécurité n’est pas du domaine de compétence d’une Région et que tout est de la faute à Macron. Nous pouvons faire des choses. » Et le candidat LR de dérouler toute une série de propositions pour faire, selon lui, progresser le traitement de la question par le Conseil régional : création d’une « agence régionale d’accompagnement aux questions de sécurité » ; développement, « comme dans la métropole d’Orléans, d’une police régionale des transports » ; élargissement « des bases subventionales à destination des entreprises, des ERP ou des agriculteurs pour qu’ils puissent s’équiper en équipements de vidéoprotection et de sécurité » ; aides à destination des communes pour investir dans des systèmes de vidéosurveillance. Surtout, Nicolas Forissier projette d’équiper les lycées, gérés par la Région, en portiques pour éviter l’intrusion d’armes dans les établissements. Le Centre-Val de Loire serait-il devenu l’Amérique ? « C’est de la prévention », répond le candidat LR. « Et comment fait-on pour faire passer 1 500 gamins sous un portique tous les matins ? », ironise-t-on du côté socialiste.

Un sujet « monté en épingle » ?

En fait, la question autour de la sécurité – ou de l’insécurité – est toujours la même depuis trente ans : reflète-t-elle une réalité ou s’agit-il d’un miroir grossissant ? « Écoutez, s’agace Karin Fischer pour la liste EELV/LFI, moi, ça fait quelques semaines que je fais du porte-à-porte, et pas une personne ne m’a parlé de sécurité. Pas une ! C’est un sujet monté en épingle de façon artificielle. Alors, certes, la sécurité, ce peut être une question, mais de notre côté, elle n’est jamais venue sur le tapis. » Évidemment, le son de cloche n’est pas tout à fait le même du côté de Nicolas Forissier, qui explique que les récents drames qui ont éclaté en France l’ont « marqué comme père ». Et le candidat, qui est aussi député de l’Indre, de rappeler des « tirs à la kalachnikov à Châteauroux (au début du mois de mars, ndlr). A Châteauroux ! »

Cazeneuve au soutien de Bonneau

Du côté de François Bonneau, on a pris la chose très au sérieux en appelant Bernard Cazeneuve, à la rescousse. Le 28 mai dernier, l’ancien ministre de l’Intérieur de François Hollande est venu soutenir l’actuel président de la Région à Fleury-les-Aubrais. « Que Cazeneuve soit venu dans le Loiret a du sens. Il ne se déplace pas partout comme ça… », constatait un cadre local du PS. L’ancien ministre socialiste a délivré un message de fermeté en ciblant le Rassemblement National. « Aux portes de cette région, l’extrême-droite menace, a-t-il clamé. Je tiens cependant à dire que quand j’étais en responsabilité, à chaque fois que nous avons fait voter des lois pour renforcer la sécurité des Français, le FN n’a jamais été là. Ils ne veulent pas la sécurité, ils désirent l’insécurité pour pouvoir prospérer politiquement. » Et Bernard Cazeneuve de rappeler au passage que, quand il était place Beauvau, il avait renforcé les effectifs de police et de gendarmerie de 9 000 personnels supplémentaires. « Nous n’avons pas peur d’aborder les questions de sécurité, mais sans perdre notre sens des responsabilités », a-t-il tonné. Karin Fischer, de la liste EELV/LFI, (avec qui le PS et le PC doivent s’allier au second tour), a quant à elle modérément apprécié cette visite : « j’ose espérer que du côté du PS, c’était une erreur de casting que de l’inviter lui, un ancien ministre de l’Intérieur qui s’est positionné sur des points durs et répressifs ».

Et « l’insécurité sociale ? »

La gauche doit-elle marcher sur les plates-bandes de la droite sur le dossier de la sécurité ? Même si la question divise au sein des socialistes locaux, la liste PS/PC est restée soft dans ses propositions sur le sujet, expliquant qu’elle avait déjà « installé des caméras dans tous les cars REMI » au cours du dernier mandat. Elle a aussi promis qu’elle « accroîtrait des outils de sécurité à bord des trains et des cars de la région », qu’elle mettrait en place un « plan de sécurisation de l’accès aux lycées » ainsi qu’un « plan d’accompagnement de la cybersécurité pour les entreprises et les citoyens », et « renforcerait les soutiens aux acteurs agissant contre les violences faites aux femmes ».

Du côté de l’autre liste de gauche EELV/LFI, on insiste sur « l’insécurité sociale, qui touche la santé, l’emploi et l’isolement ». « Le sentiment d’insécurité est accentué par le sentiment d’isolement des gens, parce qu’il y a des problèmes d’accès aux transports et parce que le chômage est élevé », persiste Karin Fischer. L’insécurité sociale, voilà un thème qui pourrait mettre d’accord tous les candidats…

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