Le cri d’alarme des cafés-restaurants

L’annonce du gouvernement que les cafés, bars, restaurants et discothèques ne rouvriraient pas en janvier a plongé la profession dans un profond désarroi. Entre colère et incompréhension, les professionnels, à l’image de Pascal Blaszczyk, propriétaire du Léonard de Vinci place Plumereau à Tours, commencent à élever la voix pour éviter que tout un pan de l’économie locale, vitale pour les centres-villes et les bourgs, ne s’effondre, dans l’indifférence… Entre un quart et un tiers des établissements sont menacés, davantage si la fermeture se prolonge au-delà de février. Ils en appellent à une mobilisation collective pour que soit mis en place un dispositif exceptionnel de soutien…
Patrice Naour
Le cri d’alarme des cafés-restaurants

Ils veulent quoi ? Faire mourir le centre-ville ? Qu’il n’y ait plus de petits commerces indépendants mais uniquement les grandes chaines dans les zones commerciales ? » Entre incompréhension et colère, et quelques – rares pour lui qui est très combattif – moments d’abattement, le maître restaurateur installé au Léonard de Vinci dans le Vieux-Tours, membre du conseil d’administration de l’UMIH 37 (Union des métiers de la restauration et de l’industrie hôtelière), se fait le porte-parole d’une profession au bord de l’asphyxie. « J’échange tous les jours avec les collègues et je peux vous dire que beaucoup d’entre eux ne vont pas bien, s’inquiète le restaurateur. Je ne sais pas comment ça va finir, on se bat pour garder le contact et éviter qu’ils plongent mais on est très inquiet pour certains… » La CCI Touraine a également mis en place un numéro vert pour que les professionnels en difficulté puissent joindre une cellule d’écoute et de soutien psychologique.

L’annonce par le Premier ministre début janvier que les CHR ne rouvriraient pas le 20 janvier, et sans doute pas en février non plus, a plongé toute la profession dans un grand désarroi. « Nous sommes conscients que l’épidémie empêche la réouverture de nos établissements, OK, mais dans ce cas, qu’on nous dédommage à la hauteur des pertes que nous subissons, poursuit Pascal Blaszczyk. Nous ne demandons pas l’aumône, mais un dédommagement puisqu’on nous interdit de travailler… Nous ne sommes pour rien dans cette épidémie que nous subissons comme tout le monde mais bien plus que d’autres. Et quand nous avons pu travailler, nous avons tout fait pour respecter les mesures sanitaires… »

Le sentiment d’injustice est très fort. Alors que les aides accordées par le gouvernement sont jugées trop faibles ou inadaptées. « Mis à part les 1 500 € du Fonds de solidarité, elles ne concernent pas tout le monde, si vous n’avez pas d’employés par exemple, le chômage partiel ne vous concerne pas. De toute façon, ça ne suffit pas, déplore Pascal Blaszczyk. Il faut bien comprendre que nous devons continuer à payer nos charges fixes, loyer, crédits, assurance, électricité, etc. Il faut avoir de la trésorerie, les établissements récents souvent n’en ont pas, ils sont les premiers condamnés. Et je ne parle pas des discothèques, 85 % d’entre elles ne rouvriront pas… On nous empêche de travailler, mais ça n’empêche pas les charges de courir, et les banques non plus ne font pas de cadeau… »

85 % des discothèques ne rouvriraient pas !

Il regrette que la communication du gouvernement sur les dispositifs d’aides aux entreprises masque une réalité beaucoup plus sombre puisque de nombreuses mesures de soutien sont en fait des emprunts, comme le PGE (Prêt garanti par l’État), ou des reports de charges ou de loyers. Mais les prêts, ça se rembourse et les reports ne font que décaler le problème et s’il n’y a pas de date de réouverture, difficile de savoir quels sont vos besoins en trésorerie. Ce n’est pas pareil si vous êtes fermés pour un mois ou pour quatre ou cinq comme cela pourrait être le cas lors de ce 2e confinement… « On a travaillé sept mois l’an dernier, si c’est la même chose cette année, la moitié des établissements disparaîtront… » martèle Pascal Blaszczyk, qui réclame une mobilisation générale des collectivités locales. « C’est un secteur important pour l’économie locale qui représente 32 000 emplois sur le région, sans compter les emplois chez les fournisseurs et prestataires… Qu’est-ce qu’ils attendent les politiques pour se mobiliser ? C’est nous qui faisons vivre les bourgs et les centres-villes… S’il n’y a plus de bars ni de restaurants, il n’y aura plus de touristes non plus car ils ne viendront pas visiter des villes fantômes… » Et de poser la question autrement : « Qu’est-ce que serait Tours sans nos établissements ? »

Le Fonds d’aide métropolitain d’1 million d’euros – ouverts à tous les commerçants et artisans de la Métropole pas seulement aux CHR – a été épuisé en quelques semaines. Insuffisant.

Les mesures prises par la Ville de Tours au moment des Fêtes, avec, entre autres, les chalets pour les restaurateurs « une bonne idée mais avec des difficultés de mise en œuvre, pour se garer notamment ». La Ville de Tours a confirmé l’exonération des droits de terrasse et des extensions à compter du 1er confinement. Mais a tout de même réclamé la taxe pour le 1er trimestre 2020. Elle porte bien sur la période antérieure à la crise mais un geste supplémentaire aurait été apprécié et les commerçants se seraient bien passés de ce « cadeau » de fin d’année. « Vous voyez, on dit qu’on nous aide mais on continue de nous réclamer des taxes alors qu’on n’a pas travaillé la moitié de l’année… » fulmine Pascal Blaszczyk.

Si une ouverture prochaine n’est pas annoncée, il faudra effectivement envisager des dispositifs exceptionnels pour sauver une profession plus exposée que d’autres à la crise sanitaire. Pas essentielle ? Non, vitale pour nos villes et nos vies ! 

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