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Marie-Esther Parra Au nom des siens
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Marie-Esther Parra Au nom des siens
Portrait

Marie-Esther Parra Au nom des siens

Originaire d’Issoudun dans l’Indre, elle raconte dans un livre passionnant l’exil douloureux de ses parents réfugiés, l’histoire d’une communauté joyeuse et le destin d’une petite Espagnole devenue professeure de lettres agrégée à Tours. Elle dédicacera Un jour j’écrirai votre histoire samedi 5 mars à La Boîte à Livres.
patrice naour
Marie-Esther-Parra-HEBDO-TOURS
1953 Naissance à Issoudun
1992 Arrivée à Tours
Septembre 2021 Sortie de son livre / 5 mars 2022 Séance de dédicace à la Boîte à Livres

Toutes les familles ont une histoire. Plus ou moins riche, dense, fragmentée ou casanière autour d’un berceau familial. Celle de Marie-Esther Parra est emblématique d’une période dramatique de l’Histoire du XXe siècle : la guerre d’Espagne avec ces dizaines de milliers de réfugiés qui ont franchi les Pyrénées après la défaite des Républicains et l’installation du régime fasciste du général Franco. Au-delà de la guerre d’Espagne, c’est aussi l’épopée des nombreux peuples exilés qui ont marqué le siècle dernier. C’est enfin le récit d’une époque où la France n’avait pas l’immigration honteuse et où, même si tout n’était pas rose, elle accueillait les réfugiés bon gré mal gré…

Grâce au livre de Marie-Esther Parra, Un jour j’écrirai votre histoire, on découvre que le Sud-Ouest ne fut pas la seule terre d’accueil des Républicains et qu’il existait aussi une communauté espagnole à Issoudun, dans l’Indre. « Ma grand-mère était mariée avec un officier de marine républicain, elle a fui l’Espagne en 1937 avec ma mère Esperanza qui avait 13 ans à bord d’un cargo transportant du charbon direction Saint-Nazaire, incise l’autrice. On les a mises dans un train direction Paris, le train a été scindé en deux et une partie du convoi est arrivé à Issoudun où ma grand-mère a trouvé du travail chez un épicier espagnol, elles se sont installées… » Voilà pour le côté maternel ; côté paternel, dans le genre aventure, ce n’est pas mal non plus. « Mon père, Pablo, est arrivé plus tard, en avril 1948, en provenance de la province d’Estrémadure qui est frontalière avec le Portugal. Ils avaient traversé les Pyrénées avec un groupe de copains à la sortie de l’hiver dans des conditions très difficiles jusqu’à Toulouse. Il n’était pas considéré comme réfugié politique, mais comme plutôt un vagabond, il s’est retrouvé en prison. Heureusement, il n’a pas été renvoyé en Espagne, mais expédié dans un train aussi direction Châteauroux. Puis il atterri à Issoudun. Quand il débarque, il a faim, il va dans une boulangerie, on n’a pas voulu le servir tant il ressemblait à un gueux. Il a travaillé dans le bâtiment, il a rencontré ma mère, ils se sont mariés en 1951, je suis née en 1953… »

Un second tirage

Marie-Esther est tourangelle depuis 1992, année où elle arrivée d’Issoudun pour enseigner le français à Fondettes, puis aux collèges Pasteur et Rabelais avant de finir sa carrière au lycée Paul-Louis Courier. Elle a publié en septembre dernier Un jour j’écrirai votre histoire aux éditions Simarre, un livre retiré en ce début d’année tant cet hommage à ses parents fait écho chez certains. « Je leur avais dit que je le ferais en leur mémoire mais j’ai aussi découvert que c’était important pour moi, il est le fruit de longues recherches. Au terme de cette quête il y a beaucoup d’émotions et de témoignages. Je suis devenue malgré moi un peu la porte-parole de l’ancienne communauté espagnole d’Issoudun. » Une communauté qui revit sous sa plume : « On se retrouvait le dimanche autour d’une paella, c’était joyeux, ça rigolait beaucoup, il y avait ce tempérament méditerranéen qui animait notre quotidien, je garde vraiment de très bons souvenirs de cette enfance malgré l’exil de mes parents qui en ont souffert, mais sans le laisser paraître. Ils étaient très reconnaissants à la France de les avoir accueillis, ils tenaient à ce que je sois une élève modèle, et je suis devenue professeure de français, ce n’est pas tout à fait un hasard… »

Ce livre a aussi permis à Marie-
Esther, au-delà de l’hommage rendu à ses parents, de renouer des contacts avec des enfants issus comme elle de la double culture franco-espagnole. « J’ai reçu beaucoup de témoignages de gens qui se reconnaissent dans le livre, des enfants d’Espagnols réfugiés en France comme moi, c’est très touchant, rappelle-t-elle. J’ai lié de nouvelles amitiés en redécouvrant cette histoire commune que nous partageons, ces racines espagnoles qui sont plus prégnantes avec le temps qui passe. Je suis toujours allée en Espagne chez mes oncles et tantes, mais aujourd’hui, je ne sais pas si c’est l’âge, je m’y sens chez moi autant qu’en France. Et puis j’ai depuis toujours une passion pour le flamenco et le tango argentin qui me procurent vraiment de grandes joies, je comprends mieux d’où ça vient aujourd’hui… »

Et l’enfant de réfugiés de conclure : « Le métissage culturel n’est pas un handicap, mais une chance, tous les exilés doivent relever la tête et être fiers de leur parcours… » À bon entendeur…

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