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Mathilde Boulo-Dutour, légèreté de l’être
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Mathilde Boulo-Dutour, légèreté de l’être
Portrait

Mathilde Boulo-Dutour, légèreté de l’être

Elle a mis à profit sa riche expérience dans l’organisation d’événements culturels en créant le festival des Nourritures élémentaires à Chinon. Un rendez-vous hybride qui se soucie autant de littérature, de philosophie que d’art. Un peu à l’image de cette prof de philo à l’insatiable appétit de connaissances et de rencontres
F.M.
1970, Naissance à Saint-Nazaire
1995, Voyage en Chine
2009, 1er poste d’enseignante

Il est des gabarits trompeurs. À considérer Mathilde Boulo-Dutour, c’est d’avantage l’image d’une libraire souriante et bienveillante, avec un chat sur les genoux, qui viendrait à l’esprit, plutôt que celle d’une executive woman bourlingueuse qui s’efforcerait d’être partout à la fois. Erreur.

Vannes, Paris… Xuzou.

Si, depuis quelques années, les horizons de la prof de philo sont chinonais, au point d’avoir créé et organisé un festival dédié à l’œuvre de François Rabelais et à ses résonances contemporaines, cultivant ainsi un certain « ancrage territorial », il n’en a pas toujours été ainsi. Née à Saint-Nazaire, d’une père commercial, vendeur de bateaux et de planches à voile, et d’une mère qui ouvrira plus tard un commerce de laine, Mathilde a grandi à Vannes pour ensuite vivre au Mans. Plus tard encore, c’est à Paris qu’elle entame des études de philosophie de l’art et de l’esthétique. « Mais, sans trop savoir pourtant ce que je cherchais, il manquait quelque chose, un questionnement sur l’interprétation, se souvient-elle. Alors je suis allée à Paris-IV, en Lettres. L’ambiance y était un peu plus “punk ”, mais offrait une autre manière de penser les œuvres, plus satisfaisante. »

Pas encore tout à fait a priori, puisqu’elle quitte ensuite Paris pour Lyon et un Dess en échanges culturels internationaux, tout en travaillant pour Air France. L’ailleurs pointe son nez. Il devient encore plus proche quand l’étudiante gagne un concours de vente au sein de la compagnie, qui lui offre la destination de son choix. Mathilde dégotte alors un stage à Xuzou, dans la province chinoise de Jangsu, pour enseigner le français à des médecins. « J’avais eu un coup de cœur pour les anthropologues et en particulier pour Victor Segalen, confie-t-elle, alors cela me convenait parfaitement ! » Dans la foulée, elle se met au mandarin.

De Venise à la Touraine

À son retour, Dess obtenu, elle travaille comme assistante de production de films documentaires, rédige pour le Petit Futé… Puis vient un stage à l’Afaa (Association français d’action artistique, opérateur du ministère des Affaires étrangères, devenue Cultures France, puis l’Institut français). Au sein du service des Arts plastiques de l’association, qu’elle intègre après celui des résidences d’artistes, elle participe à la coordination du pavillon français de la Biennale de Venise. Faveur de la providence, elle y croisera Huang Yong Ping, un artiste chinois, mis à l’honneur par la France, exilé depuis Tien An Men.

Après Venise, c’est Avignon qu’elle fréquente, alors qu’elle travaille pour une maison d’attachés de presse, à l’occasion d’une grande exposition pour l’an 2000. Mais, comme dans l’intervalle, Mathilde s’est mariée avec un Tourangeau d’adoption, Jean-Martin Dutour, qui deviendra plus tard vigneron, président de l’AOC chinon, puis d’Interloire, elle décide de se rapprocher de son époux et de la Touraine. « Nous ne venions pas du même univers », confie Mathilde, séduite toutefois rapidement par ce monde rural qu’elle trouve d’abord un peu « exotique ». Quant au vin, « je n’y connaissais rien, mais j’aimais ça ! ». En Touraine, elle trouve de qui satisfaire son appétit culturel. Elle assure un remplacement à l’atelier Calder, rencontre le microcosme artistique tourangeaux avec le collectif Laura, travaille à la communication du Centre de création contemporaine (devenu le CCC OD), puis au lieu de résidence artistique le Volapük, ou encore au sein de la société de production Tga… « Mais je commençais à me lasser de ce genre de boulots, confie-t-elle. Et puis, il y avait toujours la philosophie qui traînait dans un coin de ma tête. »

Mais au fait… et Rabelais ?

À force de traîner, la philosophe ressurgit carrément et Mathilde reprend des études à l’université de Tours, avec des cours au Centre d’études supérieures de la Renaissance. Après avoir enseigné quelque temps, à Blois et Tours, elle obtient, plus récemment, son Capes. Surtout, « je me suis aperçue que paradoxalement, on connaissait mal Rabelais à Chinon. Ou, plutôt, que son image était figée, explique-t-elle. Alors que j’ai trouvé dans des auteurs plus récents un héritage certain de sa philosophie, comme Diderot, Kundera et aussi des écrivains voyageurs ou, même, les anthropologues. Le voyage, même imaginaire, et l’altérité sont des fils conducteurs très importants chez Rabelais ».

L’idée germe alors de réunir chercheurs, artistes et auteurs pour disséquer cette œuvre et, surtout, la partager. Le festival des Nourritures élémentaires présente sa première édition en 2015, consacrée, évidemment, au thème de la nourriture. Depuis, d’autres ont suivi, sur la guerre, le rire, le voyage…

Si toute une équipe organise désormais l’événement, Mathilde reste la vigie, et un peu la muse des programmations, mais aussi la garante de l’ambiance chaleureuse qui règne ainsi à Chinon chaque année, en novembre. 2021 ne dérogera pas et on sait que l’entremetteuse culturelle permettra, comme d’habitude, des rencontres fertiles.

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