MUSIQUES ET SPECTACLES VIVANTS : VERS UNE LONGUE CONVALESCENCE

Pour le monde culturel, la crise de la Covid-19 ne se résume pas à quelques spectacles reportés. L’économie du secteur est ébranlée, et l’incertitude plane sur la manière dont se déroulera la rentrée.
Emilie Mendonça
Dans le contexte actuel, le spectacle de plein-air pourrait séduire artistes et spectateurs

On l’oublie parfois, mais la culture n’est pas que création artistique et bons moments. C’est aussi un pan entier de notre économie, et comme tous les autres, il est impacté par la crise de la Covid-19. À l’échelle nationale, les statistiques ministérielles de 2016 démontraient l’importance du secteur : 2,2 % de l’économie française, et un poids économique direct de 44,5 milliards d’euros. En région Centre-Val de Loire, ce sont environ 25 000 emplois qui
sont concernés.

Aujourd’hui, dans un écosystème culturel hétérogène où les petites associations côtoient des structures professionnelles plus importantes, le constat est le même pour tous : l’impact du confinement s’étendra au moins sur les deux prochaines saisons culturelles jusqu’en 2022.

Les producteurs restent à flot

Avec l’interdiction des rassemblements de plus de 5 000 personnes, fin février, les producteurs de grands événements comme AZ Prod, Cheyenne Prod et Tours Événements ont été les premiers touchés. Au Japan Tours Festival, limiter le nombre de visiteurs du dimanche 1er mars s’est traduit par une perte de 80 000€. Report de la Foire de Tours, American Tours Festival annulé… Jusqu’à fin août, Tours Événements est à l’arrêt, avec une perte pour l’instant estimée à 50 % de son chiffre d’affaires annuel et 7 millions d’euros. Mais l’entreprise encaisse le choc grâce aux efforts budgétaires réalisés depuis l’arrivée de son directeur Christophe Caillaud-Joos il y a deux ans.

Cheyenne Prod ou AZ Prod survivront aussi à la tempête, avec quelques pots cassés. Pour AZ, le report sur la saison prochaine de 70 des 80 spectacles initialement prévus au printemps 2020 permet ainsi de limiter les frais et de conserver l’équipe de huit salariés, malgré 45 000 billets déjà remboursés et 6 millions en moins de
chiffre d’affaires.

Des festivals fragilisés

Du côté des festivals, le bilan est plus nuancé, selon que l’équipe est bénévole ou salariée. Si Aucard de Tours a misé sur un report à la rentrée, d’autres ont annulé. C’est le cas d’Yzeures N’Rock, qui s’en sort avec une perte de 20 000€, grâce à son équipe 100 % bénévole et à force de négociations avec les artistes, qui avaient touché un acompte. Le fond de roulement de l’association et la probable aide de la communauté de communes devraient permettre au festival de bien s’en tirer.

À Terres du Son, même si on parle déjà de TDS 2021, le moral est moins bon : « en trois jours de festival, nous gagnons de quoi fonctionner pendant un an, notamment pour rémunérer nos quatre salariés. On va perdre beaucoup d’argent, on envisage donc des événements sur l’année, pour renflouer les caisses » explique Odran Trümmel, directeur de l’ASSO qui organise le festival et gère aussi la salle des musiques actuelles le Temps Machine.

L’autre crainte des festivals indépendants, c’est l’aubaine que constitue leurs difficultés financières pour les grands groupes (Vivendi, Live Nation, Morgane). Non seulement ceux-ci survivront mieux à la crise, mais ils pourraient continuer de vampiriser le secteur, avec le rachat de festivals, et leur facilité à payer des artistes devenus hors de prix.

Les associations culturelles locales sont dans des situations variées et tentent de joindre les deux bouts. Quant aux intermittents du spectacle, en coulisses ou sur scène, en festival ou en salle, leur avenir est encore nuageux. Certes, 2020 ayant été déclarée « année blanche », ils ont un délai pour cumuler les contrats et conserver leur statut. Mais les annulations de festivals et autres tournées sont autant d’occasions manquées de travailler.

La reprise : le casse-tête !

Du côté des finances, la Région comme le Département ont annoncé le maintien des subventions de fonctionnement, et, pour les événements annulés, le versement de subventions au prorata des dépenses engagées. La Région a également mis en place un fond d’aide d’un million d’euros. De quoi soulager en partie les dizaines d’associations culturelles concernées par la crise.

Mais tout n’est pas qu’histoire d’argent. Les dizaines de spectacles reportés provoquent en effet un engorgement des salles, transformant le travail des programmateurs en équation à plusieurs inconnues. Parmi elles, la menace d’une seconde vague, et les mesures sanitaires. Dans les structures aux financements publics comme le CCNT, le Théâtre Olympia, l’Opéra ou les salles municipales, l’impact économique est moindre, mais la programmation s’ajustera tout de même au contexte Covid-19. Le Temps Machine a ainsi privilégié les groupes locaux à l’automne, conjuguant coup de main aux artistes tourangeaux et flexibilité de programmation. À la Pléiade de La Riche, on a opté pour des petites formes, avec peu de monde sur scène… et dans la salle ?

Le respect des distances physiques crée en effet deux écueils : la rentabilité, et l’attractivité. « Un mètre de distance entre les groupes de spectateurs, c’est accueillir 300 personnes dans une salle de 1 000. Or il nous faut un remplissage de la salle de 70 à 80 % pour amortir les frais de production : reprendre dans ces conditions, ce serait travailler à perte » explique le directeur d’AZ Prod, Julien Lavergne.

Au Temps Machine, Odran Trümmel questionne l’intérêt d’un concert avec une salle à moitié vide : « on dépenserait plus d’argent que si on restait fermés, et on perdrait la convivialité entre public et artistes, qui est l’essence d’un concert ! ».

Les spectateurs seraient-ils pour autant partants pour un bain de foule, comme au bon vieux temps ? Car même dans des lieux où limiter la fréquentation est possible, comme le CCC OD, les musées ou les galeries d’art, un autre défi s’annonce : faire savoir au public qu’il peut revenir en toute sérénité.

Une chose est sûre : pour une bonne reprise de la culture, les spectateurs auront leur rôle à jouer en soutenant le spectacle vivant aujourd’hui
bien moribond !

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