Portrait

Pierre Pavard : Diplôme d’ingénieux

Il fait partie de l'équipe de makers qui a su mobiliser des dizaines de volontaires pour la fabrication de visières de protection fournies au personnel soignant. Une expérience presque naturelle, pour cet habitué de la débrouille, mordu de nouvelles technologies.
Florian Mons
1971 : naissance à Sainte-Clothilde (La Réunion).
2005 : se lance dans les logiciels open source.
2018 : acquisition d'une imprimante 3D. • 2020 : création des Makers 37 contre le Covid-19.

Ils ont défrayé la chronique lors du confinement en offrant leurs services aux soignants alors que ceux-ci manquaient de matériel de protection. Littéralement « fabricants » – on pourrait dire « fabricateurs » tant leurs méthodes allient artisanat et nouvelles technologies – les makers œuvrent toutefois depuis plusieurs années, quand les premières imprimantes 3D personnelles ont été mises au point. 

3D…brouille 

Entrepreneur dans le bâtiment de 49 ans, Pierre Pavard, né à La Réunion de parents métropolitains, est arrivé en Touraine en 2008 après quelques années passées à exercer sur la Côte d’azur. Spécialisé dans les travaux d’intérieur, il est aussi passionné depuis longtemps par l’informatique et fasciné par ses possibilités. Alors, il y a deux ans, il s’équipe d’une imprimante 3D, qui lui permet de rendre des services à ses clients. « J’interviens beaucoup dans des appartements locatifs, explique-t-il. J’ai pu, par exemple, remplacer des portes de freezer cassées, dont la charge est d’ordinaire imputable aux locataires. Or, ces pièces sont souvent trop chères ou tout simplement introuvables. Je peux donc proposer des équivalents moins chers. De la même manière, je peux fabriquer des porte-étiquettes pour les sonnettes des immeubles, que les syndics pour lesquels je travaille ont du mal à se procurer ». Ces pièces cassées, anodines mais qui obligent parfois à racheter un appareil entier, sont, comme l’obsolescence programmée, autant une plaie pour le portefeuille des consommateurs que pour l’environnement. Les réparer et les remplacer sont la vocation principale des imprimantes de particuliers et, pour Pierre, c’est quasiment devenu un réflexe. « Je n’arrête pas. Dès que j’ai un truc qui pète, je fabrique une pièce. C’est un peu mon côté « îlien », s’amuse-t-il. À la Réunion, on n’a pas toujours ce qu’il faut sous la main et on met parfois du temps à être livrés. Alors on se débrouille, on recycle… » Support de GoPro ou fixation de visière pour casque, embout de poignée de moto, boucles de sac à dos, tête de rasoir électrique, axes de volets roulants… « Je suis un très mauvais client de pièces détachées ! »

Apollo 37

« On a plus tendance à reproduire ou à améliorer qu’à inventer, admet Pierre, mais l’impression 3D sert souvent à réaliser des prototypes  ou des maquettes, comme je l’ai fait pour un projet de table rétractable ». Une capacité d’adaptation et de conception qui s’est avérée utile, pour ne pas dire essentielle, dans le contexte de l’épidémie de coronavirus. Début mars, suivant l’exemple de plusieurs communautés de makers, un appel est lancé sur les forums et les réseaux sociaux pour la fabrication de fixation de visières de protection et un groupe national « Makers contre le Covid-19 » est créé sur Facebook, suivi de déclinaisons locales. Pierre crée alors le groupe tourangeau et, très vite, un noyau de quatre personnes s’organise, se répartissant les tâches : production, recherche de bénévoles propriétaires d’imprimantes, collecteurs, assembleurs, distributeurs, recherches de fournisseurs, de financement participatif, de dons d’entreprises… En un rien de temps, l’affaire tourne. « Nous nous sommes fait rapidement confiance et tout ça s’est organisé naturellement » se réjouit encore Pierre. Cinquante « printers » ont ainsi participé à la fabrication d’environ 10 000 kits visières distribués un peu partout. Mieux encore, les makers se sont livrés, sur le modèle d’une initiative italienne, à l’adaptation de masques de plongée d’une grande enseigne de la distribution de matériel de sports de loisirs, pour en faire des masques à oxygène. « Mais l’hôpital Bretonneau a un protocole d’usage particulier et le modèle d’adaptateur italien ne convenait pas. Alors nous avons travaillé 72 heures d’affilée à quatre designers pour redévelopper le modèle italien, pour fournir un verrouillage parfait de la fixation des filtres ». Ce pourrait presque être un film. On pense immanquablement au sauvetage de la mission Apollo 13, lors de laquelle les ingénieurs de la Nasa réussirent à fournir une méthode de fabrication de filtre vital aux astronautes, avec les moyens du bord…

Le collectif continue de phosphorer. « Le personnel médical est gêné par les élastiques des masques que les soignants portent parfois longtemps. Nous sommes en train de réfléchir à un autre système de fixation, en collaboration avec les soignants ». Mais Pierre l’assure : « en cas de deuxième vague, on se réserve la possibilité de repartir, la chaîne est bien rodée à présent ». λ

Pour aller + loin 
Facebook « Makers 37 contre le Covid-19 »

2 réponses

  1. Je suis bien heureuse que l’ingéniosité et la créativité imprégné de bonne volonté soit saluée. Il faudrait plus de personne qui s’implique comme cela dans la vie de tout les jours. Bravo au collectif « makers 37 » et surtout à toi mon cousin !

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