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Quelles forêts dans 50 ans ?
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Quelles forêts dans 50 ans ?

Quelles forêts dans 50 ans ?

Pour les acteurs de la forêt, le changement climatique, c’est maintenant ! Aussi s’interrogent-ils sur les adaptations possibles à ces bouleversements qui s’accélèrent. Alors que les chênes sont menacés à l’horizon 2070, de nouvelles essences sont plantées dans des « îlots d’avenir » pour tester les plantations de demain.
Florian Mons

Pas moins de trente-quatre forêts domaniales jonchent la carte de la Touraine. Si l’on ajoute les forêts privées, qui représentent la grande majorité de cette répartition avec 55 900 propriétaires et environ 135 000 hectares –, ce sont près de 150 000 ha qui couvrent le département. Réunis en assemblée générale le 20 septembre dernier, ces propriétaires, regroupés au sein de la Fédération Fransylva, ont examiné la question des risques d’incendies, celle de « l’équilibre sylvo-cynégétique », – comprenez la cohabitation harmonieuse entre chasseurs et propriétaires forestiers –, ainsi que les mesures les plus récentes prises par les services de l’État, telles qu’en matière de brûlage, ou de classement des zones boisées. Quant à leur valeur économique, « il faut rappeler que seulement 60 % de l’accroissement naturel des forêts d’Indre-et-Loire sont prélevés », précise Antoine de Roffignac, président de Fransylva Touraine.

Une sous-exploitation, selon lui, qui soulève une autre question cruciale : celle du réchauffement climatique. Battant en brèche les arguments des défenseurs de l’environnement, opposés par exemple aux coupes rases, les propriétaires forestiers estiment, comme le formule Antoine de Roffignac, « qu’une forêt sanctuarisée est une forêt qui meurt. La gestion de la forêt est nécessaire à sa croissance et à sa préservation pour qu’elle puisse assurer son rôle écologique, à savoir stocker le carbone. La forêt stocke 28 % du CO2 émis en France et abrite 75 % de la biodiversité, elle a également un rôle de filtration de l’eau », martèle-t-il.

« En 2070, le chêne n’aura plus sa place en Indre-et-Loire »

Mais la forêt va changer. Dans un bilan de santé des forêts en Centre-Val de Loire réalisé en 2020, la DRAAF (Direction régionale des de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt) rend compte du dépérissement de certaines essences – chênes, pins sylvestres, châtaigniers – consécutif aux épisodes de sécheresse et au développement d’insectes xylophages. Sur le terrain, « le réchauffement climatique, nous sommes dedans depuis un moment », rappelle Fabien Daureu, technicien de l’Office national des forêts. L’inquiétude du professionnel est tangible. Au rythme où vont les choses, « nous pensons qu’en 2070, le chêne n’aura plus sa place en Indre-et-Loire. Pour un forestier, c’est demain, poursuit-il. Une nouvelle sécheresse cette année aurait été dramatique ».

Celles des trois dernières années ont en effet laissé des traces, et l’œil exercé du technicien repère facilement, dans les houppiers de la forêt de Loches, les zones éclaircies dues à la mort des branches de jeunes chênes nécrosés. Plus loin, un chêne pédonculé, victime d’un parasite, dresse sa chandelle morte. « 20 % des pins sylvestres sont morts au cours des deux dernières années. Les chênes mettent moins longtemps à mourir », précise-
t-il, et les dépérissements ne seront pleinement mesurables que dans quelque temps.

Si les conséquences de ce dépérissement apparaissent encore lointaines au grand public, les forestiers, eux, s’y préparent. En forêt de Loches – « une des plus belles forêts de chênes de France » – comme dans celle de Chinon, on aménage des « îlots d’avenir », zones de repeuplement, qui permettent d’observer le comportement des jeunes pousses de pins ou de chênes sessiles en provenance de Gascogne. Sous le couvert des fougères, elles seront les témoins des capacités des arbres à s’adapter au changement climatique et suivies dans le cadre de programmes de recherche. Mais « l’une des solutions, c’est le mélange. Les forêts mono-spécifiques, c’est fini », annonce Fabien Daureu. Pour les professionnels, cette diversification sera notamment le gage d’une résistance aux insectes ravageurs. C’est ce que préconise un rapport de la DRAAF, qui indique que des nouvelles essences peuvent être testées.

700 entreprises et 3 700 emplois dans la filière bois

La filière bois suit également de près ces changements. En Indre-et-Loire, 700 entreprises ont une activité en lien avec le bois, qu’elles évoluent dans le secteur de la construction – le plus représenté avec 42 % de l’activité –, du commerce, de la fabrication de meubles, de papier ou carton, du sciage – huit scieries sont en activité – ou de la sylviculture. Fibois, l’organisme interprofessionnel de la filière, comptabilise 3 700 salariés. Eric de La Rochère, délégué de Fibois pour le Centre-Val de Loire, partage l’inquiétude des autres acteurs de la forêt quant à la nécessité d’une prise de conscience rapide du problème. « Les prévisions à 2050 sont très inquiétantes, rappelle t-il. Si vous êtes propriétaire, est-ce que vous plantez un chêne ? Les forêts seront très différentes à l’avenir… » Et d’égrener les questions que soulève cette situation : que planter, comment s’adapter… ?
S’il plaide, lui aussi, pour une diversité des essences Eric de La Rochère est conscient qu’au plan économique, notamment dans le secteur de la construction, le pin est le plus susceptible de répondre à la demande comme à l’adaptation au réchauffement. « La filière bois est à la croisée des chemins. Elle est une des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. Le bâtiment représente 40 % des émissions de gaz à effet de serre. L’utilisation du bois pour la construction pourrait les réduire de 20 % », estime t-il. Avec cependant le risque, soulevé par les écologistes, d’une « industrialisation de la forêt ».

Outre les 45 ha d’îlots d’avenir installés dans les forêts de Touraine, le plan de relance pour les forêts, mis en place par le Gouvernement l’année dernière, permettra le renouvellement de 17 ha de forêts – 400 000 € pour le premier volet, 150 000 pour le second –, ainsi que la réhabilitation de dix mares forestières, essentielles à l’habitat de certaines espèces. Si les forestiers saluent cette initiative comme le signe d’une attention portée par les pouvoirs publics à l’avenir de la forêt, l’inquiétude quant au long terme demeure. Il faudra sans doute que cette « relance » soit souvent – et longtemps – renouvelée pour accompagner la mutation de nos forêts.

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