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TOURS : pour un axe apaisé « Cathédr’Halles »

TOURS : pour un axe apaisé « Cathédr’Halles »

Alors que les questions de mobilités n’ont jamais autant animé le débat à Tours (lire ci-dessus), les animateurs du blog letramdetours.net, Mathis Navard et Alain Devineau – ancien adjoint à l’urbanisme de Jean Germain de 2008 à 2014 qui a supervisé la réalisation de la 1re ligne de tramway –, ouvrent la réflexion sur la piétonnisation de l’axe rue des Halles-rue de la Scellerie jusqu’à la cathédrale pour créer un cheminement doux permettant de parcourir le cœur historique de la ville.
Rédaction

Bien avant le percement de l’artère royale au XVIIIe siècle, l’histoire de notre ville s’est écrite sur l’axe est-ouest que reprennent aujourd’hui la rue des Halles et la rue de la Scellerie. L’omniprésence de l’automobile dans ces deux rues à faible trafic – dont la configuration n’a pas évolué depuis soixante-quinze ans – doit à présent être questionnée. Les stationnements se limitant à quelques dizaines de places et les voies de circulation occupent les deux tiers de l’espace public au détriment des piétons et des cyclistes.

Respecter l’équilibre vélos-piétons

La piétonnisation – dans un premier temps à titre expérimental – semble donc être tout indiquée entre la place des Halles et le jardin François Sicard. En plus de dynamiser l’attractivité des nombreux commerces implantés dans ce secteur, elle permettrait une mise en valeur unique des nombreux sites touristiques environnants : tour Charlemagne, tour de l’Horloge, basilique Saint-Martin, musée des Beaux-Arts… Un projet déjà expérimenté dans le cadre des « Estivales » à l’été 2020. Ce nouvel axe « Cathédr’Halles » serait également doté d’un caractère touristique indéniable.

La diversité commerciale devra être préservée, en veillant notamment au maintien de boutiques non alimentaires de manière à ne pas créer de nouvelles nuisances pour les riverains. Il faudra cependant être vigilant à ne pas reproduire un schéma identique à celui de la rue Nationale ou de la rue de Bordeaux. La disparition de la voiture au profit des mobilités douces ne devra pas se faire au détriment du vélo. Afin de garantir un équilibre des modes, la création d’une piste cyclable centrale serait intéressante à étudier. Ses abords pourraient être plantés. Ils permettraient de lutter contre les îlots de chaleur. En complément, des aménagements éphémères ou pérennes devront être conçus pour renforcer l’attractivité de cette trame urbaine empreinte d’histoire. La réflexion pourra être étendue à certaines rues adjacentes où une intervention similaire serait pertinente. Nous pensons notamment à la place de la Résistance qui pourrait se voir doter d’un espace de jeu par exemple.

Pérenniser les espaces reconquis sur les places de stationnement

Cette vision s’inscrit dans une dynamique mondiale qui pousse de nombreuses villes à repenser leurs espaces publics, à plus forte raison depuis l’épidémie de Covid-19. Cela n’est pas dû au hasard. L’urbanisme tactique permet d’expérimenter des aménagements conjuguant qualité et flexibilité. Cela est déjà le cas à Tours où de nombreux « placottoirs » ont fait leur apparition dans les rues du centre-ville. Bien souvent, il s’agit d’étendre les terrasses des restaurants afin de respecter au mieux les règles de distanciation physique. Ces espaces, la plupart du temps reconquis sur des places de stationnement, doivent être pérennisés. Tout en améliorant considérablement la qualité de vie des Tourangeaux et l’attractivité commerciale qui va avec, ils redonnent une véritable valeur ajoutée à ces mètres carrés qui n’ont jamais été aussi précieux dans un tissu urbain de plus en plus dense. De cette manière, ils permettent de préfigurer des aménagements pérennes.

Nous irons plus loin en encourageant à poursuivre le développement de ce type d’initiatives.

L’hyper-centre ne doit pas être le seul concerné par ces mesures. L’apparition de « placottoirs » serait également souhaitable dans d’autres quartiers de la ville. Pour cela, leur usage ne peut se limiter au secteur de la restauration. Comme cela est déjà le cas dans bon nombre d’autres villes européennes et nord-américaines, nous pouvons imaginer des « placottoirs » prenant la forme d’îlots végétalisés ou de potagers communautaires. Une concertation avec le tissu associatif local permettrait de faire émerger de nouvelles idées favorables à l’amélioration du bien-être des citoyens.

Autre point clé à intégrer à la réflexion : dans un souci d’adaptation aux changements climatiques, il convient de mettre fin à la minéralisation outrancière de la chaussée. Un travail sur la perméabilisation de la voirie doit être mené. Il consisterait à réduire la place de l’asphalte au profit de nouveaux espaces engazonnés et plantés. Nul besoin de réinventer la roue : en Touraine, la petite commune de Chédigny, dans le Lochois, a fait de la végétalisation de ses artères un véritable atout touristique au service de l’économie locale. Le village de 567 âmes – le seul de France labellisé « jardin remarquable » – accueille chaque année 100 000 visiteurs ! Un exemple inspirant…

Alain Devineau & Mathis Navard
letramdetours.net

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