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Un décalage entre la situation et les mesures prises
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Un décalage entre la situation et les mesures prises

Un décalage entre la situation et les mesures prises

L’Observatoire des inégalités, organisme indépendant basé à Tours, a présenté fin novembre son Rapport sur la pauvreté en France, édition 2020-2021, l’une de ses publications qui font aujourd’hui référence au même titre que son Rapport sur les inégalités qui paraît tous les deux ans lui aussi. Ce nouveau rapport détaille la pauvreté en France, déjà en hausse avant la crise sanitaire et le 2e confinement qui ont et auront des effets dévastateurs sur les populations les plus précaires si les mesures adaptées ne sont pas prises…
Patrice Naour

Deux chiffres à retenir d’abord : 5,3 ou 9,3 millions. C’est le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en France selon les données 2018 de l’INSEE analysées par l’Observatoire des Inégalités. Pourquoi deux chiffres ? Parce le seuil de pauvreté est calculé en fonction du revenu médian mensuel pour une personne qui est de l’ordre de 1 770 €. Médian signifie qu’il y a en France autant de personnes qui gagnent plus de 1 770 € que de personnes qui gagnent moins. Le seuil de pauvreté est ensuite calculé en pourcentage de ce revenu médian. Certains organismes retiennent 50 %, ce qui donne un seuil à 885 €, la moitié du revenu médian ; d’autres retiennent 60 %, ce qui donne un seuil de pauvreté à 1 023 €. En fonction du seuil de pauvreté retenu, 50 % ou 60 %, il y a donc plus ou moins de personnes sous ce seuil : 5,3 millions (soit 8,3 % de la population) à 50 %, 9,2 millions à 60 % (14,8 % de la population). L’Observatoire des inégalités retient le seuil à 50 % pour 5,3 millions de pauvres, soit 300 000 de plus environ que dans la précédente édition du Rapport en 2018. 

22 % des 18 à 29 ans sont pauvres !

Ce n’est pas un raz de marée mais la pauvreté augmente en France, même si – et c’est une autre donnée présentée dans ce Rapport – c’est l’un des pays d’Europe où il y en a le moins. Surtout, on sait qu’avec la crise sanitaire, ce taux de pauvreté va augmenter dans les prochains mois puisque de nombreuses personnes précaires, employées dans des secteurs à l’arrêt comme le tourisme, les bars-hôtels-restaurants ou avec des CDD courts ou contrats d’intérim, ont perdu leur travail. Tandis que d’autres, indépendants ou auto-entrepreneurs se retrouvent aussi en difficulté. On le voit déjà dans les chiffres des demandes d’allocations de RSA qui augmentent de plus de 10 % en moyenne au niveau national. En Indre-et-Loire, le nombre d’allocataires était de 13 111 en septembre 2019, il est passé à 14 785 en septembre 2020. Une hausse de plus de 12 %. Et c’était avant le 2e confinement qui a encore fragilisé certaines populations ! Si des travailleurs précaires perdent leur emploi, et se retrouvent au RSA à 565 € mensuels, de fait, ils se retrouvent en dessous du seuil de pauvreté et rentrent donc la catégorie des pauvres. Combien de personnes cette bascule vers la pauvreté va-t-elle concerner en France ? Impossible de le dire tant les effets de la crise vont durer mais la fourchette de 500 000 à 1 million de précaires en plus l’an prochain est réaliste. Car vivre, même avec les 565 € du RSA et les APL, vous plonge dans la pauvreté !

Parmi les victimes de cette crise économique et sociale, les jeunes, dont beaucoup ont perdu leur petit contrat court ou leurs missions d’intérim, voire un petit job non déclaré comme c’est souvent le cas dans le monde de la précarité.

Dans son Rapport sur la pauvreté, l’Observatoire des Inégalités consacre un important chapitre à la situation des jeunes qui se dégrade depuis de longues années déjà. Un chiffre parmi tant d’autres à retenir : 22 % des jeunes adultes âgés de 18 à 29 ans qui ne vivent pas chez leurs parents sont pauvres. On considère que les moins de 30 ans représentent la moitié des pauvres en France. Les étudiants sont aussi de plus en plus touchés par cette précarité. S’ils dépendent de leur foyer, ils ne sont pas comptabilisés comme pauvres mais tout indique que les conditions de vie s’aggavent pour les plus précaires d’entre eux. Ce n’est pas pour rien que les Restos du cœur d’Indre-et-Loire ont mis en place cette année un créneau horaire dédié aux étudiants le samedi matin, jour où ils n’ont pas cours. Ou qu’à Tours une épicerie sociale mobile de la Croix-Rouge sillonne les sites universitaires pour proposer des produits aux étudiants précaires à 10 % de leur prix.

C’est entre autres pour cela que Louis Maurin, le directeur de l’Observatoire des Inégalités, et Noam Landri, son président, plaident pour un Revenu Minimum Unique pour les personnes dans le besoin. Ce qui le distingue du Revenu Universel prôné par certains qui serait attribué à tous sans condition de revenus.
Son montant est fixé à 860 € mensuels pour une personne. « Le montant de notre RMU correspond au seuil de pauvreté fixé à la moitié du niveau de vie médian, explique Louis Maurin. Si l’on adoptait ce minimum de ressources pour tous, la pauvreté mesurée au seuil à 50 % disparaîtrait d’un point de vue statistique. Notre pays ferait ainsi un énorme pas en avant pour “éradiquer la grande pauvreté”, comme le souhaitait le président de la République dans son discours du 13 septembre 2018. Politiquement, ce projet constituerait une avancée sociale majeure, qui améliorerait le sort des cinq millions de personnes vivant actuellement sous ce seuil de pauvreté. » Ce revenu serait un maximum dans lequel seraient pris en compte les autres revenus ou aides comme les allocations familiales et les APL. Le coût de cette mesure est évalué par ses promoteurs à 7 milliards par an, un montant tout à fait raisonnable à l’aune des effets positifs qu’elle peut avoir. À titre de comparaison, la suppression de la taxe d’habitation a amputé les revenus de l’État de 18 milliards ou celle de l’ISF entre 4 et 5 milliards. Il s’agit donc bien de choix politiques quand on privilégie la baisse des impôts pour les plus aisés par rapport à l’augmentation des allocations pour les plus pauvres…

Alors que le Gouvernement annonce une aide ponctuelle de 900 € sur 4 mois (de novembre à février) pour les précaires ayant travaillé l’hiver dernier mais ne pouvant pas le faire cette année. Alors que le Pape plaide aussi dans son livre sorti le 2 décembre pour un revenu universel, l’idée d’un revenu minimum semble faire son chemin… Vu le contexte actuel et surtout la crise sociale à venir, avec l’explosion attendue de la pauvreté, il serait sans doute temps de l’étudier sérieusement. Car comme le dit Anne Brunner, directrice d’études et co-autrice du rapport, « le décalage est considérable entre la situation sociale et les mesures qui sont prises… ».


+ d’infos
Rapport sur la pauvreté en France, édition 2020-2021
Sous la direction d’Anne Brunner et Louis Maurin, éd. Observatoire des inégalités, 10 € (hors frais d’envoi), en vente sur www.inegalites.fr

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