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Changement climatique la Métropole en fait-elle assez ?
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Changement climatique la Métropole en fait-elle assez ?

Changement climatique la Métropole en fait-elle assez ?

Jeudi dernier était organisée la Journée mondiale du climat. Alors que l’année qui s’achève n’aura jamais été aussi chaude en France, Matthieu Schlesinger, premier vice-président de la Métropole en charge de la transition écologique, s’exprime sur les efforts que l’intercommunalité orléanaise doit accomplir pour s’adapter au changement climatique, et pour en diminuer les effets sur les habitants de l’agglomération. propos recueillis par benjamin vasset
Benjamin Vasset
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L’année 2022 s’achève sur l’agglomération orléanaise avec des températures réfrigérantes qui ne reflètent pas l’atmosphère suffocante qui a recouvert la France et le Loiret entre les mois de mai et d’octobre. Cet été, il ne faisait pas bon se promener dans les rues du centre-ville d’Orléans sous peine de transpirer à grosses gouttes sans pouvoir trouver rapidement un coin d’ombre et de fraîcheur. Évidemment, la question du réchauffement climatique dépasse de loin les seules frontières de la métropole orléanaise : à tous les niveaux, des plus puissants États jusqu’aux plus petits particuliers, il y a une vraie révolution à faire et, pour certains, à accepter. Dans ce mouvement, la Métropole, qui porte des politiques locales en matière de transports et de la gestion de l’eau, notamment, doit prendre sa part. Brocardée par certaines associations pour son immobilisme supposé – par exemple en matière de politique cyclable –, la Métropole a lancé en début d’année dernière sa feuille de route pour organiser sa « transition » d’ici à 2030. À la fin du mois d’octobre, alors que les températures étaient encore beaucoup trop chaudes pour la saison, Matthieu Schlesinger, premier vice-président de la Métropole en charge de cette politique, est revenu sur les moyens à mettre en œuvre pour s’adapter et pour lutter contre le réchauffement à l’échelle de l’agglomération. Morceaux choisis. 

L’été 2022, une prise de conscience ? 

« C’est surtout l’adaptation au changement climatique qui a été la “nouveauté” de l’été. Et mine de rien, nous allons être un peu en réaction. Par exemple : le problème du stockage d’eau de pluie pour pouvoir arroser, avant le mois de juin, personne n’en parlait au maire que je suis dans les réunions de quartier. Et là, en septembre, on me demande : “Monsieur le maire, pourquoi n’y a-t-il pas de citernes dans toutes les maisons pour pouvoir arroser nos jardins ?” Maintenant, est-ce que l’on peut parler de l’été 2022 comme d’une césure ? Je me méfie toujours de l’effet-loupe. Oui, nous avons eu un été très particulier, mais je pense que beaucoup ont déjà oublié ce qui s’est passé il y a quelques mois… Cependant, la prise de conscience limite les réticences : s’il y a deux ans, nous avions fait ce que nous faisons cette année sur l’éclairage public, on nous aurait dit que c’était scandaleux. On sent qu’il y a quand même eu un petit basculement. Et puis, cette situation nous a rappelé à nous, responsables publics, à quel point il y avait des politiques rapides à mettre en œuvre : car oui, il est nécessaire de changer. »

Métropole, communes… Qui peut faire quoi ?

« L’adaptation de notre mode de vie est un enjeu à la fois un enjeu métropolitain et communal : la Métropole doit par exemple adapter son réseau d’assainissement pour faire face à des orages très violents ; elle a aussi la compétence du risque inondation. La gestion de l’espace public et du nettoyage est davantage un enjeu communal, tout comme l’aménagement durable, la végétalisation, le verdissement des écoles. La Métropole, comme les Villes, ont un parc de patrimoine bâti qu’elles doivent aussi adapter afin de limiter leurs consommations d’énergie. » 

Peu de leviers sur la sobriété ?

« Il y a eu depuis la rentrée un travail sur l’éclairage public, qui est une compétence de la Métropole, mais dont chaque maire fixe les horaires sur sa commune. À ce stade, le plan de la sobriété métropolitain, c’est principalement cela. Mais l’objectif est quand même d’économiser de 900 000 à 1 M€ sur les prochaines années. Après, chaque commune doit compléter ce plan. À Olivet, nous avons prévu de ne pas chauffer les classes à plus de 20 °C, les gymnases à plus 15 °C, et nous baissons
aussi d’un degré l’eau de la piscine. »

Végétalisation et îlots de fraîcheur, une réflexion métropolitaine ?

« Aujourd’hui, on n’a pas une direction de la Métropole spécialisée sur ce sujet. Au niveau de la gestion des espaces publics, les services sont métropolitains, mais la commande politique est municipale. Cependant, il y a déjà une forme de cohérence quand l’agence d’urbanisme métropolitaine, Topos, travaille sur un référentiel des cours oasis. À son échelle, Orléans est, c’est vrai, une ville très minérale, mais tous les cœurs anciens des villes françaises le sont. On a vécu au XXe siècle dans le mythe de la ville haussmanienne, qui est aujourd’hui dépassé, mais il s’agissait de choix d’aménagement collectif ayant amené, à une époque, de la propreté. Aujourd’hui, ces choix sont remis en question par le dérèglement climatique. Je pense que les constructions récentes et les rapports au paysagement deviennent très différents : à Olivet, dans le nouveau centre-ville que nous créons, nous avons commencé à réfléchir à l’aménagement par le paysagement et ensuite, nous avons positionné des immeubles. Cela ne se ressent pas tout de suite, mais les effets se produiront dans dix, quinze ou vingt ans. À Bordeaux, une ville nouvellement écolo, ils viennent de planter des arbres, qui sont pour l’instant faméliques, vous les voyez à peine. Car il y a une temporalité à respecter. » 

Énergies renouvelables : le paquet sur le solaire

« À horizon 2050, la Métropole d’Orléans veut être neutre en carbone et d’ici 2030, diminuer par deux ses émissions, avec trois leviers : les transports, la rénovation thermique des bâtiments et la production d’énergie renouvelable, que nous voulons multiplier par deux entre 2017 et 2030, année à laquelle nous voudrions produire 180 mégawatts-crête. Sur ce dernier volet, je suis convaincu que le territoire métropolitain parviendra à son objectif, qu’il atteindra de manière exponentielle. Des projets privés sont très bien partis. Quant à la Métropole en tant qu’établissement public, elle a trouvé une vingtaine de sites directement opérationnels (voir encadré) qui seront dotés d’équipements pour produire 9 mégawatts-crête : un terrain nu, dix ombrières et une dizaine de toitures, dont CO’Met. Les premiers bâtiments métropolitains commenceront à être couverts d’ici, au mieux, la fin 2024. Nous avons un autre levier : la réutilisation de la chaleur fatale de l’Unité de Traitement des Ordures Ménagères de Saran (son énergie indirectement produite, ndlr), pour chauffer les entreprises du Pôle 45. » 

Rénovation thermique : « Créer une filière » 

« La politique de “rénovation” thermique des bâtiments dont je parlais sera la plus difficile à mener, mais c’est aussi là où il y a le plus de gisements. Pour y arriver, il faut donner des informations aux gens, avec d’abord un guichet unique. Nous avons donc créé une marque, Ma Métro Rénov’, pour centraliser l’information, et nous allons financer des créations de poste avec l’opérateur, qui est l’ADIL. Ensuite, nous devons créer des compétences : il faut structurer la filière et mettre sur pied des formations pour que puissent par exemple former des assembliers. Aujourd’hui, cette filière n’existe pas sur le territoire. Il faut un vrai travail de mise en relation : sur ce point, la Métropole a un rôle d’animateur. Il y a potentiellement des milliers d’emplois qui dorment. Ensuite, peut-être que nous mettrons d’autres dispositifs financiers en place. »

Comment faire aimer le vélo ?

« Sur les transports, avec le tram et l’électrification des bus, nous avons déjà pas mal décarboné. Après, la Métropole est-elle encore trop “bagnolarde” ? Oui, mais cela tient à la façon dont notre territoire est aménagé, avec une agglomération étendue et peu dense. Nous sommes peut-être un peu en retard sur les aménagements : tous les axes majeurs ne sont pas sécurisés. 

Ce n’est pas facile, car cela va modifier des habitudes de manière importante. Désinciter les gens de ne pas utiliser leur voiture ? Ça, c’est la stratégie d’Anne Hidalgo, une méthode des années 2000. La bonne méthode, selon moi, c’est d’inciter plutôt à prendre un vélo, et donc faire des aménagements cohérents et de qualité : les gens passeront au vélo parce qu’ils auront envie de le prendre. Dans cette optique, la Métropole est certes stratège avec son Plan Vélo, mais la mise en œuvre de cette politique dépend de choix municipaux. Les attaques contre la Métropole et Christian Dumas sont disproportionnées et même un peu injustes, car ce n’est pas Christian Dumas qui décide où passent les vélos à Olivet ou Saint-Jean-de-la-Ruelle. Si le Plan Vélo n’est pas mis en œuvre dans des communes, c’est parce que ces communes ne l’ont pas mis en œuvre. À Olivet, j’ai fait inscrire la rue de La Source dans l’aménagement cyclable : ce n’était pas facile, mais je l’ai fait. Dès que j’ai demandé à la Métropole, la Métropole l’a fait. Aujourd’hui, il n’y a pas de demandes : l’année prochaine, on continue la rue de La Source, personne ne nous concurrence. »

Une ZFE en 2025

« À Orléans, cette Zone à Faibles Émissions rentrera en fonctionnement le 1er janvier 2025. C’est un sujet à la fois extrêmement sensible – vous pouvez interdire à des gens de rentrer dans certaines parties de la ville – et à la fois assez simple car grosso modo, vous faites un plan avec une carte et vous définissez les gens qui ont le droit de rentrer avec telle vignette. La difficulté principale, c’est l’acceptabilité du dispositif : il faut donc connaître le parc de véhicules que l’on a, à quelle vitesse il se renouvelle et, après, savoir quelles Crit’Air et quelles dérogations on met. Pour le moment, on sait que la ZFE doit couvrir au moins les deux tiers de la population de la Métropole. »

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