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Coronavirus : avant le discours de Macron, la ruée dans les supermarchés

Coronavirus : avant le discours de Macron, la ruée dans les supermarchés

Branle-bas de combat aujourd’hui chez beaucoup de salariés, qui se sont vus renvoyer dans leurs pénates après que leurs patrons eurent actés dans la matinée des mesures de télétravail ou de chômage partiel. Certains en ont profité pour faire main basse sur les produits alimentaires, mus par les multiples rumeurs du jour. Ambiance dans un supermarché de l’agglo.
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Avant l’allocution d’Emmanuel Macron, les Français et les Orléanais ont pris les devants. Il faut dire que le téléphone arabe a fonctionné à plein aujourd’hui : on n’a jamais entendu autant de gens tenir « de source sûre » que le « confinement » –encore eût-il fallu savoir de quel « confinement » il s’agissait – allait être acté dès ce lundi, ou au plus tard mardi soir. Bien souvent, le tuyau venait du cousin du mari de la belle-sœur du tonton de ma grand-mère, qui avait reçu des « infos » émanant là du Ministère de l’Intérieur, ici du cabinet du Premier ministre, ou là encore du labrador d’Emmanuel Macron, dont les oreilles et le battement de queue, évidemment dignes de confiance, étaient le gage d’une information en béton armé.

Encore des nouilles ?

Vu que depuis le début de la matinée, le « confinement » était donc entré dans tous les cerveaux et sur toutes les bouches, on a décidé d’aller voir ce qui se tramait dans un supermarché de l’agglo. À peine arrivé dans les allées, une dame nous assurait mordicus –elle le tenait « d’une copine qui travaillait à Auchan »– que les commerces alimentaires allaient fermer, dès le lendemain, pour une durée indéterminée. Ah ? Sachant que rien n’avait encore décidé et annoncé officiellement, cette « copine » devait sans doute être une super-agent de la DGSE, qui bossait à l’Auchan du coin pour s’assurer d’une couverture renforcée.

On plaisante, mais cette propension à faire passer des fake news, ou tout du moins des news non vérifiées, n’a fait qu’affermir l’intention des Français dans le fait de venir faire des provisions au cas où ils ne pourraient plus sortir de chez eux avant six bons mois. Une peur irrationnelle du vide et de la faim, qu’il y avait un urgent besoin de combler en se jetant, comme en fin de semaine dernière, sur le rayon « pâtes » : en moins de 40 minutes ce matin, nous apprenait-on en magasin, le stock de nouilles avait été tout bonnement nettoyé. Concernant le rayon PQ, qui avait lui aussi été ciblé par les premiers barricadés de la semaine dernière, il recelait encore quelques blocs de rouleaux pour derrières sensibles. Mais il fallait les embarquer par paquets de 24 ou de 48 : personnes seules et légèrement constipées sur les bords, vous n’auriez plus à encombrer vos pensées des besoins de votre derrière avant l’arrivée de l’été.

Remplir !

Les rayons de charcuteries, de viandes ou de viennoiseries étaient eux aussi victimes d’une ébouriffante razzia : on espère que chez les habitants de l’agglomération orléanaise, les frigos sont grands. L’important était visiblement d’être sûr et certain de pouvoir soutenir un siège de plusieurs mois et de répondre à l’angoisse primitive de l’homo modernus, largement amplifiée par le contexte actuel : « pourvu que l’on ne manque de rien. » Petite surprise, quand même, dans cette déambulation de lundi après-midi : le rayon vins était, lui, encore bien achalandé. Allons bon ! Si les Français considéraient désormais que le picrate n’était plus un produit de première nécessité, où allait-on ?

Le bon côté des choses, c’est que les gens avaient visiblement recommencé à se parler, sans filtre ni peur d’ennuyer l’autre. À peine étions-nous ainsi arrivés devant les portes du magasin qu’un client remettant son caddie en place nous apostrophait, sur le ton de la confidence : « dépêchez-vous, il n’y a presque plus rien dans les rayons… »

Dialogue de sourds

Arrivé enfin à la caisse, nous avons scruté les caddies, et ceux qui allaient photographier les charriots trop remplis pour envoyer fissa l’image du délit sur les réseaux sociaux, en attendant les retweets et les commentaires outrés. Ici, on remarquait bien quelques charriots copieusement garnis, mais sans exagérations gargantuesques. C’était, en fait, le défilé continu des clients depuis quelques jours qui avaient fait que les rayons du supermarché avaient minci à vue d’œil. Les caissières, elles, continuaient de « biper » sans le moindre état d’âme : pour l’instant, elles travaillaient sans masque, sans gants, sans rien. « C’est un choix de la direction ? », demandait-on à l’une d’entre elles. « Non, on n’en a même pas parlé », nous répondait-elle. Nous : « et du coup, vous faites comment pour vous protéger ? » Elle : « Bah regardez, ils ont commandé des vitres en plexy pour séparer les caissières des clients. » Nous : « Oui, mais pas sur votre caisse. » Elle : « Oui, des vitres, ils en ont commandé sept, mais y a huit caisses… » « De toute façon, moi, je préfère, poursuivait l’hôtesse. J’ai pas envie d’être enfermée dans une cage à lapins ! »

On essayait enfin de lui demander si le chiffre d’affaires du magasin avait explosé ces derniers jours : « ça, j’en sais rien », nous affirmait-elle, n’ayant visiblement pas envie de balancer un secret d’Etat. Dehors, le même ballet des allées et venues entre caddies vides et caddies pleins. « De toute façon, demain c’est bloqué à partir de 18h et pour 45 jours, hein ! », entendait-on encore au débotté. Malgré les apparences, la rumeur était l’un des plats qui s’était le mieux consommé ce lundi 15 mars, en France.

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