Disparition du Crédit Foncier : ce que sa fin a réellement changé

En mars 2019, toutes les agences du Crédit Foncier, filiale du groupe BPCE, fermaient leurs portes. La banque, spécialisée dans l’immobilier, fut fondée 167 ans auparavant par Napoléon III. Elle avait entre autres vocations le financement des collectivités et l’accession à la propriété des ménages, en particulier les plus modestes. Sa disparition achangé la donne sur le marché de l’immobilier social...
Laurence Boléat
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Pour les près de 2 000 salariés du Crédit Foncier en France, très attachés à leur entreprise, ce fut un choc et, pour de nombreux professionnels partenaires, un traumatisme. Ce 31 mars 2019, en tournant pour la dernière fois la clef dans la serrure de leur agence, les directeurs et conseillers du réseau commercial du Crédit Foncier eurent le cœur lourd : pour certains, c’était l’ensemble de leur carrière qu’ils laissaient derrière eux, dans un sentiment de frustration et d’incompréhension totale. Des décennies de rendez-vous clients et d’analyses de dossiers pour octroyer des crédits qui rendaient possibles le rêve de milliers de Français : devenir propriétaires…

Une banque leader sur le logement social

Dès sa fondation, l’idée était la suivante : prêter de l’argent en se couvrant avec une garantie sur un bien immobilier. En clair, si l’emprunteur défaillait au remboursement de sa dette, le Crédit Foncier l’obligeait à vendre le bien hypothéqué pour se rembourser. Un système inspiré des banques allemandes, qui permettait au prêteur de supporter le risque et d’éviter la faillite. L’établissement finança ainsi les grandes percées du baron Haussmann et de célèbres opérations immobilières parisiennes, telles que la rue de Rivoli ou le quartier de l’Opéra. Il fut aussi la banque des municipalités, en s’adjugeant 75 % des emprunts des communes à la fin du XIXe siècle. Après la Seconde Guerre mondiale, pour reconstruire le pays, il devint le leader dans la distribution des prêts aidés pour le logement social. Et jusqu’à la fin de son existence, il conserva cette mission d’intérêt public.

Après cette banqueroute, le malaise fut palpable chez certains professionnels, et la perspective plutôt angoissante. Qui, désormais, allait prêter de l’argent à leurs clients, et particulièrement à ceux qui ne disposaient pas de beaucoup de moyens, soit toute une catégorie d’ouvriers ou d’employés à faibles revenus, peu rentables pour une banque de dépôt classique, mais disposés à sacrifier beaucoup pour honorer leur dette et transmettre à leurs enfants un petit patrimoine ?

Les premiers concernés par cette faillite furent ainsi les constructeurs de maisons individuelles, tels que Maisons Pierre, partenaire historique du Crédit Foncier, et l’un des plus gros faiseurs de la place sur le marché des primo-accédants. Un ancien vendeur orléanais du constructeur, toujours actif sous une autre enseigne, témoigne : « ce fut une immense tristesse, qui nous a énormément touchés. J’ai dû faire dans ma carrière 3 000 financements avec le Crédit Foncier. Depuis cette disparition, le marché a changé. » Autre nostalgie : la proximité avec les conseillers bancaires, qui prenaient en main le client pour ficeler un plan de financement le plus optimisé possible, notamment avec les prêts conventionnés, qui ouvraient le droit à l’APL, et réduisaient différents frais inhérents à l’emprunt.

Tout un secteur fragilisé

Par son savoir-faire, le Crédit Foncier fut longtemps le seul organisme habilité à distribuer les prêts sociaux de l’État. Tous les anciens se souviennent du fameux prêt PAP, progressivement remplacé par les Prêt PAS et le Prêt à Taux Zéro. Selon plusieurs constructeurs, avec la disparition de l’APL accession d’abord et du Crédit Foncier ensuite, bon nombre de familles se sont écartées de l’achat d’une maison. « Le prêt social a disparu avec le Crédit Foncier », affirme ainsi un constructeur orléanais.

Même son de cloche du côté de certains courtiers ligériens, qui appréciaient grandement la technicité et la souplesse des produits proposés, construits autour de financements très longue durée ou de montages financiers complexes. L’un d’entre eux, partenaire pendant 25 ans, explique aujourd’hui : « je n’ai pas retrouvé d’interlocuteurs connaissant aussi bien leur métier qu’au Crédit Foncier. Dans les banques classiques, les conseillers vendent un peu de tout, du placement, des assurances, du téléphone, etc. Et le crédit immobilier reste un accessoire… » D’autres professionnels du secteur, conseillers en gestion de patrimoine, appréciaient également les solutions de crédit qui optimisaient grandement la défiscalisation de leurs clients, avec quelques produits phares, tels que les prêts in fine dans les opérations locatives. Même si les produits ont été partiellement repris dans les autres banques du groupe, la technicité et les règles d’octroi n’ont pas vraiment suivi…

Pas assez rentable ?

Pour autant, avant la disparition de l’établissement, certains prescripteurs s’étaient déjà détournés de lui. En cause, des taux d’intérêt plus élevés que dans une banque généraliste, en raison de l’absence de bancarisation, – soit l’obligation d’ouvrir un compte –, donc l’impossibilité de se rattraper sur les ventes de produits bancaires et d’épargne. Mais aussi et surtout des contraintes liées aux crises financières générant un empilement de documents à fournir, qui finissaient par lasser clients et partenaires.

Victime de son mode de refinancement, mais aussi d’une politique de risque trop administrative et contraignante, le Crédit Foncier a été lâché par sa maison mère, BPCE, qui a jugé le modèle insuffisamment rentable, bien que très largement bénéficiaire.

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