|
|
EHPAD : les droits des résidents « gravement entravés » ?
|
|
EHPAD : les droits des résidents « gravement entravés » ?

EHPAD : les droits des résidents « gravement entravés » ?

La Défenseure des droits a publié le 4 mai dernier un rapport très critique consacré aux droits fondamentaux des personnes âgées vivant en EHPAD (Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). La directrice de trois EHPAD situés dans la métropole orléanaise a accepté de répondre aux griefs édictés dans ce document. 
Hugo De Tullio
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on email
Share on whatsapp

« La crise sanitaire a mis en lumière des défaillances […] concernant plus particulièrement le droit au maintien des liens familiaux, la liberté d’aller et venir et le non-respect du consentement des résidents », a résumé début mai la Défenseure des droits sur les réseaux sociaux. Considéré comme personnes à risques en cette période de pandémie, ce public vivant dans les maisons de retraite et les EHPAD a aussi été gravement touché psychologiquement. Dans son rapport de 68 pages, l’autorité indépendante précise que « nombre de témoignages et réclamations font état de personnes ayant perdu le goût de la vie, souffrant de dépression, exprimant le sentiment d’être emprisonnées ou encore leur envie de ne plus vivre. » Au total, depuis ces six dernières années, la Défenseure des droits a reçu pas moins de 900 réclamations de personnes critiquant les conditions de leur accompagnement médico-social ou celles de leurs proches, tandis que 80 % de ces plaintes concernent les EHPAD.

Claire Mounoury est la directrice générale de trois établissements pour personnes fragiles : le Logis de Camille et l’EHPAD Nazareth à Orléans, ainsi que l’EHPAD Raymond Poulain, à Saint-Jean-de-la-Ruelle. Elle a accepté de témoigner et avoue avoir été « un peu étonnée » après avoir parcouru toutes les recommandations de la Défenseure des droits. « Ça touche des choses qui sont extrêmement techniques, et je ne sais pas comment elle a connaissance de tous ces aspects », se demande la directrice. Calme et sans langue de bois, elle ajoute qu’il y a « de tout dans ces préconisations : des choses qui me semblent évidentes et avec lesquelles je suis tout à fait d’accord, d’autres qui me semblent totalement inapplicables, et des choses qu’on demande depuis très longtemps. »

En résumé, Claire Mounoury se dit parfaitement consciente qu’il y a eu « des soucis » concernant le droit des personnes âgées, et plus particulièrement durant la crise de la Covid. « J’ai été la première à dire que les mesures nationales étaient extrêmement draconiennes, indique-t-elle. Après, la façon dont on les a appliquées dans nos établissements, c’est un autre sujet. Il faut faire la part des choses. » En discussion régulière avec l’ARS (Agence Régionale de Santé), celle qui est aussi directrice de l’association La Sainte Famille explique que la crise a mis en exergue des problématiques déjà évoquées depuis longtemps dans le secteur médico-social. Une, en particulier, lui tient à cœur : « il faut arriver à clarifier ce qu’est vraiment un EHPAD. Pour caricaturer : est-ce un lieu de vie où l’on soigne ou un lieu de soins où l’on vit ? »

Bazar administratif ?

Quand on demande à Claire Mounoury quelle a été la plus grande difficulté rencontrée par ces équipes durant cette crise sanitaire, celle-ci prend du temps pour réfléchir, avant de répondre : « la désorganisation administrative à l’extérieur. Quel bazar, entre les ordres, les contre-ordres et les consignes nationales qu’on aura apprises le dimanche soir à la radio… » Ayant pourtant un mandat de délégation régionale à la FEHAP (Fédération de référence du secteur solidaire en France), cette directrice regrette d’avoir été mise au courant souvent trop tardivement. Cela ne l’empêche pas de prendre sa part de responsabilité dans la gestion de ses établissements. Par exemple, il y avait la possibilité de laisser exceptionnellement sortir les résidents pour une balade familiale. Dans ces circonstances, « on a créé des fiches de sorties pour lesquelles on a fait des balances bénéfices-risques avec les médecins et infirmières. Et en fonction de tout cela, je donnais mon accord, ou pas. »

Des résidents résignés ?

Dans son rapport, la Défenseure des droits dénonce également « des situations de tests de dépistage réalisés sans recueil de consentement de la personne concernée, et parfois malgré son refus explicite, […] sous contrainte par contention. » Ce genre d’incidents n’a pas été recensé au sein des trois établissements de Claire Mounoury, lesquels comportent 221 résidents, dont 90 % sont vaccinés selon elle : « on n’a jamais forcé un résident à faire un dépistage s’il ne le voulait pas. Même chose pour les vaccins : on a donné un maximum d’informations. » En ce qui concerne le maintien de restrictions de sorties durant les phases de déconfinement, relevé aussi par l’autorité indépendante, la directrice se veut plus nuancée : si des personnes désiraient sortir alors que l’équipe médicale ne voulait pas, par mesure de sécurité, « le choix était très simple : elle pouvait sortir mais elle ne rentrait plus. » Des cas de figure qui n’ont jamais eu lieu sous sa direction, d’après l’intéressée.

Dernier exemple décrié par l’autorité indépendante dans son rapport : l’impossibilité pour certaines familles de voir leurs proches décédés, directement mis en bière. Là encore, la déléguée régionale de la FEHAP ne se reconnaît pas dans ces critiques : « on n’a jamais empêché aux familles de rentrer. C’est typiquement la limite où j’ai pris mes responsabilités en tant que directrice. J’ai un décès en tête qui est intervenu dans la pire période, mais nous avons fait entrer la famille. Nous étions juste à côté d’eux pour vérifier qu’elle respecte bien les gestes barrières. »

En lançant un coup d’œil dans le rétroviseur, Claire Mounoury regrette cependant ne pas s’être inscrite assez dans la durée : « on a trop fait au coup par coup. » Mais alors que le pire semble derrière nous avec l’arrivée progressive des vaccins, elle se montre toutefois soucieuse quant à l’avenir : « ce qui m’inquiète le plus, c’est que les résidents sont résignés, comme la population en général. Ils ont l’air de penser que les choses ne reviendront jamais comme avant… » 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Autres ARTICLES a lire
Christine Rousselle : Plein gaz
Cette enseignante-chercheuse à l’université d’Orléans, spécialiste de l’énergie et des...
Porte-à-porte dansé à Orléans
Imaginez une déambulation d’artistes dans votre quartier… Qui s’étendrait jusque...
Yanis, sa maman et ses amis… rêvent plus grand
Solidarité à Saint-Jean-le-Blanc.
Événements de la semaine
13
Mar
11
Mar
Saint-Jean-de-la-Ruelle Médiathèque Anna-Marly puis dans tous les quartiers de la ville
#
11
Mar
Orléans – Palais de Justice – 44, rue de la Bretonnerie
#
14
Oct
Orléans – Théâtre Gérard Philipe
à 15 h
11
Oct
Orléans – Salle de l’institut
à 10 h 45
ARTICLES RÉCENTS