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« Il s’est fait plaisir, il a gâché ma vie »

« Il s’est fait plaisir, il a gâché ma vie »

Pierre*, unique survivant d’une collision mortelle sur la RD 2152 à Baule, comparaissait le 20 octobre au Tribunal judiciaire d’Orléans pour avoir tué sans le vouloir deux personnes, dont son ami d’enfance, alors qu’il roulait à 140 km/h.
Gaëla Messerli
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Des larmes et de la colère. L’émotion n’a épargné personne. Pas même ceux qui portent la robe, magistrats et avocats. Il faut dire que Pierre n’a pas un profil de délinquant. Lors de l’accident, il n’était pas sous l’emprise de l’alcool ou des stupéfiants. Son casier judiciaire est vierge mais surtout, dès sa sortie des soins intensifs, alors qu’il était encore en fauteuil roulant, Pierre a reconnu sa responsabilité dans ce terrible accident qui s’est déroulé, le 11 mars 2021, vers 19h. Il a même demandé à plusieurs reprises à être entendu par les gendarmes. Ce plombier de 41 ans a ôté brutalement la vie d’une buraliste – la conductrice de la voiture d’en face – et celle de son ami d’enfance, passager de la Golf GTI qu’il conduisait. « Aujourd’hui, je m’enfouis dans le travail », a expliqué Pierre, qui était auparavant un passionné de voitures, pratiquant le drift (discipline de sport automobile dans laquelle le pîlote contrôle le véhicule pour qu’il glisse) et autoentrepreneur dans la vente de jantes et la reprogrammation de voitures à l’éthanol. C’est d’ailleurs pour cette dernière activité que Pierre conduisait une Golf GTI, lors de l’accident. Il devait tester le véhicule de son client « afin de vérifier s’il ne présentait pas de défauts majeurs », raconte le prévenu qui avait ce jour-là un passager : son ami d’enfance, qui voulait lui parler. Interrogé par le président du tribunal, Pierre a expliqué n’avoir pas vu que la route était mouillée et, pris par la discussion avec son ami, ne pas s’être rendu compte qu’il roulait à 140 km/h. Plusieurs témoignages et une vidéo de surveillance permettent cependant d’attester une vitesse excessive. Même s’il a contrebraqué, les soixante kilomètres/heure au-dessus de la limitation de vitesse ainsi qu’un déséquilibre de la voiture – révélé par l’expertise – n’ont pas permis à Pierre de reprendre le contrôle. Les débats ont donc beaucoup tourné autour de la capacité du conducteur, en tant qu’autoentrepreneur « donc professionnel », selon la procureure, à pouvoir identifier les dysfonctionnements du véhicule en amont. La représentante du ministère public a également rappelé que le passionné d’automobile avait choisi une heure de pointe pour réaliser son essai. Pierre, lui, ne se souvient toujours pas du choc. « Je demande pardon, même si c’est impardonnable », a bredouillé le prévenu, qui se demande chaque jour pourquoi il est encore en vie.

Le prix de la douleur

Outre la douleur, on a entendu la colère des familles qui, par la voix d’une de leurs avocates, ont exprimé leur incompréhension de voir le prévenu libre. « Je vais ressortir avec de la haine, a assuré le frère de l’ami de Pierre. Il va retourner avec sa famille mais nous, on va rester sur le carreau. Quelle que soit la décision ! » Du côté de la famille de la buraliste, le compagnon de la victime a évoqué sa souffrance, chaque jour, devant le lieu de l’accident : « Monsieur a gâché ma vie, celle de ma fille. Je ne suis pas la même personne aujourd’hui. Il s’est fait plaisir. Je le croise tout le temps. Je n’ai pas l’impression qu’il ait été traumatisé. » Face à la colère des familles, la procureure a rappelé que « la détention provisoire n’est pas une sanction », mais une mesure qui doit se justifier. « Monsieur ici reconnaît les faits », a souligné la procureure avant de réclamer pour celui qui a eu un comportement « irresponsable » une peine de trois ans de prison avec sursis et une annulation de son permis de conduire avec une interdiction de passer les épreuves pendant trois ans. Une peine assortie d’une interdiction de conduire un véhicule à moteur pour la même durée et d’une amende de 2 000 €. Le délibéré est attendu le 1er décembre, à 13h30.

* Tous les prénoms ont été modifiés. 

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