L’avortement de nouveau en débat

Un projet de loi permettant l’allongement des délais légaux d’accès à l’IVG de 12 à 14 semaines de grossesse a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, le 8 octobre dernier. Même si, avec la crise sanitaire et les attentats terroristes, ce débat est passé au second plan, les avis sur ce sujet inflammable demeurent tranchés en France et à Orléans.
Hugo De Tullio
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Selon une étude officielle, le taux de recours à l’avortement a légèrement augmenté en France, avec plus de 232 000 IVG pratiquées en 2019, le plus haut niveau depuis 30 ans. De plus, entre 3 et 5 000 femmes qui auraient dépassé le délai légal d’accès à l’avortement dans l’Hexagone partiraient chaque année à l’étranger pour se faire avorter. C’est pourquoi la députée et ancienne marcheuse Albane Gaillot a été, cette année, à l’initiative d’un texte de loi pour rendre l’accès à l’IVG possible jusqu’à 14 semaines. Un projet de loi que l’Orléanaise Sarah Durocher, ancienne bénévole et salariée pendant 15 ans au mouvement féministe du Planning Familial d’Orléans, juge tout à fait légitime : « ce texte a été porté par 43 députés transpartisans qui ont écouté les associations », estime-t-elle.

Quel rôle pour les soignants ?

Le 12 octobre dernier, l’Académie de Médecine s’est pourtant opposée à l’allongement du délai légal en s’inquiétant, dans un communiqué, « de manœuvres chirurgicales qui peuvent être dangereuses pour les femmes avec une dilatation du col plus importante, susceptible de provoquer des complications à long terme, comme un accouchement prématuré ». L’Ordre des Médecins a, de son côté, « réaffirmé son opposition » au projet de loi dans un communiqué en date du 10 octobre dernier. Sarah Durocher rétorque : « c’est assez impressionnant qu’on réduise le débat à un geste technique, alors qu’on a aujourd’hui des médecins, formés ou prêts à être formés, qui sont disposés à le faire ! » La désormais coprésidente nationale du Planning Familial reconnait certes « la parole importante » de ces instances, mais évoque « une fracture » dans le corps médical, et un avis qui ne serait pas général.

Du côté de l’Église, Tiphaine Verley, chargée de communication au diocèse d’Orléans, regrette que la question « de la vocation de la sage-femme » soit oubliée dans ce projet de loi. En effet, ce texte pourrait permettre aux sages-femmes de réaliser des IVG instrumentales jusqu’à la dixième semaine de grossesse (depuis 2016, elles peuvent déjà pratiquer des IVG médicamenteuses, ndlr). Une idée « ignoble » pour Vivien, chargé de communication du mouvement La Marche pour la Vie. « Être sage-femme, dit-il, c’est d’abord mettre au monde un enfant. C’est incroyable de leur demander de faire ça ! » Pour Sarah Durocher, les sages-femmes s’inscrivent au contraire pleinement dans le circuit de la santé des femmes, et « l’avortement fait partie de ce parcours, comme la grossesse. Nous avons encore un gros travail à faire sur la déstigmatisation de cet acte qui fait partie de la vie des femmes et qui les concerne toutes ».

Un autre volet de la proposition de loi en lien avec le personnel soignant est également en débat : la suppression de la clause de conscience. Pour l’instant, celle-ci permet aux médecins de refuser de pratiquer une IVG. Dans les faits, le texte en projet ne devrait pas obliger les professionnels de santé à accepter, mais ces derniers seraient cependant contraints d’orienter une femme vers un spécialiste réalisant des avortements. « C’est l’antithèse totale de leur vocation et de leur métier », déplore-t-on au mouvement de La Marche pour la Vie.

« C’est une boîte de Pandore qui s’ouvre »

Au-delà du contenu même du projet, l’association revient également sur le contexte social dans lequel ce texte s’inscrit : « les avorteurs du Parlement (sic) sont en train de profiter de la crise sanitaire pour empêcher les gens de se mobiliser, s’enflamme La Marche pour la Vie. Ils marchent sur les morts de la Covid pour faire passer ces lois… Autant vous dire qu’on est plutôt en colère ». Parmi les opposants au texte, l’Église, elle, s’interroge sur un autre plan : « on a du mal à comprendre les chiffres selon lesquels 5 à 6 000 femmes partiraient de France pour se faire avorter, lance Tiphaine Verley, responsable de la communication au sein du diocèse d’Orléans. Partir à l’étranger demande en effet des moyens, alors que les femmes qui subissent des IVG sont, en général, en précarité économique, sociale et affective très forte. Alors, comment font-elles ? »

Ce n’est pas le versant médical, mais juridique, dont s’empare en outre les adhérents de La Marche pour la Vie : « on s’oppose à ce texte, car c’est une boîte de Pandore qui s’ouvre. La loi est venue entériner une pratique qui était à la base illégale. Le principe est hallucinant : c’est une fuite en avant où le législateur est là pour encadrer des choses illégales ! » « Jusqu’où va-t-on aller ?, renchérit-on au diocèse d’Orléans. Dans deux ans, on va voter une loi pour qu’une femme puisse avorter jusqu’à 16 semaines, puis jusqu’à la naissance ? Cela s’appelle de l’eugénisme, et c’est un vrai problème ».

« Le problème, c’est la grossesse non désirée »

Si le sujet est donc hautement inflammable, il reste cependant une conclusion sur laquelle tout le monde est d’accord : davantage de solutions doivent être mises en place pour éviter de subir un avortement. Pour Laure, conseillère familiale et conjugale, quand une femme se retrouve dans la situation de pouvoir avoir recours à une IVG, « l’urgence, c’est de prendre son temps » pour prendre « la moins mauvaise décision », même quand on arrive en fin de délai. Elle ajoute : « on est passé de la grossesse subie jusque dans les années 70 à l’enfant désiré, et aujourd’hui, au droit à l’enfant. C’est un glissement insensible ».

Cette professionnelle, qui avoue n’avoir jamais travaillé au Planning Familial, remouvement de proposer automatiquement l’IVG aux femmes qui viendraient les voir. Sarah Durocher, co-présidente nationale du Planning, s’en défend – « ce n’est pas parce que nous informons les femmes que nous les poussons à avorter ! » – et rappelle que sur ce dossier, il faut d’autres arsenaux préventifs : contraception gratuite, enseignement des garçons à propos de la contraception masculine, éducation à la sexualité au collège, etc. « L’avortement, c’est une solution à un problème, et le problème c’est la grossesse non désirée », conclut-elle. Très prudent sur ce dossier explosif, le Gouvernement attend les recommandations du Comité consultatif national d’éthique, courant novembre, avant le passage du texte au Sénat.

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