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Le repère des femmes cabossées

Le repère des femmes cabossées

Depuis un an, une Unité dédiée aux violences faites aux femmes existe au CHRO. Son but : accueillir et prendre en charge les femmes victimes de toutes les formes de violences. Une première année de fonctionnement qui préfigure la création d’une future Maison des Femmes à Orléans. gaëla messerli
Gaëla Messerli
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Sous l’impulsion de la Préfecture du Centre-Val de Loire et du Loiret ainsi que de l’Agence Régionale de Santé Centre-Val de Loire, le Centre Hospitalier Régional d’Orléans a créé en novembre 2021 une unité exclusivement dédiée à la prise en charge des femmes victimes de violences (UVFF). Il existait déjà des Unités Médico-Judiciaires (UMJ) qui recevaient les femmes, mais seulement après un dépôt de plainte. Cette nouvelle unité s’adresse elle de manière confidentielle et gratuite à toutes les femmes, qu’elles aient déposé plainte ou non. Et contrairement aux UMJ, pas besoin de réquisition judiciaire pour s’y adresser.

220 patientes en 2022

Pour trouver cette unité, il faut ainsi se rendre à l’hôpital d’Orléans, à La Source, au deuxième étage (point bleu). Une signalétique, dès la sortie de l’ascenseur, invite à tourner le dos à la gériatrie et à rejoindre l’extrémité du bâtiment. Dans ce service, deux psychologues et deux assistantes sociales se partagent deux équivalents temps-plein. Une pluridisciplinarité souhaitée par la docteure Mélanie Aimé, médecin légiste qui en assure la coordination et reçoit aussi les victimes. Une mission qui va comme un gant à cette titulaire d’une thèse sur « l’évaluation du critère de danger immédiat » chez les femmes victimes de violences conjugales qui ne déposent pas plainte. Formée à l’unité médico-légale de Tours, ancienne stagiaire des deux unités médico-légales enfants et adultes d’Orléans, Mélanie Aimé trouvait insuffisantes « les trente minutes consacrées aux victimes » au sein des unités de médecine légale. Elle a donc sauté sur l’occasion lorsqu’on lui a parlé de l’ouverture d’une unité dédiée aux violences faites aux femmes à Orléans.

« Il y a un besoin d’un accompagnement global, parfois même dans les démarches. La réponse n’est pas, non plus, toujours judiciaire », analyse cette professionnelle qui a reçu 220 nouvelles patientes en 2022. « Et à mon avis, on pourrait, hélas, doubler ce chiffre. Car la violence touche des femmes de tous les milieux sociaux, même s’il y a des profils plus à risque, comme celles qui souffrent d’un handicap », poursuit Mélanie Aimé. Dans la thèse qu’elle avait écrite, on pouvait du reste découvrir avec effroi qu’une femme avait quatre fois plus de risques d’être tuée par son compagnon si elle avait subi des violences pendant sa/ses grossesse(s) par rapport à une femme sur laquelle les violences se seraient arrêtées lorsqu’elle était enceinte… Si l’âge moyen des patientes reçues dans l’unité orléanaise se situe autour de 34 ans, les patientes peuvent avoir 18 ou 85 ans. Et ces victimes ne portent pas toujours plainte. « Ce n’est pas forcément ce que les femmes demandent ou ont besoin pour se reconstruire », explique Mélanie Aimé. Néanmoins, le recours à la Justice reste une voie possible et, au niveau de l’unité, 12 signalements judiciaires avaient été l’an dernier effectués, dont quatre sans l’accord de la victime.

Violences psychologiques

Au sein de cette unité qui prend en charge toutes les violences envers les femmes, les violences psychologiques « représentent la majorité des cas. En général, elles précèdent d’ailleurs les violences physiques. Il y a rarement des coups ou des gifles sans qu’il y ait eu, auparavant, des menaces ou des insultes ». Après les premiers soins, certaines victimes reviennent à l’unité pour un suivi psychologique. L’association des Victimes du Loiret y assure également une permanence.

Comment ces femmes arrivent-elles dans cette unité ? « Un peu plus de la moitié nous sont adressées par l’hôpital d’Orléans, 5 % par des professionnels de santé, 10 % par des associations et 16 % par la gendarmerie ou la police, indique Mélanie Aimé. Il arrive aussi parfois que le professionnel de santé téléphone pour prendre le rendez-vous en présence de la patiente, car la démarche peut être trop difficile pour elle. Une dame de 85 ans que nous avons accueillie ici est venue après un passage à l’hôpital. C’était le comportement inadapté du conjoint qui avait alerté les soignants. Cette femme nous a ensuite raconté que cela durait depuis des années… » Par ailleurs, lorsqu’une victime a des enfants, la situation de ces derniers est également évaluée. « Ils peuvent être le déclencheur pour quitter un compagnon. Les assistantes sociales peuvent aider aux démarches. »

Une Maison des Femmes

Aujourd’hui, l’unité fonctionne du lundi au vendredi, de 9h à 17h, mais l’idéal serait une astreinte 7 j/7 et 24h/24, reconnaît la médecin légiste. Idem pour la présence d’une secrétaire de manière permanente, afin qu’aucun appel ne se perde. « Nous avons amorcé la fondation d’une Maison des Femmes avec la création d’une structure associative pour recueillir des fonds et subventions », explique Mélanie Aimé. Mais pour l’heure, l’objectif premier « est de solidifier l’unité, car nous fonctionnons grâce à une dotation de l’ARS Centre-Val de Loire de 220 000 € par an. Nous devrions aussi obtenir un financement du collectif Re#Start, ce qui devrait, j’espère, nous permettre d’avoir un peu plus de temps de
secrétariat et de compter sur la présence de sages-femmes. L’unité doit être également un lieu ressources pour les femmes, et nous souhaitons pour cela rencontrer les professionnels de différentes associations ». De quoi permettre d’aider encore plus les trop nombreuses victimes.

 Plus d’infos :
Pour contacter l’unité et prendre rendez-vous : 02 38 61 31 00
ou uvff45@chr-orleans.fr

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