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Limère, un dossier à tiroirs…
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Limère, un dossier à tiroirs…

Limère, un dossier à tiroirs…

À Ardon, le long de l’avenue de la Pomme de Pin, entre Ikea et le golf de Limère, deux projets d’urbanisation qui nécessiteraient des défrichements créent l’émoi chez des riverains. Retour sur un dossier complexe aux allures de poupées russes.
Gaëla Messerli
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Des banderoles déployées, une pétition de plus de 600 signatures en ligne et un recours déposé contre le permis d’aménager par une association d’habitants, Limère Résidentiel : le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet d’implantations diverses, sur deux terrains situés près d’Ikea, à Ardon, est loin de faire l’unanimité. 

Retour en arrière : le 29 novembre 2019, une délibération du Conseil départemental du Loiret autorise la vente à la société Greenzone  de deux parcelles de 13 754 m2 (« à côté » d’Ikea) et de 74 552 m2 (« derrière » Ikea) situées à Ardon, avenue de la Pomme de Pin. Montant des transactions : 924 000 € TTC pour la première parcelle, et 2,7 M€ pour la seconde. Sur ces deux terrains, deux projets différents : sur le plus petit, un projet de magasin émanant de l’entreprise Grand Frais tenait la corde. Aujourd’hui, il a du plomb dans l’aile : Marc Gaudet, le président du Département du Loiret, indique en effet « n’avoir été averti que tardivement de ce projet. La promesse de vente, qui courait jusqu’en février, est donc caduque ». 

Sur le second terrain – le plus grand –, le  promoteur du projet, Philippe Duchesne, gérant de la société Greenzone, s’explique : « On parle de “zone commerciale”, mais c’est faux ! On ne fait pas de commerce. Ce dont on est sûr, c’est de l’arrivée d’un concessionnaire, d’une résidence seniors, d’un cabinet médical et d’un hôtel. Il y aura peut-être, aussi, une “école pour enfants différents » et une résidence pour étudiants. L’endroit est idéal, car il est près de la RD 2020 et de la métropole, et Ikea est à côté. Je bondis également quand j’entends le nombre de mètres carré potentiellement construits : on parle non pas de surface au sol, mais de surface plancher. Un hôtel, par exemple, c’est du R+2. Je ferai stricto sensu ce que j’ai le droit de faire, et rien de plus ! » Philippe Duchesne dénonce également les « fausses informations » qui circuleraient autour de ce projet-ci.

Les riverains au recours 

Une association de riverains, Limère Résidentiel, a déposé un recours contre le permis d’aménager. Celui-ci bloque la transaction définitive de ce « grand » terrain, dont la promesse de vente court, elle, jusqu’en octobre. « Nous ne sommes pas contre toutes les constructions », préviennent d’emblée les riverains, qui estiment cependant n’avoir (eu) aucune visibilité sur le projet. « Il fallait, sur ce dossier, la présence d’un urbaniste et une vraie présentation », souligne Philippe Marcon, président de l’association Limère Résidentiel, qui déplore qu’il n’y ait pas eu de communication lors des ateliers du SCoT intercommunal. Pour lui, la question des aménagements du secteur, notamment en termes de circulation dans le secteur de la Pomme de Pin, a été passée sous silence. « À Limère, nous n’avons même pas de piste cyclable pour rejoindre cette zone ! », prend-il pour exemple. « Nous avions émis des restrictions à des installations sur le petit terrain pour ne pas générer de la circulation sur l’avenue de la Pomme de Pin », rappelle Marc Gaudet, « vendeur » de la parcelle. Celui-ci assure cependant que, « s’il y a au final une implantation sur le grand terrain à côté d’Ikea, il y aurait un financement possible. Il ne s’agirait pas de faire un giratoire, mais de permettre un accès simple à la RD 2020 via un demi-échangeur ». Le maire d’Ardon, Jean-Paul Roche, dit quant à lui avoir veillé à ce que l’implantation d’activités génératrices de circulation plus fréquente ne vienne pas perturber la circulation sur l’avenue de la Pomme de Pin.

Du reste, les habitants de Limère ne sont pas les seuls inquiets du devenir du secteur : c’est le cas de l’association des habitants d’Orléans-La Source, dont certains membres vivent à proximité du terrain en chantier potentiel. « Nous ne voulons pas reproduire ce qui s’est fait au nord de la Métropole ! », insiste Jean-Louis Delfau, son vice-président, qui craint une possible modification routière, évoquée par le Département, entre la RD 2020 et la ZAC de Limère afin de permettre un meilleur accès à la zone.

« on parle de « zone commerciale »,
mais c’est faux ! »
Philippe Duchesne, gérant de la société Greenzone

La question environnementale pose aussi question, puisqu’un défrichage de 4 ha de bois (sur cette parcelle de 7 ha) a été autorisé. La zone est sensible : lors de l’implantation d’Ikea, le Département avait notamment dû créer un mur pour… des lézards ! Du côté de Loiret Nature Environnement, on rappelle sobrement la position générale de l’association « contre la consommation d’espaces forestiers et sa lutte contre l’imperméabilisation des sols ». Le promoteur, lui, s’est vu confirmer par la Préfecture que la « surface était exonérée d’étude environnementale » par arrêté préfectoral en date du 25 novembre 2020. Étonnant ? Sollicitée, la DREAL répond que le projet de Greenzone dont elle « a eu connaissance » consistait en la réalisation d’un aménagement qui totalisait « une surface de plancher maximale de 39 150 m² sur un terrain d’assiette d’environ 7,5 hectares ». Pour la réalisation de ce projet, un défrichement est de tout de même prévu. « Le porteur du projet a sollicité un examen au cas par cas de son projet (…), poursuit la DREAL. Pour ce projet d’aménagement, il n’y a pas eu de découpage artificiel pour le faire passer en deçà des 10 000 m², puisque c’est l’ensemble qui a été examiné et exonéré d’évaluation environnementale. Pour deux lots de cette parcelle, les projets ne sont à ce stade pas définis, mais en tout état de cause, le porteur est contraint par son dossier en matière de surface de plancher, puisqu’il a indiqué que celle-ci n’excéderait pas 39 150 m². » Sur ce volet environnemental, le promoteur, Philippe Duchesne, veut (encore) se montrer rassurant : « Nous avons cherché et trouvé la présence de fleurs, des hélianthèmes en ombelle, en fin de vie : nous avons sanctuarisé la zone pour ne pas construire dessus. Nous avons également fait une recherche des zones humides, mais il n’y en a pas, et les quatre hectares défrichés seront compensés, comme on nous
le demande.
 » 

De quoi parle-t-on ?

Face aux inquiétudes, Jean-Paul Roche, le maire d’Ardon, qui se heurte au sein même de son conseil municipal à une opposition*, estime, pour sa part, avoir seulement appliqué la loi : « Ce secteur est une zone d’activités depuis les années 90. Sa réglementation a été reprise dans sa quasi-intégralité dans le dernier PLU, validé en 2018. Ce n’est donc pas nouveau », explique l’édile, qui annonce : « Même si je n’y étais pas obligé, en tant que président de la communauté de communes, j’ai saisi la Commission Départementale d’Aménagement Commercial (CDAC) qui doit se réunir mi-avril. » 

Un autre acteur politique est plus récemment intervenu dans ce dossier. En février, Serge Grouard, maire d’Orléans, a expliqué en conseil municipal qu’il s’opposait au « projet de zone commerciale » à Ardon. La semaine dernière, il a diffusé sur ses réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il se félicitait que « le projet » soit « arrêté », sans préciser de quels terrains et de quel projet il parlait (Grand Frais ou l’autre projet de Greenzone ?). Parallèlement, le maire d’Orléans a aussi indiqué que les « terrains » (mais lesquels, toujours ?) pourraient être rachetés par la collectivité. « La Métropole se préoccupe de ses commerces et c’est normal, commente Marc Gaudet, le président du Département, « vendeur » des parcelles. Si la Métropole souhaite acquérir les terrains, c’est possible, car elle a la compétence économique. Mais la balle est aujourd’hui dans le camp du président de la communauté de communes des Portes de Sologne et maire d’Ardon, Jean-Paul Roche, qui délivre le permis de construire, et des services instructeurs. » 

Gérant de la société Greenzone, Philippe Duchesne espère, lui, pouvoir encore lancer des travaux en juin ou en septembre sur sa zone de 7,4 ha, pour « une livraison au fil de l’eau ». Lorsque nous l’avons contacté, il nous expliquait, aussi, se réserver le droit de demander des indemnités en dommage du temps et de l’argent perdus dans ses projets.

* Six élus n’ont pas voulu approuver le compte rendu du conseil municipal de janvier 2021. 

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