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Orléans vue par la Banque de France
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Orléans vue par la Banque de France

Orléans vue par la Banque de France

Les archives de la Banque de France constituent une mine de renseignements pour les historiens sur l’évolution financière du pays. Parmi ces fonds, il existe les rapports d’inspection des succursales de l’établissement, dont celle d’Orléans, alors située rue de la Bretonnerie. Commencés en 1852, au rythme d’une inspection par an, leurs contenus sont une mine d’or pour renseigner sur l’activité économique de la cité johannique à cette époque.
Laurence Boléat
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La Banque de France a été créée en 1800 par Napoléon Bonaparte, quelques années après la Révolution française et seulement six mois après le coup d’État mettant en place le consulat. Appauvri par les conflits, le pays a alors besoin de regrouper les fonds dispersés qui alimentaient le commerce de la nation, et de soutenir la nouvelle monnaie, le franc germinal. Le premier consul compte sur ce nouvel établissement public pour redresser le pays. Six ans plus tard, il en modifie les statuts, pour mieux la contrôler. Exit le président et le vice-président nommés par les actionnaires, place à un gouverneur et deux sous-gouverneurs, choisis désormais par Sa Majesté l’Empereur, qui prêteront serment « de bien et fidèlement diriger les affaires de la Banque ». Au passage, Napoléon leur impose d’être présents en permanence sur place, pour être sûr que l’établissement soit bien surveillé. 

En 1836, des succursales en région sont progressivement ouvertes et, en 1852, on en dénombre 30, dont celles d’Orléans, l’une des plus anciennes. Cette année-là, le gouverneur et le conseil général de la banque pensent que le moment est venu d’organiser leur inspection. Le poste d’inspecteur des succursales est créé et, au départ, un seul homme, Achille Antonetti, est en charge de cette lourde tâche. Il doit organiser des tournées dans toute la France pour rendre compte de la situation, de la valeur des signatures admises à l’escompte, de la situation des caisses et des portefeuilles. Bref, il s’agit d’exercer une surveillance aussi exacte qu’étendue, et de savoir tout sur tout. Le peu de temps qui lui reste est consacré à la rédaction d’un rapport circonstancié destiné au gouverneur. 

La déconfiture du sucre

Parmi les premières inspectées, la succursale d’Orléans l’est donc dès l’été 1852. Le rapport la concernant, écrit d’une plume magnifiquement déliée, nous apprend qu’elle est située « dans un grand local » et que « la caisse y est bien tenue ». Malheureusement pour les employés, cela se gâte rapidement : l’inspecteur regrette de ne pouvoir être aussi laudateur sur la comptabilité, qui laisse beaucoup à désirer. En effet, celle-ci n’a pas de règlement et on y suit les anciens adages. L’inspecteur signale aussi qu’Orléans possède quelques bonnes valeurs mais qu’elle manque d’affaires. Les raffineurs de sucre – Orléans était jusqu’au milieu du XIXe siècle considérée comme le premier pôle de raffinage du royaume –, ont renoncé à cette industrie, à l’exception d’un seul, « l’honorable » monsieur Chavannes, qui s’avère être aussi l’un des administrateurs de la banque… En conclusion, le brave Achille Antonetti donne de nombreuses instructions pour mettre de l’ordre, mais redoute un avenir « peu satisfaisant ».

Un an plus tard, cet inspecteur effectue une nouvelle tournée régionale et commence l’écriture de son rapport par la cité johannique. Cette fois-ci, le ton a changé : après avoir rappelé la mauvaise tenue des livres de l’an passé, il s’enthousiasme sur les effets produits par les réformes qu’il a introduites. Il n’a pas prévenu de son arrivée et s’est présenté avant l’ouverture des bureaux. Malgré cela, il y trouve des écritures à jour et des livres propres. Les employés utilisent les modèles envoyés par le siège et rédigent le journal comme à la banque centrale. La caisse marche bien, et l’inspecteur suggère de réduire dès que possible le personnel de ce service, en passant d’un caissier et deux sous-caissiers à un seul caissier (on notera au passage le grand sens du management en remerciement des efforts fournis…). Coté chiffres, le portefeuille s’est élevé d’un million et atteint désormais un million quatre cent mille francs. Les valeurs sont relativement diversifiées et présentent une bonne sécurité, mais d’origine peu commerciales. Car ce n’est pas le commerce qui marche à cette époque à Orléans, mais l’industrie. Beaucoup de rentiers ont placé une partie de leur fortune en fonds publics et en chemins de fer. L’inspecteur s’inquiète : toutes ces valeurs sont enfermées dans une armoire moitié en fer, moitié en bois, dont les « fermetures sont peu sûres ». Aussi a-t-il l’honneur de proposer au gouverneur de faire envoyer un coffre. Achille Antonetti note aussi que les affaires de vins et de vinaigres sont très actives jusqu’au mois de mai. Enfin, il confirme la disparition totale de l’industrie du sucre, notant que le dernier établissement survivant, celui de l’honorable monsieur Chavannes, vient d’être fermé… 

Une économie locale qui évolue

Nous voici ensuite en 1854. Fidèle au poste, le zélé serviteur ne porte plus aucun jugement sur la tenue de la succursale. Il constate que le portefeuille s’est encore élevé de 991 000 francs supplémentaires. La grande majorité des valeurs provient du commerce des blés, des farines, des vins et vinaigres, des bestiaux, des laines, des cuirs, des industries de la minoterie, de la draperie, de la bonneterie, de la tannerie et des forges. Autre satisfaction, ces richesses viennent de tout le département, « par l’intermédiaire des petits banquiers des environs qui, en général, passent pour être bons ». Au passage, Achille Antonetti souligne la bonne volonté du directeur et du comité d’escompte à apporter toute l’attention voulue dans l’examen des papiers. En bon analyste des risques, il signale tout de même que deux banquiers sur vingt-deux sont engagés pour de fortes sommes, mais qu’ils jouissent d’une bonne réputation. En conclusion, la situation de la place d’Orléans, en cet été 1854, est satisfaisante.

Quatre ans plus tard, c’est un autre inspecteur qui prend le relais, et l’on se croirait revenu en arrière. L’intéressé reprend les critiques initiales d’Achille Antonetti, notamment sur la comptabilité, et synthétise tout ce qui a déjà été dit, allant même jusqu’à copier ses expressions. Futé, il explique tout de même avoir pris une initiative pour mettre à l’abri les sacoches venues de Châteauroux et contenant un million en pièces d’argent…

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