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Peste, choléra, grippe espagnole… Orléans face aux pandémies
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Peste, choléra, grippe espagnole… Orléans face aux pandémies

Peste, choléra, grippe espagnole… Orléans face aux pandémies

Alors que le monde est toujours en pleine gestion de l'épidémie de Covid-19, on a tendance à oublier que d'autres grandes épidémies ont ponctué l’histoire récente des Hommes. L'Orléanais a ainsi été touché de plein fouet par des épisodes de peste, de choléra ou de grippe espagnole qui ont souvent laissé les autorités locales impuissantes. 
Gaëla Messerli
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Lorsque l’on parle d’épidémies, difficile de faire l’impasse sur la peste, qui n’épargna pas Orléans. Maladie des rongeurs, principalement véhiculée par le rat et transmise à l’Homme par piqûres de puces de rongeurs infectés, elle a frappé la cité johannique de plein fouet au fil des âges. Dans son ouvrage La peste noire à Orléans, Charles Cuissard estime que la peste toucha l’Orléanais par vagues épidémiques du VIe au XVIIe siècle. Théodore de Bèze parle lui de l’épidémie de peste de 1562 à Orléans comme ayant été « âpre et longue ». Il écrit : « Aussi était chose pitoyable à la vérité de voir tant de pauvres personnes, auxquelles l’ennemi n’avait permis d’habiter seulement en leurs maisons, mourir ainsi à bas au lieu qu’ils avaient choisi pour leur retraite. »

Dans La Traversée du temps, Marc Arnaud raconte lui que de 1583 à 1586, l’institution hospitalière orléanaise tourna les pages « les plus noires de son histoire » avec, certains jours, « jusqu’à 500 cadavres, des charretiers fourbus traînant les corps noircis des pestiférés ramassés aux quatre coins » de la ville. À l’été 1583, la place manque, au point que le maire et les échevins doivent acheter en urgence une maison rue du Pommier Rouge pour y recevoir les victimes de la peste. Elle est baptisée le Petit Sanitas. Le lieu est cependant sous-dimensionné face au fléau et un nouveau bien, la paroisse Saint-Laurent, est acheté : il prendra le nom de Grand Sanitas. La situation épidémique va marquer Orléans et tout le diocèse, au point qu’en 1829, un ouvrage liturgique dédié est encore en usage.

Même s’il fit beaucoup moins de morts que la peste, le choléra inquiète Orléans en 1832. Dès le 30 mars, le maire fait ainsi placarder une première affiche concernant la propreté de la ville, puis crée une commission centrale de salubrité publique. Un feuillet est distribué aux Orléanais : parmi les moyens préventifs énumérés, on évoque l’hygiène, mais aussi la nécessité de s’abstenir de toute crudité, de tout excès de nourriture et de boissons alcoolisées : il faut, dit-on, boire de « l’eau rougie de bon vin… » On énumère aussi les moyens curatifs, qui se résument en deux principes relativement basiques : réchauffer le malade et lui servir une infusion de menthe ou de tilleul ! Ces conseils ne suffisent visiblement pas : en sept mois, sur une population estimée à 40 161 habitants, 1 342 Orléanais vont être touchés par le choléra et 761 vont en décéder. Fin 1832, le maire d’Orléans récapitule l’emploi et le montant des dépenses occasionnées par l’épidémie : 37 436,40 francs. Un secours spécial de 5 000 francs est accordé par le roi Louis-Philippe pour distribuer des médicaments aux indigents et un crédit de 10 000 francs voté par la municipalité permet de veiller sur la salubrité de la ville, mais aussi d’établir un bureau central de secours. Comme quoi, le coût de la Covid-19 et les mesures mises en place par la municipalité ne sont donc pas une première dans l’histoire de la cité johannique….

Outre le choléra, la tuberculose entraîne dans l’Orléanais la création de sanatoriums afin d’isoler et de soigner les tuberculeux. Pour ne plus avoir à choisir entre les malades, l’installation d’un hôpital-sanatorium départemental de 200 lits à La Chapelle-Saint-Mesmin est voté par le Conseil général du Loiret en 1921, sur proposition du préfet. Ces mesures, associées à un programme sanitaire précis, vont permettre de voir diminuer le nombre de décès dans le département, passant de 737 en 1917 à 141 en 1941. Il faudra cependant attendre la fin des années 50 pour que la maladie soit considérée comme vaincue.

Touchée par la grippe espagnole

Autrement, au début du XXe siècle, Orléans, comme le reste de la France, n’est pas épargnée par l’épidémie de grippe espagnole. Cette pandémie, plus meurtrière encore que la Première Guerre mondiale, fait entre 20 et 50 millions de morts dans le monde en 1918 et 1919. Elle est appelée « grippe espagnole », car l’Espagne, neutre en ces temps de guerre et donc non concernée par le secret militaire, est le premier pays à mentionner publiquement l’épidémie. Dans le Journal du Loiret du 11 juillet 1918, on peut lire que la maladie « règne dans toute l’Europe », mais que « toute alarme apparaît injustifiée, tant du moins que chez nous l’infection gardera son caractère bénin actuel. » Si la situation doit changer, « on saura la soigner, comme on sut jadis soigner l’influenza, veut croire la presse locale. Jusque-là, évitons les refroidissements, exagérons les précautions d’hygiène et ne nous en faisons pas […] ». Parmi les remèdes suggérés, il y a la guérison spontanée « les pieds sur les chenets », mais aussi le sulfate de quinine ou l’antipyrine. Le quotidien loirétain conclut enfin « qu’un isolement rigoureux pourrait seul prévenir la maladie… »

S’il n’existe pas de chiffres précis concernant le nombre de morts de la grippe espagnole dans le Loiret, l’inquiétude est réelle lors du recensement de la population. Dans le Journal du Loiret du 16 avril 1921, le ministre de l’Intérieur s’étonne de la diminution de la population. Même si les témoignages locaux ne sont pas légion, l’abbé Rocher, aumônier des hospices, livre ses souvenirs dans le quotidien loirétain en 1934. « Je me souviens surtout de la terrible épidémie de grippe espagnole, dit-il. Cinq ou six soldats mouraient chaque jour ! Ils arrivaient le soir ici, je les confessais, et le lendemain je les amnistrais… »

Plus près de nous, en 2009, la grippe H1N1 défraya la chronique dans l’Orléanais. Durant cette période, le département du Loiret est confronté à quelques centaines de cas qui font l’objet d’hospitalisations, et « on dénombre 250 cas de suspicion d’infection dans les écoles. Ainsi, plusieurs classes sont fermées, comme au lycée Pothier, entre le 14 et 18 septembre et l’école maternelle de Châtillon-Coligny le 19 septembre », relate à l’époque le site Inforisques du Département. La fin de l’épidémie est officiellement annoncée le 13 janvier 2010. Au total, la grippe H1N1 aura provoqué la disparition de plusieurs centaines de milliers de personnes dans le monde. En France, cette épidémei aura fait, selon le ministère de la Santé, plus de 300 morts. 

Sources :
Aurelia, bibliothèque numérique patrimoniale des Médiathèques d’Orléans
Archives départementales du Loiret, notamment le document pédagogique intitulé La lente victoire de la vie, Des siècles de lutte contre les épidémies dans le Loiret.
La Traversée du temps, Un hôpital dans sa ville : Orléans, éditions France Biographie.

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