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Catherine Depaz : Le chemin d’Emmaüs
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Catherine Depaz : Le chemin d’Emmaüs
Portrait

Catherine Depaz : Le chemin d’Emmaüs

Cette Orléanaise est la présidente de la communauté Emmaüs Loiret depuis trois ans. Entre le projet d’ouverture d’un deuxième site à La Source pour mars prochain et la gestion des aléas liés à la Covid 19, cette héritière de l’abbé Pierre n’a pas le temps de chômer…
Gaëla Messerli
12/06/1968 : Naissance à Talence (Gironde)
Juin 2017 : Devient présidente d’Emmaüs Loiret
Mars 2021 : Ouverture d’un centre Emmaüs à La Source

Au milieu des vêtements et chapeaux, on rencontre Catherine Depaz saluant les compagnons d’Emmaüs et les clientes. L’accueil est, il est vrai, dans l’ADN de l’association. « Un accueil inconditionnel », rappelle même la présidente de la communauté basée à Ormes. Pour cela, il faut quand même de la place, et c’est justement ce qui manque aujourd’hui au niveau de la communauté loirétaine, qui ouvrira en mars prochain un deuxième lieu à La Source. « Ce sera tout à la fois un lieu de vie, mais aussi de travail, avec un atelier, un réfectoire et des chambres, explique la présidente. Nous avons pour objectif d’y accueillir, à terme, quinze compagnons de plus et de recruter des bénévoles qui, comme la clientèle, ne viennent pas forcément aujourd’hui jusqu’à Ormes. »

Quand nous l’avons rencontrée, Catherine Depaz -entrée chez Emmaüs comme bénévole quand elle était étudiante près de Bayonne -s’affairait dans une boutique éphémère mise à disposition gratuitement par Carmila, la société qui gère la galerie Cap Saran. La vie de la communauté avait déjà été bouleversée avant le reconfinement, celle-ci ayant été obligée de fermer en raison d’un compagnon testé positif à la Covid. « C’est le genre d’épisodes que l’on n’espère pas voir se renouveler trop souvent, car la communauté ne vit que de ses ventes, sourit Catherine Depaz. Avec le confinement, nous avons tenu sur nos réserves financières »,* et ce sera encore le cas avec le reconfinement. La présidente de la communauté garde toutefois un œil aiguisé sur les finances. Une pratique qui ne la dérange pas franchement, elle qui, dans sa vie professionnelle, a « managé des équipes et fait du contrôle de gestion » chez Enedis. Cette expérience lui permit notamment de savoir comment planifier un investissement dans le deuxième centre de La Source.

Une vraie communauté

Après avoir aidé la communauté fondée par l’Abbé Pierre quand elle était étudiante, Catherine Depaz a fait du bénévolat dans d’autres associations comme le Génépi, où elle allait « enseigner dans les prisons. » Ensuite, avec l’arrivée de ses quatre enfants, elle œuvre au sein des Scouts et Guides de France. En 2015, elle arrête de travailler et choisit de « redevenir bénévole à Emmaüs, dans les ateliers. » Chemin faisant, elle devient trésorière adjointe avant de succéder à Claude Morf à la présidence, en 2017. « Emmaüs permet de rencontrer des gens que l’on ne rencontrerait pas autrement », dit-elle simplement, en ajoutant : « on n’a pas tous les mêmes réflexes culturels ! » Après plusieurs années d’aide au service des autres, Catherine Depaz continue toujours de croire dans le modèle d’Emmaüs : « nous laissons aux gens la possibilité de participer à une activité et de vivre de celle-ci (chaque compagnon perçoit une allocation de 400€ et est logé-nourri) dans une certaine fraternité : on voit ainsi des compagnons qui trouvent du travail mais ont du mal à quitter la communauté. » En effet, chacun reste à Emmaüs le temps qu’il désire, « cela peut être pour quelques semaines ou pour trente ans… » D’ailleurs, la communauté accompagne parfois les compagnons jusque dans leur dernière demeure – une trentaine d’entre eux sont d’ailleurs enterrés au cimetière d’Ormes –. Actuellement, la communauté compte soixante compagnons « actifs, cinq compagnons retraités et six enfants de compagnons qui sont sous la responsabilité de leurs parents et sont scolarisés à Ormes. »

De l’Abbé Pierre, outre le combat contre la misère et pour la dignité humaine, il reste dans l’Orléanais une cabane qu’il a conçue à l’époque des bidonvilles, mais aussi le souvenir de ses passages à Ormes. Le lieu est loin d’être un musée : il sert encore à accueillir des compagnons. Mais la mission de l’homme au béret est toujours d’actualité, et elle occupe pleinement Catherine Depaz qui devra, comme c’est la règle, quitter la présidence dans trois ans. Et après ? « On verra », répond cette femme à qui l’on a déjà proposé des responsabilités au niveau national, mais qui ne verrait aucune objection à retourner « dans les ateliers ». D’ailleurs, elle l’a fait « juste après le confinement. » 

* La vente continue pendant le reconfinement sur le site Internet d’Emmaüs.

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