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Patrice Romain : sur les bancs de l’école
Portrait

Patrice Romain : sur les bancs de l’école

Ex-enseignant et principal d’un collège de Saint-Jean-de-Braye, ce jeune retraité vient d’écrire un livre accusateur sur l’Éducation nationale. Sans regretter une seconde sa carrière, il raconte les travers de notre système d’éducation.
Claire Seznec
06/10/1960 : Naissance à Paris
2010 : Publie le best-seller Mots d’excuses
2021 : Publie Requiem pour l’Éducation nationale

Son ultime rentrée scolaire, au collège Pierre de Coubertin, à Saint-Jean-
de-Braye, a été unique dans sa carrière : comment respecter à la fois le plan Vigipirate et le protocole sanitaire dû au Covid ? Fallait-il faire porter le masque aux ados ? Comment organiser le service de restauration ? En septembre dernier, Patrice Romain, fort de quarante-trois ans dans l’Éducation nationale, a accueilli une dernière fois quelque 800 gamins pour une nouvelle année scolaire pas comme les autres. Depuis, l’heure de la retraite a sonné : « J’ai eu des moments de bonheur exceptionnels, se souvient-il aujourd’hui. Qu’y a-t-il de plus beau que d’accompagner un enfant vers l’avenir ? »

Lui qui a modestement monté « l’escalier social » à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, « une ville pas tranquille », ne regrette pour rien au monde sa carrière d’instituteur, de directeur d’école primaire et de principal de collège. Tout cela grâce à ce maître, en CM2, « avec sa grande blouse grise », qui a su donner à cet « élève lambda » une réelle vocation. Pourtant, les valeurs pour lesquelles Patrice Romain est entré dans l’Éducation nationale « ne sont plus celles d’aujourd’hui », regrette-il. On le sent amer, un peu désabusé. En colère contre les « pédagogues hors sol » qui façonnent ce qu’est l’école : « Le trou est profond, mais on creuse encore, accuse-t-il. Aujourd’hui, si on est né dans un milieu précaire, on a peu de chances de s’en sortir… »

« Le trou est profond, mais on creuse encore… »

Cet ancien prof n’a cependant pas choisi de ronchonner dans son coin en attendant que les ministres successifs se décident, un jour peut-être, à lancer une profonde réforme. Son premier succès littéraire, Mots d’excuse, les parents écrivent aux enseignants (2010), dévoilait déjà un changement de vision de l’école et de l’éducation. Depuis, Patrice Romain n’a cessé d’écrire et de retranscrire le quotidien des enseignants français, la vie à l’école, ainsi que les secrets bien cachés de l’Éducation nationale. Modeste, il se considère comme « un écrivaillon », « loin de Victor Hugo, Balzac et Zola ». Certes. Mais reste qu’il y a trois ans, son essai -Un principal ne devrait pas dire ça (2019)- aurait été assez moyennement reçu par sa hiérarchie : « Le rôle des chefs d’établissements repose sur deux critères : ne pas faire de vagues et avoir de bonnes statistiques, souligne l’ex-principal. Les profs s’autocensurent, même lorsqu’il y a des violences d’élèves. Au CAPES, on recrute des personnes à 5 ou 6 de moyenne, c’est ahurissant ! »

En dénonçant ces malaises, Patrice Romain dit vouloir faire connaître la « gravité de la situation », notamment aux parents. La sévérité de ses propos lui rappelle ces enseignants à l’ancienne, eux aussi sévères, durs, mais finalement pleins de bienveillance envers les jeunes. D’ailleurs, il fustige l’« égalitarisme partout » : « On leurre les petits en leur disant qu’ils sont les meilleurs (…). Ça ne les incite justement pas à donner le meilleur, et ça ne les prépare pas à la vie professionnelle. »

Fibre écolo

Heureusement, Patrice Romain n’a pas le cerveau branché toute la journée sur ces griefs. À la retraite, il dispose « enfin » de tout son temps. Passionné par la nature et la permaculture, il préfère dorénavant « regarder les carottes pousser dans le jardin que d’écouter les idiots » (des ministères, notamment, ndlr). Cette sensibilité écolo l’a toujours suivi. En « 1988 ou 1989 », aux prémices du mouvement écologiste, il a d’ailleurs monté une « liste verte » pour des élections en Île-de-France, où il résidait alors. Depuis, il a, semble-t-il, laissé la politique aux politiciens et n’a pas retenté l’expérience, ni en Bretagne où il a exercé, ni dans la métropole orléanaise. Et ce n’est pas non plus dans ses plans futurs… Patrice Romain attend patiemment la fin de la crise sanitaire pour s’envoler quelques mois dans les îles, au soleil. Un repos bien mérité après ces dizaines d’années à apprendre à lire aux plus petits et à calmer, en discutant, les ados à la recherche de limites.

Une réponse

  1. Bonjour Patrice
    Lorsque vous êtes né j’avais 16 ans et j’étais en seconde ( j’ai redoublé ma 5ème)
    Lorsque j’étais à l’école primaire , vers l’âge 10 ans, et que j’avais été désobéissant envers ma mère mon père ,en plus de m’avoir puni me donnait un mot pour mon instituteur pour qui le lise aux enfants de la classe et je me souviendrai toujours que mon instit me faisait lever et faisait également la leçon de morale à tous. Mon père respectait beaucoup les instituteurs et jamais il ne m’aurait fait un billet d’excuse bidon…Il faut dire que j’étais l’ainé de 4 garçons et que je devais montrer l’exemple. Mais ce n’est plus la même époque et je pense que la plupart des parents ne font pas leur boulot d’éducation (réservé avec les instit de mon temps)..L’enfant est devenu trop Roi , je préfèrerais qu’il reste Prince.
    Super bouquin que les mots d’excuse.
    Cordialement: Yves Mouchanat

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