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Viviane Bichet : ma sorcière bien-aimée
Portrait

Viviane Bichet : ma sorcière bien-aimée

Elle est l’amie que l’on appelle lorsqu’on doute de la comestibilité d’une plante de son jardin et qui vous répond, non sans consulter sa bibliographie. Viviane Bichet anime, dans l’Orléanais, des balades sensorielles autour des plantes sauvages.
Ambre Blanes
16/02/1960 : naissance en Touraine
1997 : arrivée à Orléans
2017 : création de La Nature à Fleur de Sens, à Saint-Hilaire Saint-Mesmin

Cela ne fait pas deux minutes que nous avons retrouvé Viviane Bichet dans un parc que, telle Mary Poppins, elle sort de son sac une gouge et entreprend de déterrer sans la déraciner une tige de benoîte urbaine en poussant les feuilles de lierre grimpant. À la racine, elle cueille des radicelles qu’elle nous fait sentir. Rappelant les clous de girofle, ces dernières, qui étaient plantées dans les jardins médiévaux, se consomment dans les bouillons ou se réduisent en poudre. Pudique et davantage habituée à mettre en avant les causes qu’elle défend ou la nature qui la fascine plutôt qu’elle-même, Viviane Bichet est une femme pleine de douceur et de curiosité qui nous embarque avec elle dans une balade olfactive et tactile, au fur et à mesure qu’elle distille les bribes de son histoire.

Entre un fusain du Japon et un if dont nous apprenons les toxicités respectives, elle constate que l’on a perdu, au fur et à mesure des décennies, les connaissances des plantes, si bien que les enfants s’entendent régulièrement dire « touche pas, c’est poison ». Elle-même en faisait l’expérience lorsqu’elle accompagnait sa grand-mère pour couper des herbes sauvages « avec une serpe qu'(elle) n’avait pas le droit de toucher. Ça m’intriguait de ne pas savoir pourquoi ces plantes étaient considérées comme des saletés ! » Les odeurs des plantes sauvages, leur utilisation médicinale mais également les sujets de l’alimentation et de la nutrition interpellèrent l’adolescente d’alors. Fille d’un père océanographe et d’une mère à la main verte, Viviane Bichet bourlingua pas mal dans sa jeunesse, de sa Touraine natale jusqu’en Guyane, en passant par Saint-Pierre-et-Miquelon, la Bretagne et la Normandie, où elle rencontra son époux. À la fac, elle poursuivit un cursus d’« ethnozoologie-ethnobotanique » : « il s’agissait d’observer comment les humains se représentent leur monde, l’appréhendent, l’acceptent et le racontent à l’aide de croyances et de mythes », précise-t-elle. Elle s’installa ensuite à Paris, où elle donna naissance à quatre enfants, puis poursuivit ses études en étant mère et s’investit dans diverses associations, de parents d’élèves notamment. Lorsqu’elle s’installa à Orléans dans les années 90, elle continua de s’impliquer pour diverses causes, comme la dyslexie, le Planning Familial et le Mouvement de la Paix. Mais c’est à travers ses expériences professionnelles, liant environnement et monde viticole, qu’elle se rappela à ses premières amours, en se formant notamment à un Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport (BPJEPS), option Développement Durable puis, avec l’association Respire, à une formation de cueilleur en ligne. C’est en 2017 que, soutenue par la couveuse d’entreprise PES45, Viviane Bichet créa La Nature à Fleur de Sens, une structure avec laquelle elle propose depuis des balades de reconnaissances (de mi-mars à novembre) et de cueillettes de plantes sauvages et comestibles. Lorsque c’est possible, elle termine l’expérience par une dégustation de confitures, petits sablés et gâteaux faits à base de plantes.

En plantes douces

La balade que nous faisons ce jour-là avec elle se poursuit au gré des végétaux rencontrés et donne lieu à de nouveaux partages : une recette d’huile solarisée à base de pâquerettes, les caractéristiques du gaillet gratteron, l’utilisation de la plante d’Artémis ou de l’alliaire, effectuer les bons gestes après une piqûre d’abeille… Viviane Bichet aime transmettre ses connaissances. Elle garde d’ailleurs un souvenir ému d’une excursion « au marché » avec sa petite-fille, qu’elle mena en réalité en forêt pour y cueillir du lierre terrestre. L’enfant lui proposera plus tard de faire porter son exposé scolaire sur le thème des plantes sauvages, pour lequel sa grand-mère préparera de la confiture de cynorhodon, de la confiture de pissenlits et des pâtisseries, accompagnées des branches des plantes utilisées. À l’avenir, sa structure, La Nature à Fleur de Sens, développera des balades urbaines pour découvrir les plantes qui poussent sur les trottoirs, dans les parcs et les bords de Loire. Qui sait sur quel chemin sa verte curiosité vous mènera… 

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