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Préservatif gratuit, effet garanti ?

Préservatif gratuit, effet garanti ?

Depuis le 1er janvier, les moins de 26 ans peuvent obtenir des préservatifs gratuitement, sans prescription médicale, dans les pharmacies. Une promesse d’Emmanuel Macron vue comme un premier pas, dans le Loiret, par les associations qui luttent contre les Infections Sexuellement Transmissibles et le VIH, alors que les contaminations remontent dans le département.
Gaëla Messerli
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Depuis le 1er janvier, certaines marques de préservatifs sont « gratuites » pour les moins de 26 ans, et sans prescription médicale. Une mesure saluée par les associations de prévention – même si certaines la jugent encore incomplète – comme par les professionnels de santé, car la réalité sanitaire est là : les Infections Sexuellement Transmissibles (IST) sont en augmentation, tout comme les nouvelles contaminations au Virus de l’Immunodéficience Humaine. Ainsi, deux à quatre nouvelles contaminations au VIH sont constatées chaque semaine au service des maladies infectieuses de l’hôpital d’Orléans, les personnes les plus touchées restant les homosexuels et les populations d’Afrique subsaharienne.

Retour des infections

Au niveau des autres IST, l’augmentation des chiffres de contamination est une réalité qui touche les personnes hétérosexuelles comme homosexuelles. « Chez des gens de 15 à 30 ans, on retrouve des infections Chlamydia Trachomatis, contre lesquelles il faut se protéger et se faire dépister », explique Thierry Prazuck, chef de service des maladies infectieuses de l’hôpital
d’Orléans. Une maladie qui avait pratiquement disparu est également en train de faire son retour : la syphilis. Si le Covid et les confinements ont réduit un temps les rapprochements, les contaminations sont reparties depuis les déconfinements. « Cette tendance à la hausse n’est cependant pas récente, c’est une pente qui augmente depuis quinze ans et qui s’amplifie », assure Thierry Prazuck, citant les infections asymptomatiques à la chlamydia pouvant toucher les femmes. Ces infections silencieuses peuvent entrainer des salpingites (infections des trompes) et causer des stérilités voire des grossesses extra-utérines. Pour les dépister, il existe d’ailleurs des possibilités d’auto-prélèvement. « Cela permet de se surveiller et ce n’est pas traumatisant », insiste Thierry Prazuck, qui précise qu’une autre mesure entrera bientôt en vigueur : « la possibilité d’aller gratuitement dans le laboratoire de son choix, sans ordonnance, pour réaliser son bilan d’infections sexuellement transmissibles ».

Un premier pas

Face à cette recrudescence des contaminations, Christophe Desportes-Guilloux, secrétaire du GAGL 45 (Groupe Action Gay et Lesbien Orléans Loiret), applaudit la « gratuité » nouvelle du préservatif pour les moins de 26 ans. « Même si des lieux comme les infirmeries d’établissements scolaires donnaient déjà des préservatifs gratuitement, il s’agit d’un premier pas. Mais il y en a d’autres à faire. » Parmi eux, une meilleure qualité des préservatifs, en ajoutant par exemple, selon Christophe Desportes-Guilloux, des dosettes de lubrifiants : « Ce n’est pas juste une question de confort, car le gel réduit le risque de déchirure du préservatif. » Le GAGL 45 regrette également que la nouvelle gratuité ne concerne que le préservatif… masculin. Un avis partagé par Monique Lemoine, l’une des co-présidentes du Planning Familial 45, qui aimerait, à l’avenir, « une égalité de traitement pour le préservatif féminin ».

Pour ces associations locales, si la gratuité du préservatif pour les moins de
26 ans est actée, il faudrait communiquer davantage sur son usage et briser les tabous qui résistent encore. Pour ce faire, la prévention en milieu scolaire doit, selon elles, être encore plus importante : « Il faut que l’école fasse le job, insiste Christophe Desportes-Guilloux. Il faut que les jeunes puissent manipuler les préservatifs, et qu’ils sachent que c’est le seul moyen de se protéger contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH. La PrEP* existe certes et protège du VIH, mais pas des IST. » Pour Monique Lemoine, l’éducation sexuelle et affective fait également défaut à l’école. « Les élèves doivent normalement rencontrer les associations dans leur scolarité mais dans les faits, cela n’existe pas, en dehors des classes de quelques professeurs qui s’inquiètent. Au Planning Familial, nous ne touchons qu’un dixième des établissements. Mais même si nous pouvions aller dans tous, il faudrait que nous ayons deux salariés en plus… » Pour le moment, il faudra attendre un peu pour savoir si la gratuité du préservatif a fait de nouveaux adeptes et si les pharmacies ont été dévalisées.

* La PrEP est un médicament préventif pouvant être prescrit par un médecin afin d’éviter d’être contaminé par le VIH.

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