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Marie-France Beaufils : « Ce qui m’agace le plus en politique, c’est le copinage ! »

Marie-France Beaufils : « Ce qui m’agace le plus en politique, c’est le copinage ! »

Maire de Saint-Pierre-des-Corps depuis 1983, vice-présidente de l’agglo depuis 1999, sénatrice d’Indre-et-Loire (2001-2017) et conseillère départementale (1982-2001), l’ancienne institutrice biberonnée aux valeurs du PC tire sa révérence à 73 ans... Après 37 ans comme maire mais 50 ans de vie publique puisqu’elle a été élue pour la première fois en 1971 ! Retour sur un parcours exemplaire et une vie passée au service des Corpopétrussiens comme des habitants de département et de la Métropole !

« Le moment le plus fort de ma carrière c’est quand on a créé le centre-ville… »

37 ans à la tête de la ville, c’est une belle longévité…
Ces années ont été pour moi passionnantes, je ne me suis jamais lassée, des moments de fatigue oui mais jamais de découragement… J’ai toujours pris soin de faire des breaks avec mon mari pour me ressourcer, ça permet aussi de durer… Et les gens m’ont toujours soutenue donc vous avez l’impression d’être utile… C’est ma vie, j’espère avoir œuvré pour le bien général, pour aider ceux qui en avaient le plus besoin, essayer de réparer un peu les injustices…

Pourquoi ne pas avoir brigué un nouveau mandat de maire ?
Les gens m’en parlent mais à un moment il faut être raisonnable, la fatigue se fait sentir, je n’ai plus la même capacité de travail et je veux profiter de la vie avec mon mari, mes amis… Et le travail d’élu à la Métropole va demander beaucoup plus de travail aussi car l’intercommunalité va prendre plus d’importance et si vous voulez bien travailler, il faut y consacrer beaucoup de temps et d’énergie…

Vous auriez pu aussi vous faire réélire cette année et passer progressivement le relais en cours de mandat…
Non ! Je suis contre cette formule : les électeurs doivent savoir qui sera leur maire pour se déterminer. Il n’y a pas d’ambiguïté comme cela ; ils font leur choix en toute connaissance de cause, ils savent que ça ne sera pas moi ; le maire doit être élu par les habitants, pas seulement par le conseil municipal…

Mais vous participez activement à la campagne…
Oui j’entends passer le témoin dans les meilleures conditions sans le laisser tomber, pour prendre une image du relais en athlétisme ; faire en sorte que tout se passe bien et que l’équipe soit bien en place. Je leur dis que je serai toujours à leur disposition pour les aider s’ils ont besoin d’un conseil ou d’un coup de main sur un dossier, mais pour moi la gestion de la ville au quotidien, c’est bientôt terminé !

Et qu’allez-vous faire après, vous n’avez pas peur de vous ennuyer ?
Non, j’adore la randonnée, nous allons randonner à pied ou en vélo avec mon mari et les amis. Nous aimons aussi voyager pour découvrir le monde. Il y a tant de choses à voir et à faire… Et je vais continuer de m’investir au sein du CERPI, le Centre européen des Risques et Préventions des Inondations pour travailler sur ces questions qui sont très importantes en raison du changement climatique

Comment êtes-vous rentrée en politique ?
Je suis arrivée à Saint-Pierre quand j’avais 10 ans, en provenance de Pleumartin, dans la Vienne, près de La Roche-Posay. Mon père était facteur, il avait le choix entre Poitiers et Tours et il est venu ici, sans doute parce qu’il avait deux frères cheminots sur place… On a d’ailleurs été hébergés chez mon oncle dans le cité cheminote puisqu’à l’époque il y avait pénurie de logements avec les destructions de la guerre… J’ai été au collège à Stalingrad, au lycée Choiseul et je me suis d’emblée dédiée à la jeunesse en devenant animatrice puis directrice des centres de loisirs de la ville. En parallèle, je suis devenue institutrice et je me suis engagée en politique en 1967. Les injustices me révoltaient, que certains n’aient rien ou si peu, les difficultés pour boucler le mois m’étaient insupportables… C’est pour cela que je suis rentrée au Parti en 1967, j’ai senti cette nécessité de m’engager. Les centres de loisirs, c’était pour moi la perception de ce que la ville apportait aux habitants concrètement, c’était une action militante, un engagement au service de tous… J’ai été élue pour la 1re fois conseillère municipale en 1971. En 1977 je suis devenue 1re adjointe de Jacques Vigier avec pour mission d’assurer la transition, c’était la volonté du parti que je me prépare pour prendre le poste en 1983…

À l’heure du bilan, quel
est votre meilleur souvenir ou plus grande fierté ?

Le moment le plus fort, c’est quand on a complètement restructuré le centre-ville avec l’installation dans un même périmètre de ce qui, à mon sens, fait vraiment une ville citoyenne au service de tous en affirmant clairement que les équipements culturels devaient être au cœur de la cité. Il y a donc autour de la mairie, la salle des fêtes, la bibliothèque municipale, les salles pour les expositions et les associations… Et tout ce projet déjà à l’époque avait été pensé avec les associations et les habitants donc c’était un projet très fort et une période qui a duré toute la décennie 90… C’est donc la création d’un centre-ville à la place d’une grande place vide sauf les jours de marché…

À l’inverse, quel est votre plus mauvais souvenir ?
Ce que j’ai trouvé le plus dur à vivre, ce sont les violences de 1996 avec tous les incendies de voitures perpétrées dans la ville pendant plusieurs jours. C’était une période très éprouvante pour les élus et les habitants qui voyaient leur voiture partir en fumée, ils étaient pris en otage, ils n’y étaient pour rien, c’est très dur à vivre ! On pense que c’était lié déjà à l’époque avec le trafic des drogues et que l’objectif était de mobiliser les forces de l’ordre ici pour pouvoir réorganiser des trafics ailleurs sur la Métropole…

Quel regard portez-vous sur la vie politique actuelle ?
C’est toutes les formations politiques qui sont en difficulté aujourd’hui, le PC en fait partie, comme les autres. La société a évolué, il n’y a plus ces valeurs de solidarité, d’entraide, de fraternité mais je pense qu’on reviendra à d’autres formes d’engagement. Aujourd’hui on pense qu’on peut gérer, plus que transformer, la société sans partis politiques pour le faire, c’était un peu la promesse de Macron. Mais en fait, ce n’est pas possible et on revient ou on reviendra à cette nécessité de s’engager pour ses idées… Si vous vous détournez de la politique, si vous ne votez pas, vous faites déjà un choix, par défaut, mais un choix quand même, celui de laisser les autres décider à votre place… L’idée qu’on peut construire quelque chose sans être structuré est une illusion, on l’a bien vu avec les Gilets Jaunes : il y avait un vrai mouvement populaire mais qui n’a pas pu se structurer et donc n’a pu peser sur la société au-delà de quelques revendications acceptées par le gouvernement… Il faut donc que les formations politiques se reconstruisent avec d’autres modes
de fonctionnement.

Mais je pense que les partis sont indispensables à la vie démocratique contrairement à ce qu’en pensent ou en disent certains…

J’ai été sidérée par le suicide de Jean Germain

Le rôle des collectivités évolue aussi ?
C’est l’autre chose qui m’inquiète vraiment, c’est le désengagement de l’État. En 2014, la ville de Saint-Pierre recevait 2,4 M€ de dotation ; en 2020 on vient de passer sous les 800 000 € ! Comment fait-on pour assurer nos missions avec des moyens toujours plus réduits ? L’État fait se décharger de plus en plus de missions sur les collectivités mais sans nous en donner les moyens… Ce n’est pas sérieux !

La Métropole va aussi évoluer à partir du 22 mars prochain…
J’ai travaillé dès le début avec Jean Germain pour créer la communauté d’agglomération Tour(s)Plus puis il y a eu la création de la Métropole en 2017, ce qui est positif pour le territoire… Mais j’aimerais bien que les communes soient davantage associées sur les dossiers qui les concernent et que ça ne soit pas seulement le conseil métropolitain ou les conseillers communautaires qui décident sans tenir compte de certaines situations locales. Là pour le coup, c’est la démocratie locale qui en pâtit. C’est d’ailleurs à mon sens un des dangers qui guettent la Métropole, c’est de devenir un centre de décisions coupé des habitants ou des élus locaux. Et il ne faudrait surtout pas laisser les techniciens prendre le pouvoir. C’est ce qui peut arriver si les élus ne travaillent pas suffisamment les dossiers, ils délèguent aux techniciens ou technocrates et ce n’est jamais bon pour la population. C’est à l’élu qui est au contact de sa population, qui connaît ses besoins, c’est à lui de trancher et ne pas se laisser imposer les choses par les techniciens… C’est pour cela que l’échelon de la commune doit rester fort, pour la proximité, les liens avec les habitants.

L’un des thèmes de cette campagne c’est la 2e ligne de tramway pour laquelle votre ville est très concernée puisqu’elle pourrait ou pas y passer…
On avance bien sur le dossier, les positions évoluent là-dessus aussi et on travaille sur l’hypothèse de 4 branches qui seraient reliées à la ligne actuelle. Là-dessus tout le monde semble être d’accord : ce sont des branches qu’il faut faire. Au nord, une desservant Saint-Cyr ; à l’ouest une vers La Riche ; une autre pour aller de l’avenue Grammont à l’hôpital Trousseau en passant par le site Grandmont ; et un 4e tronçon qui relierait Tours aux Atlantes et au Parc Expo en faisant une boucle dans Saint-Pierre et desservirait la gare TGV. Donc on étudie ce tracé. Il faut notamment prévoir un passage sous les voies de chemin de fer pour aller jusqu’aux Atlantes mais ça devrait pouvoir se faire… Initialement, la 2e ligne prévue devait être La Riche –
Saint-Pierre… Ensuite il y a eu remise en cause de ce tracé pour relier les deux hôpitaux… Mais la solution d’aménagement des branches semble être la solution de bon sens. Ne serait-ce que pour desservir la gare TGV et éviter des déplacements en voiture inutiles. Je suis confiante pour ce tracé…

Certains diront que vous plaidez d’abord pour votre paroisse…
Non, pour moi, l’intérêt général est au-dessus de tout, et je me positionne toujours par rapport à cela, pas pour faire plaisir à untel ou untel. Soit un projet répond à l’intérêt général et je serai pour, soit il va à l’encontre du bien commun et je serai contre. Je fais une chose parce que je pense que c’est juste, je vote pour un projet parce qu’il est bon, pas par copinage ou dans un donnant-donnant qui ne fait pas partie de ma culture, vraiment… C’est ce qui m’agace le plus en politique ! Les marchandages du genre « tu votes ça et, en échange, tu as ça », je ne supporte pas ! Pour moi, c’est inacceptable ! Ma décision dépend toujours de l’intérêt du projet pour les habitants de ma ville ou de la Métropole. Cette notion d’intérêt général m’a toujours guidée… D’ailleurs je n’entretiens pas de relations personnelles avec d’autres élus de la Métropole, ce n’est pas ma culture. Mes amis sont dans ma sphère privée, c’est mon jardin secret, je n’ai pas d’amis politiques…

Vous n’étiez pas amie avec Jean Germain ?
Non… J’ai bien travaillé avec lui tout au long de ces années, sur la mise en place de l’intercommunalité ou sur la 1re ligne de tramway où j’étais très impliquée. On a mené ensemble une campagne commune quand il a été élu au Sénat, moi j’étais déjà sénatrice… Mais nous n’étions pas amis… Et j’ai été sidérée par son suicide. Jamais je n’aurais pensé que cet homme que je connaissais bien pour l’avoir côtoyé toutes ces années en arriverait là. Qu’il ait pris une telle décision
m’a époustouflée…

Et quelles sont vos relations avec Philippe Briand, son successeur à la présidence de la Métropole ?
On travaille correctement, on a des désaccords mais on se les dit, il sait ce sur quoi je ne suis pas d’accord, mais comme président de la Métropole il accepte d’entendre et, y compris des fois, d’écouter… Sur la 2e ligne de tramway par exemple, sa position a évolué. Il a cette capacité à écouter les arguments que je ne trouve pas toujours chez d’autres collègues… On a travaillé ensemble depuis tellement longtemps qu’on s’est construit une culture commune du travail, de la gestion des dossiers et j’aimerais que la nouvelle génération d’élus qui va arriver aux affaires apprennent aussi à travailler ensemble pour le bien commun des habitants… Et à travailler tout court car si vous ne passez pas assez de temps sur vos dossiers, vous laissez les techniciens prendre les décisions et ça n’est jamais bon… Trop d’élus délèguent aux techniciens, je ne suis pas d’accord. J’espère que la Métropole ne deviendra pas une machine technocratique aux mains des techniciens mais que les nouveaux élus assumeront pleinement leurs responsabilités !

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