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Ces clichés que les médias véhiculent

Ces clichés que les médias véhiculent

Comment les médias contribuent-ils à installer dans leurs pages, sur leurs ondes ou sur leurs antennes, les inégalités de genre ? Au cœur d’un programme local très dense consacré à la condamnation des violences sexistes et sexuelles, c’est la question qui fut posée vendredi dernier au Conseil régional du Centre-Val de Loire à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.
Anaïs Rambaud
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121, un nombre qui n’a pas quitté les esprits des personnes mobilisées lors de ce tristement traditionnel 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes. 121, soit le nombre de femmes tuées sous le coup d’hommes, proches ou ex-proches depuis le début de l’année 2022. « Au-delà de ces 121 femmes, combien ont été agressées et porteront ces violences dans leurs corps toutes leurs vies ? », interroge Joëlle Jedryka, présidente du CIDFF (Centre d’information sur le droit des femmes et des familles), organisateur vendredi dernier d’un après-midi d’échanges autour du traitement médiatique des femmes et des inégalités de genre. « Comment faire pour ne plus jamais vivre ça ? » : la question fut également posée par la Région Centre-Val de Loire lors de ce moment qui a attiré plusieurs participants, ou plutôt des participantes et quelques participants. 

Violences et clichés de genre

Ce vaste sujet du sexisme dans les  médias – et tous les questionnements qui en émergent – avait visiblement taraudé à la fois des professionnel{le)s des médias, de la communication, de la fonction publique et des personnes sensibilisées à la question des inégalités et des discriminations. Si la table ronde organisée est venue mettre en lumière des profonds soucis de traitements médiatiques liés à des faits divers, des ateliers (animés par l’association Prenons la Une, Radio Campus Orléans et Alicia Birr, fondatrice de re·word·l·ing) programmés à la suite ont proposé d’assimiler de bonnes pratiques autour du langage inclusif, de la place des femmes dans les médias ou encore des
interviews. 

La question du traitement des meurtres de femmes suite à des violences a également été abordée sous un angle historique. Ces « faits divers » d’un genre particulier était autrefois relégués dans les pages des « chiens écrasés », là où elles ne donnaient jadis qu’une brève ou « un peu plus, si c’était quelqu’un de connu », a observé Lucie Diat, journaliste de l’association Prenons la Une. Mais « depuis les années 2000, a relevé cette dernière, les féminicides prennent un peu d’importance dans les colonnes. Jusqu’à 2018-2019, où le dictionnaire Robert intègre ce mot (féminicide, nf : qui tue une femme parce qu’elle est une femme, ndlr) dans ses pages ». Les choses ont ainsi commencé à changer de façon marquante en 2018, lorsque le phénomène #me too a explosé au niveau mondial. 

C’est aussi cette année-là que l’affaire Daval a défrayé la chronique. La chercheuse Giuseppina Sapio a longuement travaillé sur ce fait divers, qui narrait l’assassinat d’Alexia Daval par son mari, longtemps resté dans le silence et qui fit finalement des aveux larmoyants. « On a parlé pendant des années de crime passionnel, a relevé la chercheuse. Le vocabulaire employé convoquait l’imaginaire chez le lecteur. Mais il a eu de lourdes conséquences dans le traitement de ce qui reste un assassinat. Dans cette affaire, on parlait d’un drame terrible, même “d’accès de violence” ayant eu une conclusion dramatique. Cela a soulevé de grandes questions. Souvent, on s’attache à parler de qui est le coupable, mais rarement de qui est la victime. » 

Paternalisme persistant

Vendredi dernier, l’atelier La représentation des femmes dans les médias proposé par les journalistes engagées de Prenons la Une a permis d’aller plus loin et de réaliser que, pendant la crise sanitaire, les chiffres étaient sans appel : seuls 20 % des experts invités sur les plateaux télévisés étaient… des femmes ! « Les autres, les infirmières, étaient sur le terrain », a supposé Anaïs Bouitcha, de Prenons la Une. Un autre exemple de patriarcat a également été donné, quand fut mit sur la table ces titres de presse appelant les femmes juste par leurs prénoms (Brigitte (Macron), Ségolène (Royal), Rachida (Dati…)) quand leurs homologues masculins ont l’honneur d’avoir leurs noms de famille… Enfin ont été relevés ces expressions et ces gros titres qui continuent de faire la part belle aux clichés, comme ceux qui sont censés dépeindre l’horreur d’une violence conduisant à des crimes : « Il l’a tuée car elle l’avait énervé », « elle n’avait pas fait la vaisselle », etc…) ? La féministe Rose Lamy, absente pour cette journée mais installée à Bourges, a d’ailleurs fait de ces titres de presse son credo : son compte Instagram « Préparez-vous pour la bagarre » compte ainsi plus de 214 000 abonnés.

Comment changer ?

Interpellées par les lectrices et les lecteurs, condamnés par leurs salarié(e)s, certaines rédactions ont œuvré sur la question de l’invisibilité des femmes dans leurs parutions. Le groupe de presse Ouest-France a ainsi mis au point une charte de bonnes pratiques. La Voix du Nord, elle, s’est engagée lourdement pour féminiser ses contenus. Le groupe de presse Centre France, qui compte notamment dans son giron La République du Centre, a signé une charte pour le traitement des faits divers qui engage ses journalistes à ne pas citer le nom des agresseurs pour protéger les victimes. L’association Prenons la Une, intervenante sur cette journée du CIDFF et de la Région Centre-Val de Loire, a également écrit une charte anti-racisme pour inspirer les rédactions. Mais celle-ci aurait, pour l’heure, davantage de mal à être signée…

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