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La paille va-t-elle s’imposer ?
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La paille va-t-elle s’imposer ?

La paille va-t-elle s’imposer ?

Saint-Jean-de-la-Ruelle, Pithiviers, Dadonville… Plusieurs villes du Loiret misent aujourd’hui sur des constructions en paille, plus coûteux à l’achat, mais moins énergivores à long terme.
Hugo De Tullio
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Oubliez l’histoire des Trois Petits Cochons, dans laquelle une maison de paille est détruite en un souffle par le grand méchant loup… Très isolantes, durables et énergétiques, ces constructions émergent de plus en plus dans la région Centre-Val de Loire. Inaugurés à la rentrée scolaire, deux collèges – construits en paille, avec des matériaux biosourcés – ont notamment vu le jour à Pithiviers et Dadonville. Le 13 septembre dernier a également démarré la construction de 18 logements sociaux à Saint-Jean-de-la-Ruelle avec ce type de matériau. « C’est une première dans la région, précise Cécile Mousset, directrice de la communication chez le bailleur Valloire Habitat, à l’origine du projet. Jusqu’ici, seules des maisons avaient été construites en bois-paille. Le challenge s’est maintenant déplacé sur des immeubles avec étages. » Pas moins de 3 000 ballots de paille venant de Bourges vont ainsi être nécessaires à la construction de ces 11 T2, trois T3 et quatre T4, louables à partir de 316 € hors charges, d’ici fin 2022.

Comment ça marche ?

Ingénieure d’études, Clémentine Siegler travaille à Accort-Paille. Cette Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) est chargée de former et d’accompagner les professionnels, de la conception à la réalisation d’un logement en paille. Majoritairement tournée vers les marchés publics, cette agence régionale participe actuellement à la construction d’un gymnase à Druye, au sud de Tours, d’un lycée à Ingré, mais aussi d’un hôtel de la communauté de communes de Sougy. Au sein de la SCIC, Clémentine Siegler doit anticiper les risques potentiels liés à ce genre de constructions. Et pour éviter toute mauvaise surprise, son agence demande à l’entreprise responsable du chantier de suivre la formation Pro-Paille avant le début des travaux, qui porte sur les règles professionnelles de la construction en paille. 

Selon Clémentine Siegler, la paille « se démocratise un petit peu. Les gens en entendent parler, ça rentre dans les esprits. C’est intéressant de voir que l’on peut faire de la performance sans exploser les coûts… ». L’élaboration d’un bâtiment conçu avec ce matériau est, elle, à peu près la même que pour un édifice classique : « Excepté le fait que la paille soit mise en isolant à l’intérieur des murs, on ne voit aucune différence vu de l’extérieur » en comparant avec une architecture traditionnelle. Concrètement, lors de la fabrication d’une habitation, des charpentiers vont placer des bottes de paille à l’intérieur des murs, faits essentiellement en ossature bois. La plupart du temps, « les murs sont préfabriqués en atelier, le résultat est ensuite apporté sur le chantier pour les imbriquer en mode Lego. Ça va très vite, car tout est déjà prêt », détaille Clémentine Siegler. C’est le cas par exemple pour l’exécution des 18 logements à Saint-Jean-de-la-Ruelle, où la société Elvin réalise l’assemblage des blocs de bois-paille. Chez Valloire Habitat, Cécile Mousset ajoute que ces blocs « sont réalisés dans l’entreprise et seront livrés sur le chantier pour la réalisation des murs ».

Des avantages…

Si ce mode de constructions attire, c’est bien pour la réduction de la consommation d’énergie qu’il doit entraîner chez l’habitant. Ce gain se mesure du reste dès la phase de chantier. « Notre volonté est de réduire l’impact environnemental, notamment sur notre activité de construction », éclaire-t-on chez Valloire Habitat. De son côté, Clémentine Siegler, chez Accort-Paille, préfère ne pas (trop) s’avancer sur des statistiques, qui vont dépendre de la consommation de chaque résident. « Les bâtiments n’ont pas assez d’ancienneté pour que j’aie un retour », reconnaît-elle. À Saint-Jean-de-la-Ruelle, la consommation d’énergie des 18 logements sociaux devrait être de 40 KWh par mètre carré chaque année. À titre de comparaison, c’est « mieux qu’un bâtiment basse consommation, qu’on mesure à 50 KWh/m2/an », évalue Cécile Mousset. Cependant, Clémentine Siegler évoque pour la paille « une empreinte énergétique bien meilleure que tous les autres isolants. C’est ce qu’on fait de mieux en termes d’impact carbone. On est à moins de 14 kilogrammes de CO2 par mètre carré de paille ».

Détenant « une performance thermique intéressante », la paille est « durable et pérenne », analyse aussi l’ingénieure d’Accort-Paille, qui rappelle d’ailleurs que la maison Feuillette, construite à Montargis en 1920, est le plus ancien bâtiment en ossature bois et isolation paille connu à ce jour… Clémentine Siegler soutient également qu’à partir « du moment où la paille est à l’abri de l’humidité et dans son ossature bois, elle ne bouge pas ». Par ailleurs, dans une maison « traditionnelle », les pièces situées sous les combles sont très souvent exposées à la chaleur, qui survient en seulement « quatre, cinq heures dans un bâtiment classique. Avec la paille, cela met plus de quinze heures et cela octroie un confort » non négligeable, surtout l’été. 

 … et des inconvénients

Cependant, il y a le revers de la médaille. Alors qu’il faut compter entre 10 et 20 centimètres d’épaisseur de murs pour les isolants classiques, l’isolation en paille nécessite au minimum 30 centimètres. Ce qui a néanmoins l’avantage d’avoir « un bon affaiblissement acoustique », d’après Clémentine Siegler. D’autre part, ce matériau est sensible à l’humidité : à la fin des travaux, il faut donc que les ouvriers soient très vigilants pour garder des performances énergétiques optimales. « Car s’il y a de l’humidité dans les murs ou une fuite d’eau, l’isolant va en pâtir un peu », stipule l’ingénieure d’Accort-Paille. 

Dernier aspect négatif, et non des moindres : le coût financier. Cécile Mousset mentionne une augmentation d’environ 15% du prix d’un logement quand celui-ci est construit en paille. Mais pour Clémentine Siegler, cette hausse est à relativiser : « Un bâtiment en paille coûte en moyenne plus cher, mais parce qu’il est, de base, par sa constitution, plus performant. Donc à performance égale, un bâtiment en paille va être moins cher » qu’un édifice classique. Alors, convaincus ?

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