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 « Les dégâts sont irréparables »
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 « Les dégâts sont irréparables »

 « Les dégâts sont irréparables »

Début août, Parquet et Département étaient prévenus d’actes de maltraitance présumés ayant eu lieu dans la micro-crèche Lib’et Bulle de Saint-Denis-en-Val. L’affaire, en attente de jugement, a très vivement affecté les parents des enfants qui auraient été victimes de ces agissements, partagés entre colère et culpabilité. Des questions se posent aussi sur les responsabilités annexes en termes d’encadrement et de contrôle.
Benjamin Vasset
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Elle dit qu’elle ne dort pas très bien, que tout cela la « fatigue ». Depuis qu’elle a appris les faits qui se seraient déroulés dans la micro-crèche Lib’et Bulle, où sa petite fille, Mia*, fut inscrite entre 2019 et 2021, Patricia est partagée entre plusieurs émotions. Elle nous dit avoir accepté de parler pour « informer le public ». « Les parents doivent toujours être vigilants… » glisse-t-elle, ébranlée par ce que sa fille a vécu, rongée par un sentiment de « culpabilité » qui ne la quitte pas. « Avec mon expérience de maman (elle a deux autres enfants, ndlr), j’aurais dû voir… », lâche-t-elle.

Fin août 2021, Patricia est mise au courant par la gestionnaire de la micro-crèche Lib’et Bulle, Julie Fallon, qu’elle va être convoquée par la Brigade des Mineurs. « Julie m’a dit que des enfants avaient reçu des punitions, qu’ils avaient été enfermés dans le noir, mais aussi que des surnoms avaient été donnés aux enfants par des auxiliaires de puériculture… ». Patricia ne sait pas, alors, si sa fille est concernée par les agissements indiqués. Elle se rend donc le 3 septembre au commissariat pour être entendu par un Officier de police judiciaire. Elle apprend de sa bouche que des « couteaux ont été envoyés dans le plafond de la micro-crèche », tandis que d’autres actes de maltraitance présumés sont évoqués. À la maison, Mia, même pas 3 ans, se met à employer le mot « pute ». « Elle me dit que d’autres enfants se faisaient traiter comme ça », raconte Patricia. À table, la petite fille explique qu’une des auxiliaires de la micro-crèche leur « montrait sa « chipoune » (son sexe) et ses fesses ». Plus les jours passent et plus Patricia se refait le film de l’année écoulée. Elle a bien vu que sa fille connaissait – chose nouvelle – des nuits agitées, qu’elle ne voulait pas que la porte de sa chambre soit fermée et rester dans le noir. Patricia a d’abord mis ces comportements sur le compte de changements familiaux. Mais elle comprend, à partir du mois de septembre 2021, que l’évolution dans le comportement de Mia est certainement à mettre en relation avec ce que sa fille a vécu à la micro-crèche Lib’et Bulle. « Les dégâts sur nos enfants sont irréparables, souffle aujourd’hui Patricia. J’aimerais désormais expliquer à ma fille que ces dames-là ne feront plus jamais de mal à d’autres enfants ».

Défauts d’encadrement ?

Combien d’enfants, justement, auraient subi ces actes de maltraitance présumés dans cette micro-crèche ? Impossible à dire, mais ils étaient en tout cas une quinzaine de parents à se rendre vendredi dernier au Palais de Justice d’Orléans pour une réunion d’information organisée par la procureure de la République, Emmanuelle Bochenek-Puren. Le 21 septembre, elle avait affirmé à nos confrères de La République du Centre et de France Bleu Orléans que deux auxiliaires étaient poursuivies pour « violences sur mineurs sans ITT commises en présence d’autres mineurs », et que deux autres seraient jugées « pour violences sur mineurs et non-dénonciation de mauvais traitements sur mineurs », dans le cadre d’une procédure de plaider-coupable. À l’origine, deux audiences devaient avoir lieu à des dates distinctes, ce qui a surpris les parents. Aux dernières nouvelles, les quatre auxiliaires pourraient être jugées au même moment, à une date encore indéterminée. Contacté, le Parquet d’Orléans nous a fait savoir en début de semaine que « la Procureure (…) ne souhaitait plus communiquer au sujet de cette affaire pour le moment ».

Le silence officiel du ministère public n’empêche pas les parents de s’interroger à haute voix sur ce qui aurait poussé les auxiliaires (de puériculture et de crèche) à commettre les faits présumés évoqués plus haut. « Quand on fait ce métier-là, c’est a priori qu’on l’a choisi ; cela demande de la bienveillance. Je ne comprends pas… », avance Patricia, la maman que nous avons rencontrée. Ces questions qui touchent au tréfonds de l’âme humaine, ces parents se les poseront certainement jusqu’au(x) procès, et même après. Mais ils s’interrogent aussi sur la façon dont ont été recrutées ces auxiliaires, des très jeunes femmes pour la plupart. La plus « ancienne » est arrivée dans la micro-crèche « il y a trois ans, nous précise la gestionnaire, Julie Fallon. Une autre a été recrutée début 2020, et les deux dernières dans le courant de cette année-là ». Les parents pointent un « turn-over » conséquent de ces équipes après le premier confinement – ce dont nous a aussi parlé une ancienne salariée de la micro-crèche Lib’et Bulle – ainsi que le jeune âge des auxiliaires incriminées. « Ce sont des métiers où il n’y a pas une grande possibilité d’évolution…, répond Julie Fallon. Auxiliaire de crèche, cela nécessite un CAP Petite Enfance, qu’on peut obtenir à partir de 16 ans ». Toutes l’avaient-elles à Saint-Denis-en-Val ? Le Département du Loiret, compétent dans ce domaine, nous a affirmé que « les diplômes des deux professionnels impliqués étaient conformes ». Julie Fallon, la gestionnaire, ajoute cependant avoir appris après coup que l’une des auxiliaires en question « aurait travaillé dans la crèche d’une collectivité de la métropole et qu’elle aurait été remercié pour les mêmes raisons. Mais elle n’avait pas mentionné cette expérience sur son CV… ».

Une autre question qui se pose les parents est attenante à la manière dont ces auxiliaires ont été entourées. En d’autres termes, y a-t-il eu un défaut d’encadrement ? « Pour moi, c’est très clair : dans cette affaire, il y a eu un défaut de surveillance de la direction, estime une ex-employée. Ces quatre auxiliaires ont été livrées à elles-mêmes. » Pour faire fonctionner une micro-crèche, une éducatrice de jeunes enfants assume ce rôle d’encadrement des équipes, qui est indispensable. Dans le cas de Lib’et Bulle, celui-ci était bel et bien tenu par une professionnelle confirmée, intégrée à l’équipe de direction, qui travaillait en outre sur deux autres micro-crèches faisant partie du même groupe (Les micro-crèches de Julie), à Saint-Jean-le-Blanc. « Cette éducatrice n’était jamais là, témoigne un parent. Entre 2019 et 2020, je l’ai vue une fois ». Julie Fallon nous indique aujourd’hui, comme elle l’a avancé aux parents, que cette éducatrice aurait donné sa démission pour se tourner vers un autre projet professionnel avant que l’affaire que nous évoquons ne soit rendue publique.

Qui contrôle ?

Julie Fallon s’est pour sa part portée partie civile dans ce dossier. Elle se considère aujourd’hui « comme une victime ». « C’est moi qui ai alerté et dénoncé », répète-t-elle. Le 5 août 2021, elle a déposé plainte, générant l’ouverture d’une enquête pénale. « C’est ce jour-là que j’ai eu des preuves (des vidéos auraient été réalisées, ndlr) », précise-t-elle. Le 6, nous indique le Département du Loiret, la gestionnaire a « prévenu la Protection Maternelle Infantile du Loiret, chargée d’assurer le suivi et le contrôle des établissements d’accueil du jeune enfant, et décidait d’une mise à pied conservatoire des deux professionnels impliqués ». « J’ai vu ensuite chaque famille et j’ai mis en place une cellule de soutien psychologique », assure Julie Fallon, qui n’ignore pas que de nombreux parents la tiennent pour partie responsable de ce qui serait arrivé à leurs enfants. « Dans les objectifs d’une micro-crèche, une gestionnaire est garante de la sécurité morale et affective des enfants », fait d’ailleurs remarquer une professionnelle du secteur. « J’étais à des milliards de kilomètres de m’imaginer ce genre de choses, répond Julie Fallon. Comment aurais-je pu m’en rendre compte avant ? Il n’y avait pas de changements de comportement des enfants, qui continuaient d’aller vers les auxiliaires de puériculture. Personne ne s’en est aperçu. Parce que, entre guillemets, c’était fait intelligemment : par exemple, les auxiliaires gardaient toujours les fenêtres ouvertes pour entendre dès qu’une voiture arrivait… Je peux entendre la colère des familles, et dans ce genre de situation, il faut un responsable. Mais je le répète, j’ai dénoncé les choses. J’ai instauré une relation de transparence. J’aurais pu seulement licencier, ne rien dire, et personne n’en aurait rien su. Mais j’ai des valeurs. » À un autre niveau se pose aussi la question du contrôle des pouvoirs publics. Comme on l’a dit, le Département, par l’intermédiaire de la PMI, doit « réaliser annuellement des visites de suivi mais aussi, si alerte, des visites inopinées ». Dans le cas de la micro-crèche Lib’et Bulle, nous avons demandé au Département quand s’étaient déroulées ces « visites » en 2020 et 2021, et si aucune d’entre elles n’avait pu permettre de détecter de quelconques dysfonctionnements. À cette question précise, le Département du Loiret nous a répondu qu’« une visite inopinée de la micro-crèche (avait) été réalisée par la PMI dès le 3 septembre, deux autres visites inopinées des deux autres structures du même gestionnaire (ayant) suivi quatre jours plus tard ». Ce qui ne renseigne pas tout à fait sur la question du contrôle avant le dépôt de plainte et le signalement, effectués les 5 et 6 août. Sur ce point, Julie Fallon se refuse à tout commentaire. « La PMI est débordée, parce qu’elle manque de moyens, et forcément, elle ne fait pas toujours les visites qu’elle devrait faire », soupire, quant à elle, une professionnelle du secteur.

Aujourd’hui, la micro-crèche Lib’et Bulle continue en tous les cas de fonctionner, mêmesi une procédure de sauvegarde a été mise en place. « La Préfecture a décidé de ne pas fermer l’établissement, explique quant à lui le Département du Loiret. En effet, au vu de la mise à pied directe des professionnels impliqués, la micro-crèche a repris son fonctionnement normal, sans aucun danger à constater ». Dans l’attente d’un procès, les enfants et les parents, eux, portent leur fardeau et espèrent que la Justice leur apportera des éléments de réponses. « Il va falloir qu’on mette des mots clairs et nets sur ce qui s’est passé, demande Patricia. Quant aux auxiliaires, j’espère qu’elles se rendront compte de l’impact qu’elles ont eu sur nos enfants ».

*Le prénom a été changé.

Une réponse

  1. Les faits évoqués sont à la fois scandaleux et puérils. Ils ont fait du mal aux enfants, c’est ce qui est grave. Je me demande s’il n’y aurait pas un problème de recrutement. En amont, il pourrait aussi y avoir une insuffisance de contrôle psychologique des personnes recevant le diplôme…

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