Serge Grouard, retour à l’envoyeur

En remportant dimanche soir le deuxième tour des élections municipales, Serge Grouard a remporté ses quatrièmes élections municipales de suite. Un vrai tour de force, savamment construit, pour celui qui avait démissionné de son siège cinq ans plus tôt, et qui revient donc par la grande porte.
Benjamin Vasset
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2001, 2008, 2014, 2020 : à 19 ans d’écart, Serge Grouard aura donc triomphé, dimanche, pour la quatrième fois consécutive à Orléans. On ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une surprise, tant l’avance prise au premier tour par le chef de file des « Orléanais au cœur » paraissait conséquente. Affichant toutefois une prudence de sioux lors de ses apparitions publiques, il prenait gare à ne pas crier victoire trop tôt, une élection n’étant, selon lui, jamais gagnée d’avance. Dimanche dernier cependant, sur les coups de 19h, quand le taux de participation a fait apparaître que l’abstention avait été équivalente à celle du premier tour (aux alentours de 36 %, au final), il ne faisait plus guère de doute que Serge Grouard allait l’emporter. Ce fut le cas, et dans un fauteuil, finalement : avec 40,29 % des voix, il a distancé de près de 9 points son concurrent écologiste Jean-Philippe Grand (31,72 %), et de près de 12 points le maire sortant, Olivier Carré (27,98 %).

Un come-back bien orchestré

Ses premiers mots de futur nouveau maire – Serge Grouard devrait être installé ce samedi, à l’issue d’un conseil municipal – étaient empreints d’émotion. Les yeux embués, il déclara que « quelques années » plus tôt, il n’aurait pas pensé « être là » pour célébrer cette victoire. Des allusions à ses problèmes de santé qui l’avaient poussé à démissionner puis à son parcours politique depuis. Ayant d’abord expliqué, en juin 2015, qu’il « ne reviendrait pas » à la tête de la mairie, il avait ensuite accompagné François Fillon dans sa bataille aux présidentielles, avant d’être battu en 2017 aux législatives. Il s’était alors fait discret. Le temps passant, et au gré d’interventions savamment distillées, il avait peu à peu laissé planer le trouble sur ses intentions – « je ne suis pas indispensable », répétait-il dans nos colonnes à l’automne – avant de se déclarer officiellement en décembre dernier. Lui, maire ? Il n’y avait pas pensé, assurait-il, du moins jusqu’à ce que ses amis ne viennent le chercher pour le convaincre de se représenter.

« À l’automne, il disait qu’il n’était « pas indispensable » »

Difficile à croire, cependant, que sa reconquête du pouvoir n’ait pas été le fruit d’une stratégie parfaitement timée : à l’automne 2018, il signa d’abord son retour sur la scène médiatique par l’intermédiaire d’un livre de confessions – Ce que je voulais vous dire, Corsaire Éditions – ; puis il égraina ensuite ses prises de parole publiques. Il y alla crescendo pour désavouer son successeur, Olivier Carré, qu’il avait pourtant adoubé en juin 2015 : à l’hiver 2019, il y eut d’abord une anicroche, au conseil métropolitain, sur le dossier des bus électriques, puis une vraie scission publique intervint au conseil municipal du mois de juin l’an dernier, pendant lequel il annonça sa démission de son poste d’adjoint au maire. « Je vous parie une caisse de champagne qu’il ne se présentera pas aux municipales », nous jura alors l’une de ses proches. On attend la cuvée… 

En septembre, après avoir laissé passer l’été, Serge Grouard créa un groupe au conseil municipal – « Les Orléanais » –
qui composa, un peu plus tard, le noyau dur de sa liste des « Orléanais au Cœur ».
Il jura alors que les municipales n’entraient pas dans sa réflexion, mais en novembre, il lança en pleine séance un direct au foie à Olivier Carré – « vous n’êtes qu’un héritier » – qui laissait alors peu de doutes sur le scénario qui allait s’écrire. Vingt ans d’amitié politique venaient de disparaître en fumée, mais le brasier avait été allumé dès l’été précédent : si Serge Grouard a toujours nié avoir eu quelque chose à voir concernant l’article du Canard Enchaîné ayant épinglé Olivier Carré en juin 2019, nombreux sont ceux, parmi les proches du maire sortant, à y avoir vu sa patte.

Retour aux fondamentaux

D’ailleurs, la distorsion de la relation entre Olivier Carré et Serge Grouard fut certainement l’un des moteurs qui persuadèrent ce dernier de revenir aux affaires. « Pour en arriver là, c’est qu’il a dû ressentir une humiliation incroyable », analyse un acteur de cette élection municipale orléanaise qui le « pratique » depuis quelques années. Durant la campagne, Serge Grouard a ainsi diffusé l’idée que, depuis 2018, son successeur et prédécesseur décidait seul de plus en plus souvent, et sur de plus en plus de choses, ce qui l’aurait finalement incité à se déclarer contre lui. En triomphant dimanche, le quadruple vainqueur du scrutin municipal a rappelé à Olivier Carré un constat cruel : s’il y avait un chef entre les deux, alors c’était lui.

Le chef : durant sa campagne, Serge Grouard a distillé l’image d’un homme qui s’était arrondi avec le temps et la maladie, prenant les choses avec davantage de philosophie. Il faut pourtant croire qu’on ne change pas tout à fait les Hommes puisque, en quelques occasions, Serge Grouard a montré qu’il n’avait perdu ni de sa détermination, ni de sa mémoire. Ainsi fin mars, au site Mag Centre qui l’accusait de « rompre l’unité nationale » lors de la création de sa chaîne de solidarité, il avait immédiatement envoyé un droit de réponse plutôt épicé. Et à notre journal qui a sollicité une interview en début de cette semaine, il nous a répondu par la négative, son entourage faisant passer l’idée qu’il n’avait pas apprécié notre Une qui le disait « dans la tourmente » après les révélations de Radio France au sujet de l’affaire des masques. Cette anecdote a du sens, parce qu’elle révèle un trait de caractère « grouardien » qui est probablement l’un de ceux qui a aussi contribué à le faire gagner dimanche dernier : dur, parfois impitoyable, Serge Grouard ne tremble pas devant le but adverse quand il s’agit de remporter une élection municipale. Pendant la campagne, il a ainsi labouré le terrain, ne rechignant pas à revenir au contact des Orléanais et à marteler ses thèmes sans dévier de sa ligne : santé, environnement, sécurité, et, depuis le 11 mai, « plan d’urgence » pour répondre à la situation. La preuve que sa voix porte toujours haut à Orléans, et son élection en dit autant sur la ville que sur lui : alors que de nombreuses agglomérations de taille moyenne, à commencer par Tours, ont basculé à gauche et ont été prises par des Verts, lui a remis la cité johannique dans le giron LR, s’attirant par là même les félicitations publiques de son « ami » Éric Ciotti.

Et maintenant, fédérer ?

Enfin, et ce n’est pas l’un des moindres de ses talents, Serge Grouard a encore une fois su s’entourer d’une équipe compétitive pour gagner. Il a ainsi fédéré autour de lui ceux de sa « vieille garde » qui pèsent d’un poids certain dans les réseaux orléanais (Florent Montillot, Michel Martin, Charles-Éric Lemaignen…). Avec le soutien de Nathalie Kerrien, c’est aussi le tissu culturel qu’il a, pour partie, acquis à sa cause. Et les nouvelles têtes qu’il va faire émerger au cours de son nouveau mandat vont sans doute faire fructifier cet héritage au cours des années à venir.

Désormais, reste à savoir quelle sera la tonalité de l’épisode IV du feuilleton « Serge Grouard à la mairie » : si, sur le fond, l’intéressé a déjà expliqué que l’écologie serait l’une de ses priorités, réussira-t-il, sur la forme, à apaiser, dès le début de son mandat, un environnement politique qui a souffert d’une campagne particulièrement rude ? 

Dimanche soir, Olivier Geffroy, numéro 3 sur la liste Carré, voulait le croire, expliquant que la forte abstention était un argument plaidant pour une gouvernance rassembleuse et œcuménique. Au conseil municipal d’installation prévu samedi au Palais des Sports (10h), les amis de Serge Grouard bénéficieront de 39 sièges, contre 9 pour Jean-Philippe Grand et 7 pour Olivier Carré.

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