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Deux « DROITES » irréconciliables ?
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Deux « DROITES » irréconciliables ?

Deux « DROITES » irréconciliables ?

À moins de trois semaines du premier tour des élections régionales, Marc Fesneau, soutenu par la majorité présidentielle LaREM/Modem et Nicolas Forissier, le candidat LR/UDI, ont dévoilé leurs cartes et leurs programmes. En quoi ces deux versions de la droite et du centre se rejoignent-elles, et en quoi sont-elles différentes ? Analyse comparée.
benjamin vasset
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Deux DROITES irréconciliables

Entre Marc Fesneau et Nicolas Forissier, c’est un pas de deux. Au-delà des questions de positionnements politiques et stratégiques, ces deux candidats aux élections régionales proposent-ils des projets si différents ? Tous les deux se réclament ainsi « du centre », même si Marc Fesneau, Modem de longue date, actuel ministre d’Emmanuel Macron, paraît toutefois plus à même de revendiquer cette étiquette que Nicolas Forissier, candidat des Républicains et héritier d’une droite plus traditionnelle. Entre les deux listes qu’ils conduisent, et à propos desquelles la rumeur d’une alliance au second tour fait toujours son chemin (voir plus loin), y a-t-il, cependant, tant de différences programmatiques ? Poser cette question, c’est rappeler qu’en 2015, les deux hommes faisaient front commun pendant la campagne aux régionales, sur la liste de Philippe Vigier. Six ans ont passé : une autre époque, un autre monde… Celui d’avant l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir.

Plus de proximité

Très clairement, Nicolas Forissier et Marc Fesneau, qui évitent de s’égratigner publiquement, ont tous deux ciblé un homme et un système, celui de François Bonneau (PS). L’actuel président de la Région Centre-Val de Loire et candidat à sa propre succession est accusé par les deux adversaires à sa droite d’avoir construit une gouvernance hors sol. « Je suis frappé de voir le nombre d’acteurs régionaux qui ne connaissent pas les vice-présidents actuels, lâche Marc Fesneau.
Il y a un vrai sentiment de déconnexion. » Nicolas Forissier ne dit pas autre chose : « aujourd’hui, la Région est coupée du terrain. Nous avons rencontré plusieurs acteurs qui nous ont dit : on n’a pas accès à cette Région, qui est lointaine. » À croire que les mêmes « acteurs » ont été rencontrés par les deux candidats… Mais après tout, rien de vraiment neuf dans ces arguments, classiques lorsqu’on s’attaque à un élu sortant, que ses adversaires taxent souvent, dans pareil cas, d’immobilisme.

Sur ce sujet, si les constats de Marc Fesneau et de Nicolas Forissier se rejoignent, ce dernier se veut plus volontariste : le candidat des Républicains promet ainsi de créer des « Maisons Régionales largement ouvertes », lancer « un G7 entre les six départements composant la Région et le Conseil régional, dont les présidents se réuniront au moins trois fois par an » et indique qu’il poussera ses élus à aller labourer le terrain à la rencontre des électeurs. Une promesse vieille comme la démocratie, que fait aussi Marc Fesneau : « on a besoin d’avoir des élus plus proches des habitants. Et c’est moins une question de temps qu’une question de volonté », argue l’actuel ministre des Relations avec le Parlement, malgré les calendriers déjà bien chargés de ses colistiers, qui possèdent déjà, pour une partie d’entre eux, des mandats locaux. Toujours est-il que Marc Fesneau souhaite aussi mieux faire connaître les pouvoirs de la Région aux autres élus du territoire, qui ignorent parfois que cette dernière redistribue une large part de Fonds européens. « La Région, parfois, on ne sait pas où la trouver », résume ainsi Marc Fesneau.

La tête de Turc Bonneau est également convoquée par les deux candidats du centre et de la droite sur le dossier de la santé. Le président sortant a promis de faire passer le nombre de médecins salariés de « 150 à 300 » ? « Mais ses 150, ils n’existent pas !, s’agace Marc Fesneau. Pour l’instant, il n’y en a que sept. » « C’est une annonce démago… », sourit de son côté Nicolas Forissier. Dans leurs projets respectifs, les deux hommes paraissent peu enclins à vouloir faire salarier des médecins par la Région : ce principe, ils imaginent plutôt d’autres collectivités s’en charger, tout en les accompagnant financièrement sur cette action… et d’autres. « Il n’y a pas de solution toute faite, il faut faire du cousu main », dit ainsi Marc Fesneau.

Et la relance économique ?

Les deux candidats du centre de la droite sont également d’accord pour faire du soutien à l’économie et à l’emploi deux de leurs priorités absolues. Une politique qui entre aussi dans le cadre d’une relance rapide de la croissance sur le plan régional. « Nous allons mettre le paquet, assène Nicolas Forissier, qui promet d’accompagner les entreprises confrontées aux remboursements de leurs PGE et au paiement de leurs charges. Très vite, nous instaurerons un système d’audit, entreprise par entreprise, en partenariat avec les CCI et les Chambres des Métiers, pour les accompagner en prenant en charge les loyers et une partie des charges qui leur restent à payer. La Région doit être à côté des petits entrepreneurs ». À plus long terme, Nicolas Forissier promet « de doubler les soutiens aux entreprises et aux filières industrielles ». Le projet de Marc Fesneau fait quant à lui mention de la création d’un Fonds souverain régional de 300 M€, « alimentée par la Région et par l’épargne des citoyens » afin d’aider les secteurs en difficulté et de « soutenir les filières d’excellence ». Un point que le ministre-candidat a clairement ciblé : il veut particulièrement promouvoir certains secteurs, comme le numérique, l’énergie, l’aéronautique et l’automobile, dont il souhaite soutenir la transition vers d’autres formes de production.

Sur l’agriculture, les deux hommes font là aussi, peu ou prou, le même diagnostic : actuellement, la Région n’aiderait pas assez ses agriculteurs. Ils expliquent en outre ne pas vouloir opposer les exploitants travaillant en conventionnel à ceux travaillant en bio. Le soutien aux associations, compétence de la Région, est aussi annoncé par les deux candidats comme étant prioritaire. « Nous proposons une idée simple : prendre en charge 50 % de l’adhésion à une association culturelle, sportive ou de loisirs pour la saison 2021-2022 », prévient Marc Fesneau, tandis que Nicolas Forissier promet simplement un « plan de rebond sur ce sujet majeur ».

Quant à l’environnement…

Sur cette thématique, le vocable de la droite se retrouve dans l’argumentaire de Nicolas Forissier, qui prône une « écologie positive et non punitive » et dit vouloir soutenir les « énergies nouvelles, et en particulier l’hydrogène ». Marc Fesneau veut pour sa part s’appuyer « sur un mix énergétique alliant nucléaire et investissements massifs dans les filières biomasse, solaire et hydrogène », avec des trains et des bus qu’il veut convertir à cette énergie. Le candidat Modem se donne toutefois l’image d’un écologiste pragmatique : « Le 100 % renouvelable n’existera pas d’ici aux trois mandats régionaux à venir. Ceux qui vous disent ça racontent des sornettes », bat-il en brèche.

L’écologie, c’est aussi la politique transports et sur ce sujet, Marc Fesneau a une idée simple en tête : d’abord augmenter l’offre avant de penser à la question de la tarification. « La gratuité, le gars de Marchenoir qui n’a pas de transports à proximité, ça ne lui change rien, souligne-t-il. Ma position, c’est qu’aujourd’hui, on fait beaucoup de choses pour faire venir les gens de l’extérieur dans la région, mais qu’on ne fait pas tout pour faciliter la vie des gens à l’intérieur.
Franchement, 3h05 pour faire Tours/Chartres, ça intéresse qui ? Et je ne vous parle pas de Chartres/Châteauroux. Là, c’est une affaire d’aventuriers… » Marc Fesneau a déjà promis, s’il est élu, de faire avancer le dossier de la ligne Orléans/Châteauneuf, serpent de mer parmi les serpents de mer. Sur cette question des mobilités, Nicolas Forissier brandit quant à lui un « pass transports unique pour les jeunes de moins de 30 ans, le soutien aux déplacements des seniors et… le développement de l’offre ferroviaire. »

La patate chaude de la sécurité

Si les deux candidats du centre et de la droite semblent proches sur un certain nombre de sujets, l’un d’eux les oppose assez nettement : celui de la sécurité.
Il y a quinze jours, en déplacement à Orléans, Nicolas Forissier a passé une heure à présenter son projet : presque la moitié du temps a été consacrée à la sécurité (voir notre édition de la semaine dernière). Ce lundi, Marc Fesneau, qui dévoilait lui aussi son programme, l’a joué piano piano sur ce thème. « La sécurité, c’est un sujet qui existe, mais chacun doit s’occuper de ses responsabilités », a-t-il déclaré, actant le fait que la marge de manœuvre d’une région était réduite sur le sujet. Dans son programme, un point seulement pour indiquer qu’il mettra en place « un plan de vidéosurveillance systématique dans les TER, les lycées et les CFA, dont la Région sécurisera les esplanades d’entrée pour empêcher les trafics. » Bref, le minimum syndical, pourrait-on dire. Ce point de désaccord autour de la sécurité sera-t-il suffisant pour bloquer un rapprochement éventuel au second tour, et sur lequel les pronostics sont engagés ? Réponse après le 20 juin.

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