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La droite perd-elle le nord ?
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La droite perd-elle le nord ?

La droite perd-elle le nord ?

Une conférence donnée mercredi dernier sur le gaullisme à Orléans a donné lieu, les jours suivants, à des exégèses un peu confuses : initiée par le Rassemblement pour la France (RPF), les soutiens d’Éric Zemmour en ont également fait la publicité, alors que sont également intervenus des membres des LR et du Rassemblement National. Preuve qu’à l’image du pays, les frontières sont mouvantes, à droite, en cette pré-campagne présidentielle…
Benjamin Vasset
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Au moins, cette semaine, la droite est au cœur de l’actualité politique. Entre la déclaration de candidature d’Éric Zemmour, mardi, et la désignation du candidat des LR, dimanche, la gauche peut tranquillement hiberner jusqu’à lundi prochain au moins : personne ne parlera pas d’elle, à moins qu’Anne Hidalgo annonce vouloir tripler le salaire des policiers et des infirmiers ou que Yannick Jadot souhaite faire pousser un parc d’éoliennes dans le jardin de Stéphane Bern. On plaisante à peine : même la constitution d’une « maison commune » pour soutenir le Président sortant, lundi dernier, est passée inaperçue… 

Bien qu’elle attire aujourd’hui les regards, la droite française semble bel et bien se trouver à la croisée des chemins, secouée par Zemmour après avoir été mordue par Macron. La rentrée dans le champ politique actif du désormais ex-polémiste va peut-être éclaircir quelques positions, mais ce n’est pas certain : la preuve dans le Loiret, où l’on peut visiblement continuer à avoir sa carte aux LR et être « animateur » du comité départemental de soutien à Éric Zemmour : c’est le cas de Valentin Blelly, qui a exprimé publiquement ses vues, mercredi dernier, à Orléans, à l’occasion d’une conférence sur le gaullisme. Certains amateurs de la chose politique ont peut-être déjà lu chez nos confrères locaux le compte-rendu de cet événement qui n’aura pas attiré les foules : un peu moins de 50 personnes dans le public, cinq conférenciers et une dizaine de militants « antifas » à l’extérieur de la salle, venus crier leur hostilité qui à Zemmour, qui à Serge Grouard, qui à François Moury, ancien représentant de la Manif pour Tous dans le Loiret, présent sur les lieux. 

De Gaulle ou Zemmour ?

Valentin Blelly, qui prit la parole quelques minutes plus tard à l’intérieur de la salle, revint d’ailleurs sur ce contexte particulier : « Dehors, ils veulent nous interdire, et ils se disent humanistes ? harangua-t-il. Alors qu’ils utilisent des méthodes abjectes d’intimidation, qu’ils harcèlent sur les réseaux sociaux ! Ces gens sont issus d’une classe sociale qui donne des leçons de morale avec la complicité d’un certain nombre de médias politiques ! Mais je dis à tout le monde : vous êtes libres de vous exprimer, c’est ça le gaullisme ! » « D’ici 30 ans, nos femmes ne s’appelleront plus Marie mais Fatima ! », s’emporta ensuite une autre intervenante, Eva Berroyer, qui affirma tout de go, dans un discours sur le gaullisme et le féminisme, que « les agressions subies (par les femmes) en France étaient le fait d’étrangers venant de l’immigration extra-européenne ». Du Zemmour dans le texte ! Était-ce un meeting de soutien ? Une première invitation à cet événement avait pourtant été envoyée à l’initiative du RPF (micro-parti de droite présidé par Christian Vanneste), avant que le comité de soutien à Eric Zemmour dans le Loiret ne la relaie ensuite effectivement. Peut-être ce mélange étrange était-il lié à la personnalité de l’homme qui organisait cette réunion, à savoir l’ancien élu RPR et FN Bruno Chauvierre qui, à 78 ans, essaye de relancer le RPF dans le Loiret tout en ayant été nommé il y a peu « président d’honneur » du comité de soutien à Éric Zemmour dans le département (il participera d’ailleurs très activement, à ce titre, à l’évaluation des potentiels candidats « Zemmouro-compatibles » pour les prochaines
législatives, ndlr.)

Friture sur la ligne

Dans les jours qui ont suivi cette conférence courut le bruit, dans la presse locale, que le secrétaire départemental du Rassemblement National, Cyril Hemardinquer, était en réflexion pour rejoindre Zemmour. Aux racines de cette rumeur, sa présence et son intervention à cette conférence, à laquelle il s’est rendu en compagnie de Ludovic Marchetti, éphémère candidat RN à la mairie d’Orléans en 2020 et actuel conseiller régional. Il n’en fallait visiblement pas plus pour que l’hypothèse d’un ralliement à Zemmour fasse florès dans le landernau politico-médiatique. D’autant que Cyril Hemardinquer tint lui aussi, à cette conférence, des propos que n’auraient pas renié le désormais nouveau candidat à l’élection présidentielle : « Aujourd’hui, notre civilisation et notre nation sont en danger (…). Le syndrome Kosovo, cette province serbe peu à peu colonisée par les Albanais, je ne veux pas le connaître en France ». Et plus loin : « la France est plongée dans un chaos profond, elle s’effondre (…) Mais l’ordre viendra toujours du chaos ». Joint quelques jours plus tard par téléphone, Cyril Hemardinquer a très formellement démenti un ralliement à Zemmour : « il n’y a rien, pas de négociations ! Quel intérêt aurais-je à rejoindre Zemmour alors qu’il est en pleine chute ou tout du moins en pleine stagnation dans les sondages, alors que Marine, elle, remonte ? Pour négocier quoi en échange ? Très honnêtement, cette rumeur m’a « gavé ». D’ailleurs, quand j’ai lu ça samedi, je me trouvais en stage de formation avec des élus RN à Tours… » Selon Cyril Hemardinquer, la confusion -là encore- sur l’origine de la conférence a pu jouer un rôle dans la diffusion de son vrai-faux départ : « moi, c’est très clair, dit-il. J’ai participé à cet événement parce que Bruno Chauvierre est un ami, un gaulliste convaincu, et que De Gaulle a bercé toute mon enfance ». 

La présence d’un autre homme à cette conférence organisée mercredi dernier à Orléans illustre enfin le brouillage de certaines frontières : celle de Jean-Yves Narquin, fils de Jean Narquin (une figure de la Résistance), dont la sœur n’est autre que Roselyne Bachelot. Maire de Villedieu-le-Château, dans le Loir-et-Cher, ancien délégué national du Rassemblement Bleu Marine, il a également lancé des œillades très appuyées à Zemmour. Bref, on était la semaine dernière, à Orléans, au cœur d’une droite radicale qui prospère actuellement et aimante à elle, sous quelle forme que ce soit, plusieurs cadres et électeurs LR quelque peu désemparés -ou tentés- par cette nouvelle OPA sur leur mouvement et leurs valeurs.

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