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Simon Gauthier : À la baguette
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Simon Gauthier : À la baguette
Portrait

Simon Gauthier : À la baguette

Cheveux longs soigneusement tirés en arrière, lunettes rondes et jaunes sur le nez, Simon Gauthier cultive à Saint-Pryvé Saint-Mesmin l’image d’un boulanger cool et moderne. Ce qui ne l’empêche pas de porter haut certaines valeurs traditionnelles, comme le travail et la famille.
Hugo De Tullio
Septembre 2004 : première rencontre avec son patron, aujourd’hui disparu
Juillet 2020 : se marie avec sa deuxième femme
Mars 2021 : devient co-gérant de la boulangerie M&T L’Avenue, à Saint-Pryvé Saint-Mesmin

« Je suis sous l’eau en ce moment ». C’est le genre de phrases que Simon Gauthier lance à ses clients alors qu’il répond déjà aux questions d’un journaliste, quand il n’est pas interrompu par ses salariées. On l’aura compris : cet Orléanais de 34 ans est un homme très sollicité, qui n’en oublie pas les règles de bienséance en nous offrant un café pour nous accueillir. D’une voix basse et d’un rythme posé, ce boulanger retrace son parcours scolaire qui démarre dans le quartier Saint-Marceau, de l’école maternelle au collège. Dès l’âge de 15 ans, le garçon sait ce qu’il veut faire : « c’était soit pompier, soit boulanger, et comme j’avais des problèmes de santé, ma première idée n’était pas possible. Alors je me suis lancé à corps perdu dans la boulangerie. » Il passe alors un CAP Boulangerie en alternance au CFA Charles Péguy. Une première expérience professionnelle « pas concluante », car « les patrons n’étaient pas très sympas », confie-t-il. 

L’apprenti obtient son diplôme à 17 ans et décide d’enchaîner avec un CAP Pâtisserie. « Même si je savais que ce n’était pas mon truc, je voulais avoir toutes les bases ». La persévérance et le goût pour le travail sont déjà là. Pour choisir son entreprise, Simon Gauthier se rend dans la boulangerie qui se situe place Clovis, à Saint-Pryvé, alors à 30 secondes à pied de chez lui. Un coup de foudre amical et professionnel démarre entre l’adolescent et ses deux nouveaux patrons, qu’il désigne aujourd’hui comme ses « deux papas ». Cette fois-ci, tout se passe à merveille, et le jeune homme poursuit en alternance dans le même commerce avec un CAP « mention complémentaire », puis un Brevet Professionnel. « Avec eux, c’était génial, je me suis épanoui personnellement et professionnellement », dit-il. Cependant, à 21 ans, sa curiosité et l’envie d’ailleurs le persuadent à pousser la porte d’un autre établissement : la boutique Nadal, dans le centre-ville d’Orléans. Mais deux ans plus tard, ses problèmes de santé le rattrapent et le boulanger est obligé de se mettre en arrêt de travail. Simon Gauthier doit se rendre à l’évidence : il ne peut plus travailler pour cette enseigne prestigieuse. Avec sa femme et son fils, le père de famille s’installe vivre à Morteau, près de la frontière suisse : « l’occasion de changer, de faire autre chose ». Après une opération qui « ne se passe pas bien », il profite d’une période de repos de plusieurs mois avant de retrouver un travail dans une usine d’horlogerie. « Une autre vie », selon lui, qu’il affectionne alors grâce à des horaires fixes et deux jours de repos par semaine. Du moins au début, car après quelques galères et problèmes personnels, l’ancien artisan fait marche arrière et revient à Orléans. « Ma boulangerie et ma famille me manquaient ; j’étais tout seul, j’avais besoin de repères », explique-t-il aujourd’hui.

Il revient alors à ses premières amours : la confection du pain, qu’il considère comme « une matière vivante : c’est comme donner vie à quelque chose ». Il retourne travailler place Clovis, où ses deux patrons lui aménagent des horaires pour qu’il puisse tenir le rythme. Mais en 2019, Simon Gauthier voit son quotidien bouleversé par le décès brutal de l’un de ses « papas », qu’il décrit en ces termes : « nous ne faisions pas que travailler ensemble, nous avions plein de points communs, c’était un ami ». Malgré une ambiance particulière, l’Orléanais décide de rester et se battre « pour lui ». Puis survient un nouveau choc, positif cette fois : on lui propose avec son associé de prendre les rênes de la boulangerie. « Surpris, flatté et fier », il accepte et devient officiellement co-gérant de la boutique en mars 2021. Ses tâches journalières sont « dures, intenses, physiques », mais à aucun moment le nouveau responsable ne regrette son choix. « Je suis fier d’avoir repris la boulangerie où j’ai grandi, et qui m’a fait devenir ce que je suis aujourd’hui. Ça apprend tellement de choses sur nous,
sur la vie… » 

« Seul au monde » 

S’il consacre aujourd’hui 90 % de son temps à son travail, Simon Gauthier n’en oublie pas pour autant sa famille. Ses rares moments de liberté, il les consacre à ses proches : « c’est vital pour moi. » Et même s’il se lève toutes les nuits à 2h30, ses horaires lui conviennent à merveille : « j’adore, c’est un kif parce qu’il n’y a personne, j’ai l’impression d’être seul au monde. » Enfin, avant de se coucher, cet amoureux de sports, également fan de bandes dessinées, se plonge chaque soir dans des univers de pirate, de western ou de science-fiction : « c’est un exutoire, ça me fait du bien ». Et ça lui maintient la tête hors de l’eau, comme il nous le confiait
en préambule de ce portrait…

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