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Comment adapter nos forêts Au réchauffement climatique ?
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Comment adapter nos forêts Au réchauffement climatique ?

Comment adapter nos forêts Au réchauffement climatique ?

En ce début d’automne, une convention entre deux établissements publics, l’Office National des Forêts (ONF) – en charge des forêts appartenant à l’État – et le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF), au service du développement de la forêt privée, ont renforcé leur partenariat pour une cause fondamentale : sauver les forêts, menacées par le changement climatique. En Sologne et en forêt d’Orléans, des expériences se mettent en place.
Laurence boléat
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Partenaires publics et privés tentent de s’unir pour faire évoluer la plantation d’espèces

Àhorizon 2050, selon le scénario du GIEC, les pays du Nord pourraient faire pousser du chêne sessile. En revanche, la France aura beaucoup plus de mal à conserver cette espèce, d’autant que son dépérissement est déjà visible, notamment dans notre région. « Il faut bien garder à l’esprit que le chêne pédonculé ou sessile est la principale espèce de la région Centre-Val de Loire, souligne le Centre National pour la Propriété Forestière. S’il ne supporte pas le réchauffement climatique, l’impact sur nos paysages sera incroyable. » Il faut donc dès aujourd’hui identifier les espèces capables de vivre ici et maintenant, mais qui seront aussi viables sur les 50 prochaines années. L’enjeu est de taille : si aucune solution n’est trouvée face au réchauffement climatique, les prévisions sur l’avenir de nos arbres sont très pessimistes.

Ainsi, les experts ne restent pas les bras ballants : des « îlots d’avenir » se développent ainsi partout en France, portés par le projet Esperens. Des partenaires publics et les privés se sont mis autour de la table, ainsi que toutes les filières de recherche et de développement, pour créer une synergie autour du même objectif : trouver des solutions d’avenir et les pérenniser.

Réactions en chênes

Au lieu-dit La Messadière, à Tigy, à une vingtaine de minutes d’Orléans, sur un domaine de 160 hectares, une expérience a été lancée chez un particulier, en partenariat avec le Centre National de la Propriété Forestière (CNPF). L’objectif, toujours le même : tester des essences capables de pousser et de résister aux aléas climatiques afin de reboiser nos territoires forestiers. Au départ seul dans son projet de reboisement, Geoffroy de Moncuit, propriétaire du domaine avec sa sœur, a dû affronter une première difficulté liée à la nature du sol de Sologne, composé de sable, d’argile et de silex. Il n’était pas question de le remuer une fois la parcelle débarrassée de ses anciennes plantations. Le choix s’est donc porté sur du broyage, afin d’obtenir un léger couvert pour l’enrichir. Dans un premier temps, le propriétaire loirétain a choisi de replanter du chêne sessile, mais rapidement, force fut de constater que les résultats étaient médiocres. « Je suis alors tombé sur les agents du CNPF, se souvient Geoffroy de Moncuit. Ils m’ont proposé, après étude, de tenter une plantation de chênes pubescents. » Dès lors, ce Tigycien est devenu l’un des premiers propriétaires privés à accepter le test d’une espèce très rare dans notre région, sans certitude de résultat.

De ses propres mains, l’apprenti pépiniériste a donc planté en 2013 600 pousses de chênes pubescents sur une parcelle de deux hectares. Et depuis, son expérience a permis de faire connaître l’espèce, au point que le ministère de l’Agriculture finance aujourd’hui tout un projet pour la recherche d’Arbres remarquables (avec la création d’un verger à graines de pubescents), afin de le replanter partout en France, au cas où ses frères de genre Quercus viendraient à dépérir. La grande qualité du chêne pubescent est en effet qu’il ressemble à nos chênes traditionnels, le pédonculé et le sessile, tout en se montrant beaucoup moins exigeant : il accepte les sols secs de l’été et ceux humides de l’hiver, résiste mieux aux à-coups climatiques et a moins besoin de lumière, donc d’espace, pour se développer. Et d’un point de vue commercial, il offre le même intérêt qualitatif à la transformation.

Pour autant, en Sologne, un autre danger guette sa repousse : les sangliers qui labourent la terre, et les chevreuils, friands de ses jeunes feuilles. « Il y a de plus en plus de cerfs qui se cantonnaient autrefois dans le centre de la Sologne et qui sont désormais présents partout », explique Geoffroy de Moncuit. Une solution a donc été mise en place en 2018 : laisser pousser la végétation autour de ses chênes pubescents pour les protéger et entourer certains plants d’une protection. Pour l’instant, le résultat est encourageant : avec le regarni, sa chênaie atteint aujourd’hui 850 pieds. Mais il est encore bien trop tôt pour crier victoire, notamment après le coup de chaud de 2019 qui a engendré une mortalité de 24 %. Toujours en phase dite d’installation (autrement dit, l’implantation va-t-elle tenir ?), la plantation atteindra dans une dizaine d’années seulement la phase d’éducation, qui déterminera quels arbres produiront du bois d’œuvre, et quels autres devront être élagués, avant d’arriver, bien plus tard, à la phase finale dite de production. Mais aujourd’hui, la parcelle de Geoffroy de Moncuit sert d’observation expérimentale pour l’avenir.

Des arbres venus d’ailleurs

Dans le domaine public, l’Office National des Forêts (ONF) teste de son côté, en forêt d’Orléans, d’autres espèces d’arbres dans des « îlots d’avenir », ceinturés de grillage, pour que le gibier ne grignote pas les tendres pousses, que l’humain ne piétine pas les branches en formation, ou pire, que personne ne vole les jeunes plants. Sur 37 parcelles d’une contenance totale de 60 hectares, l’ONF a ainsi planté différentes essences d’arbres venues d’ailleurs. L’idée est de suivre leur croissance uniquement sur l’aspect sol et climat, avant de les laisser en accès libre aux animaux.

Soixante espèces issues des mêmes graines sont actuellement à l’étude en forêt d’Orléans, en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie, pour étudier leurs réactions sur différents sols et climats. Les résultats seront mis à la disposition des chercheurs forestiers, avec l’espoir qu’un réseau se constituera par la suite pour transmettre sur le très long terme les bonnes pratiques.

Au beau milieu de la plus grande forêt domaniale de France, les promeneurs pourront peut-être un jour s’extasier devant des liquidambars, stars des étés indiens de l’Amérique, capables d’offrir toutes les nuances de l’ocre rouge aux oranges cuivrés, ou encore préférer des métaséquoias, espèce découverte en 1941 à l’état de fossile dans un temple en Chine, et dont les graines sont arrivées en Europe en 1949. Ils peuvent atteindre 60 mètres de haut. Mais pour voir ça, il faudra patienter (au moins) 60 ans. 

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