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De l’électricité dans l’air(N)
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De l’électricité dans l’air(N)

De l’électricité dans l’air(N)

Le Loiret a envoyé dimanche soir deux députés Rassemblement national au Palais-Bourbon. Le reflet en local d’un véritable séisme politique national, qui ouvre la porte à une période d’incertitudes et d’équilibres (très) instables.
Benjamin Vasset
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« Les électeurs ont anticipé la proportionnelle que nous demandions et que Macron n’a jamais faite… » C’est la leçon, un brin ironique, que Thomas Ménagé, nouveau député Rassemblement national du Loiret, tirait lundi dernier du deuxième tour des élections législatives. Car avec 89 députés élus en France, soit onze fois plus qu’en 2017, c’est bien le RN qui a été le grand gagnant de ce scrutin. « Il n’y a plus de plafond de verre », enchérissait la veille Valentin Manent, candidat RN battu de seulement 11 voix dans la cinquième circonscription du Loiret par son concurrent Ensemble (contacté mercredi matin, Valentin Manent n’avait pas encore pris de décision sur un dépôt de recours éventuel, ndlr). À quelques bulletins près, le parti de Marine Le Pen aurait ainsi pu envoyer trois députés loirétains au Palais-Bourbon. Ce qui, au début de la campagne, était l’objectif affiché par ses troupes dans le département… Quatrième, troisième et cinquième circonscriptions : c’était, dans l’ordre, les territoires que le RN avait cochés comme étant les plus gagnables. Banco : dans le Montargois (4e circonscription), Thomas Ménagé, débarrassé de Jean-Michel Blanquer, n’a fait qu’une bouchée de son rival Nupes, le communiste Bruno Nottin. Dans la troisième circonscription, Mathilde Paris, qui devançait de plus de dix points Karine Barbier au soir du premier tour, l’a aussi assez largement emporté. Sa rivale d’Ensemble n’a visiblement pas bénéficié de tous les reports de voix des candidats LR (Claude de Ganay) et UDI (Jean-Luc Riglet), qui s’étaient auto-détruits au premier tour. « Ensemble a fait un très mauvais choix de candidat sur cette circonscription, analysait mardi Emmanuel Tasky, secrétaire départemental des Républicains. S’ils avaient désigné Francis Cammal, le maire de Gien, ils passaient. » Toujours est-il que Mathilde Paris, la responsable loirétaine du RN, était considérée, dès le début de la campagne, comme une très sérieuse rivale par ses adversaires. Ce qui s’est vérifié, d’autant que sa communication a été pour le moins audacieuse : sur sa profession de foi du second tour, elle n’a pas hésité à inscrire son numéro de téléphone… personnel au cas où ses (futurs) électeurs voudraient la joindre. Difficile de faire plus à « portée d’engueulade » ! L’avenir dira si Mathilde Paris changera de numéro dans les mois qui viennent…

Fracture territoriale

Bien que marquant, ce doublé des candidats RN dans le Loiret rural ne fut pas une réelle surprise. Le Rassemblement national lui-même ne s’y était pas trompé, puisqu’il avait engagé sur les circonscriptions rurales des représentants aguerris, tandis que les première, deuxième et sixième circonscriptions du Loiret, plus urbaines, avaient été confiées à des personnalités plus effacées, qualifiées même par certains de « faire-valoir ». Ainsi la fracture territoriale entre le Loiret des villes et le Loiret des champs a (de nouveau) éclaté au grand jour, dimanche soir. « Il y a chez certains habitants de zones très rurales une peur d’être “envahis” par des populations d’Ile-de-France », analyse chez les LR Emmanuel Tasky. L’abandon des campagnes par une Macronie repliée dans son parisianisme, c’est le message en mode gros sabots que les candidats RN ont d’ailleurs martelé au cours des dernières semaines. Le dispositif Petite Ville de demain mis en place au cours du dernier quinquennat, et dont La Ferté-Saint-Aubin a par exemple bénéficié ? L’implantation d’une vingtaine de maisons France Services dans le département ? Les candidats Rassemblement national se sont bien gardés d’en parler, bien aidés par le fait que ce type d’infrastructures ait d’abord été implanté, dans le Loiret, dans des communes de taille moyenne (Beaugency, Lorris, Le Malesherbois, Meung-sur-Loire, Neuville-aux-Bois…).

« Remise en cause »

La ruralité, Richard Ramos dit l’avoir traversée de long en large durant son dernier mandat de député dans la sixième circonscription du Loiret. Facile vainqueur de l’Insoumis Olivier Hicter sur ce territoire, dimanche dernier, il a sorti l’artillerie lourde en faisant goûter lors de sa campagne à un pâté portant son nom. Cela a bien fait rigoler ses concurrents, mais l’initiative a renforcé son image d’élu de terrain, pour ne pas dire de terroir. Le héraut de la bonne bouffe, comme il en a cultivé l’image au cours du quinquennat précédent, repart donc pour un tour, comme ses collègues Stéphanie Rist et Caroline Janvier. Chez ces trois sortants de la majorité présidentielle, on entendait trois discours qui reflétaient à la fois leur personnalité et leur positionnement. Très mesurée, Stéphanie Rist évoquait dimanche soir « un résultat global qui nous engageait à rester humbles ». Plus crue, Caroline Janvier ne se faisait pas prier pour parler d’un « désaveu » au niveau national : « Ce résultat nous appelle à une remise en cause importante de notre façon de fonctionner », concédait-elle. En bon stratège, Richard Ramos s’imaginait user déjà de sa « cote de sympathie élevée » pour aller chercher des voix chez certains députés de la Nupes quand il faudrait trouver des majorités de circonstance à l’Assemblée. « Il va nous falloir apprendre à travailler sans majorité absolue, précisait-il. Cela va rendre ce mandat à la fois plus dangereux, mais aussi plus intéressant. Pendant cinq ans, j’ai eu l’impression d’être parfois un pin-pin de la République (sic). Là, les députés vont enfin avoir du pouvoir. Désormais, on va pouvoir envisager de reprendre le pouvoir sur la technostructure. »

« Ils vont foutre le boxon »

Presque une bonne nouvelle, à l’entendre, même si depuis lundi, les éditorialistes de la presse nationale s’en donnent à cœur joie sur « l’impossibilité de gouverner le pays » alors que vont asseoir à l’Assemblée 89 députés RN et 150 élus de la Nupes. « Ils vont chercher à fracturer la démocratie », énonce Richard Ramos, tandis qu’un cadre local de la gauche loirétaine imagine déjà les députés Insoumis « mettre le boxon » au Palais-Bourbon. Reste que la pérennité de la Nupes sera un des enjeux majeurs de la législature qui s’ouvre. « A priori, il n’y a pas de raison qu’elle se divise, estimait dimanche soir l’Insoumis Olivier Hicter. Face à la politique de maltraitance sociale qui s’annonce, cette union ne peut pas se défaire. » Sur le terrain, cette alliance récente a en effet permis à des mouvements qui au mieux ne se parlaient pas de construire des ponts. Mais à l’épreuve de l’opposition, l’esprit de boutique ne va-t-il pas reprendre le dessus une fois que chacun aura constitué ses groupes ? « La Nupes ? Elle vole déjà en éclats, assène Emmanuel Tasky, secrétaire départemental des Républicains dans le Loiret. C’était une alliance circonstanciée pour ces élections, et ce fut d’ailleurs tout le génie de Mélenchon. Mais il y a trop de marqueurs idéologiques différents entre les Insoumis et les communistes. » Pour avancer mais également pour diviser, il n’est d’ailleurs pas impossible que la Macronie drague certains députés PS et EELV. « Moi, je fais des différences entre les députés de la Nupes », reprenait d’ailleurs Caroline Janvier, dimanche soir. Si la majorité ne s’interdit pas de travailler avec certains élus socialistes et écolos, elle n’exclut visiblement pas de le faire non plus avec quelques… RN, ainsi que l’ont déclaré Eric Dupond-Moretti et… Richard Ramos, mardi, au cours d’une prestation télévisée diversement appréciée. Les Républicains, qui ont réussi à sauver une soixantaine de députés, s’attendent eux aussi à être courtisés. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si leur président, Christian Jacob, a été le premier chef de parti à être reçu mardi par Emmanuel Macron. La position officielle des Républicains est qu’il ne faudra pas se compromettre, bien que certains, comme Jean-François Copé, aient déjà appelé à un pacte de gouvernement. « Sa position est ultra-minoritaire », conteste cependant Emmanuel Tasky. Certains « Rep’ » ne veulent pas voir la digue céder définitivement face aux offensives de la Macronie : ils pensent que le clivage droite/gauche réapparaîtra très bientôt, une fois que la guerre de succession au sein du camp Macron fera rage.  

Dissolution à prévoir ?

Dans ce contexte, parler d’« incertitude » relève du pléonasme. La nouvelle Assemblée va cependant entrer très vite dans le dur, avec un texte sur le pouvoir d’achat, notamment, qui devrait cristalliser les premières tensions : Nupes et RN feront-ils front commun pour s’opposer aux premières propositions du Gouvernement ? Multiplieront-ils les amendements au risque de bloquer le processus ? Certains observateurs locaux pensent que le président de la République n’attendra pas longtemps avant de dissoudre l’Assemblée pour tenter de retrouver une majorité absolue. Si politiquement, la période sera sans doute passionnante à suivre, entre intrigues de couloirs et coups de billard à trois bandes, elle pourrait aussi découler sur des mois d’immobilisme qui seraient autant de temps perdu pour répondre aux enjeux, notamment climatiques, de l’époque.

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