« Il n’y aura pas de diplômes bradés »

Alors que le nombre d'apprentis est attendu en baisse dans certains secteurs, le Centre de Formation d’Apprentis (CFA) de la Chambre défend la qualité des diplômes obtenus cette année. Un point avec son directeur, Jérôme Kohn.
Propos recueillis par Gaëla Messerli
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On estime qu’avec la crise sanitaire, le nombre d’apprentis pourrait baisser pour la rentrée 2020 et qu’il existe un risque d’affaiblissement de certains CFA…

Pour moi, le pessimisme n’avance à rien. On estime cependant, c’est vrai, une baisse de l’ordre de 10 à 12 % dans certains secteurs. Il y a aussi le risque, en cette période de crise, que l’apprentissage soit utilisé comme une ressource humaine low cost : cela s’est d’ailleurs déjà vu lors des précédentes crises. Il faudra donc être vigilant pour vérifier que les entreprises jouent bien leur rôle auprès des apprentis.
Il y a aussi le risque de défaillance d’entreprises dans cette période, et nous devons pouvoir replacer les jeunes très rapidement. Nous avons déjà eu deux cas. Pour les CFA historiques, je pense cependant qu’il n’y a pas d’inquiétude.

Quels sont les secteurs les plus concernés par cette crise ?

L’hôtellerie-restauration. Aujourd’hui, les restaurateurs et hôteliers ne peuvent plus proposer les mêmes services qu’habituellement. Par exemple, les hôteliers qui ont une piscine vont devoir attendre un mois, à partir d’aujourd’hui (lundi 29 juin, ndlr), avant d’obtenir une autorisation d’ouverture de l’ARS… Les chefs d’entreprise, même avec de l’activité, ont aussi la tête ailleurs. De plus, quand on respecte les règles de distanciation sociale, il faut d’abord organiser les rotations avec ses salariés, et l’apprenti n’a pas de place. Pour l’automobile, on s’attend à un tassement : ce secteur, ainsi que la beauté, a été mis en bulle. En revanche, le secteur de l’alimentaire a bien fonctionné, et cela continue.

« Le pessimisme n’avance à rien »

Comment se présentent les examens ?

Bien. Contrôle continu ne veut pas dire examen au rabais. Personnellement, je suis pour un panachage, mais il faut enlever l’idée de la tête des employeurs que la promotion 2020 aura passé un examen au rabais. Ceux qui ont travaillé sérieusement toute l’année n’auront pas un diplôme bradé !

Avec la crise sanitaire, vous avez mis en place des portes ouvertes virtuelles…

Oui, comme les forums où nous rencontrons habituellement les jeunes n’ont pu avoir lieu, nous misons tout sur le numérique. Cela semble marcher. Nous avons déjà des contacts, mais c’est le début avec, en plus, une année de réforme. Avec le confinement, nous nous sommes posés la question du digital. Nous allons continuer de mixer présentiel et 20 % de cours à distance dès la rentrée. Notre hantise, avec le confinement, était de voir nos apprentis non encadrés, mais cela n’a pas été le cas : 60 % d’entre eux ont été entourés par leurs proches ; nous sommes donc loin de l’image de l’apprenti isolé. Nous sommes cependant partis de rien, et 391 classes virtuelles se sont déroulées avec plus de 50 % de taux de participation. Globalement, nous n’avons que 30 apprentis en rupture totale numérique sur le millier que nous suivons. Ceux-là, nous les avons fait revenir en priorité avec le déconfinement. Le bilan est, donc, plutôt positif. Nous pouvons souligner l’effort colossal des équipes, aussi bien les administratifs que les professeurs, qui ont fait preuve de solidarité et de créativité. 

« Nous formons aux consommations de demain »

De nouvelles formations ouvriront-elles pour la rentrée 2020 au CFA de la CMA 45 ?

Nous avions prévu quatre ouvertures, mais finalement, nous n’ouvrirons que deux mentions complémentaires : la mention barman à destination des restaurateurs et bars, et la mention dessert de restauration, qui permet d’aller au-delà des desserts de base que l’on apprend dans une formation de cuisinier.
En 2021, nous devrions ouvrir un bac pro service en salle et un bac pro cuisine. Nous ne cherchons pas à coller à une demande déjà installée ; nous formons aux demandes de consommation et de techniques de demain. C’est pour cela que nous avons une cuisine connectée, une école de bistronomie, un ban de colorimétrie en carrosserie au CFA, et que nous mettons en place une école du pneu. La législation européenne fait que les pneus doivent être réparables ; nous formons donc à ces nouvelles pratiques. Nous réfléchissons aussi à une école du soin et du bien-être pour les spas dans l’hôtellerie. Ce qui nous caractérise, c’est l’excellence, mais aussi les
nouvelles pratiques. 

« Cette réforme recentralise l’apprentissage »

On parle de féminisation de certains métiers. Qu’en est-il au CFA ?

C’est de plus en plus vrai dans nos formations. Nous avons des jeunes femmes souvent diplômées d’un bac en automobile. En pâtisserie, il y a aussi une très forte féminisation. Nous retrouvons des femmes en boucherie. À noter que nous accompagnons aussi environ 300 jeunes, sur un millier chaque année, sous forme de parcours individualisé. Il s’agit aussi bien de personnes diplômées venant du général que de jeunes avec des difficultés comme la dyspraxie ou dysgraphie. Nous procédons à un renforcement dans des matières professionnelles pour les uns et à un renforcement des matières générales pour les autres.

2020 est une année de réforme pour l’apprentissage. Qu’est-ce qui change ?

L’apprentissage doit devenir la voie professionnelle d’excellence. La réforme recentralise l’apprentissage au niveau financier et maintenant, il faut aller à Paris discuter avec des organismes représentant les branches, qui ont en face d’eux plusieurs milliers de CFA et pas forcément la connaissance territoriale. La Région reste cependant très engagée dans le champ de ses compétences.

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