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Zemmour, combien de bataillons ?
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Zemmour, combien de bataillons ?

Zemmour, combien de bataillons ?

Dans le Centre-Val de Loire et le Loiret, des jeunes gens, regroupés au sein du mouvement Génération Z, militent activement pour porter la candidature d’Éric Zemmour à la présidentielle. Qui sont-ils, et quel est le cheminement qui les a conduits à se mobiliser derrière le polémiste ?
BENJAMIN VASSET
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Zemmour, combien de bataillons

La ligne d’arrivée est encore bien lointaine, mais si l’élection présidentielle devait avoir lieu aujourd’hui, Éric Zemmour serait sans doute placé. Lors d’un énième sondage publié la semaine dernière, le polémiste a en effet été crédité de 17 % des intentions de vote, ce qui le propulserait au deuxième tour. Pas étonnant : depuis cet été, poussé par la publication de son livre et par une fièvre médiatique intense, il phagocyte, voire sature, le débat politique. On demande à tous les partis, de droite comme de gauche, de se positionner par rapport à ses déclarations. Zemmour a déjà été l’homme de la rentrée, reste à savoir s’il sera celui du printemps prochain. En l’état actuel des choses, il n’a toujours pas exprimé clairement s’il était candidat à l’investiture suprême. À force de faire planer le suspense, certains, à droite, commencent à émettre des doutes sur la candidature potentielle du trublion, lequel demande à ce qu’on le laisse « choisir (son) moment ». Éric Zemmour connaît trop le système médiatique pour ne pas savoir que plus longtemps il laissera planer le mystère, plus il restera au centre du jeu, des discussions, du bruit. « Je ne suis pas dans ses petits papiers, mais on sait qu’il ne se cache plus d’y réfléchir, confirme diplomatiquement Thibault Picard Destelan, responsable du mouvement Génération Z en Centre-Val de Loire. Il sait aussi que s’il n’y allait pas, il décevrait beaucoup de personnes… »

Le « feu sacré »

De « déception », il en est beaucoup question, d’ailleurs, quand on interroge ce jeune Tourangeau sur les raisons personnelles qui l’ont amené à se ranger derrière le polémiste. Ancien du syndicat UNI, il a commencé à militer au début des années 2010 au sein de la Manif pour Tous. « À ce moment-là, dit-il, j’étais assez sensible à la figure de Jean-Marie Le Pen, que je trouvais éloquent et courageux. Mais l’image bonhomme d’un Chirac me plaisait aussi beaucoup. Ensuite, je n’ai pas réussi à trouver mon parti. Le FN ? L’UMP ? Sens Commun ? Je ne savais pas trop. J’ai été déçu par la politique, avec ses guerres de place, ses échelons. J’avais beaucoup d’affection pour certaines personnes au sein des LR, mais dès qu’on voulait les faire aller à droite, c’était compliqué… » Dans le même temps, le discours d’Éric Zemmour a commencé à monter, au gré des interventions médiatiques du bateleur. Comme beaucoup, Thibault Picard Destelan a découvert le polémiste à la télévision, chez Laurent Ruquier, le samedi soir. « J’avais 14 ans, et la première fois que je l’ai vu, j’ai dit à mon père : “Quel gros réac”… » Un mot dont je n’avais pas compris le sens. Aujourd’hui, je l’ai appréhendé, et je peux dire que nous sommes révolutionnaires, parce que réactionnaires. Et nous avons arrêté de nous en excuser. » 

Malgré ses 21 ans, Eva Berroyer, référente de Génération Z dans le Loiret, semble elle être aussi une « déçue » de la droite de gouvernement. « J’ai intégré le mouvement en juillet dernier, raconte cette jeune étudiante en fac d’éco-gestion. Je n’avais plus aucun espoir politique. Aujourd’hui, je suis toujours de droite républicaine. Or, quand on parle de Zemmour, on pense à un facho, ce qui est tout sauf le cas. » En 2022, Eva Berroyer n’a pas encore voté pour une élection présidentielle. Mais si elle avait pu, elle aurait, en 2017, glissé un bulletin pour François Fillon. D’ailleurs, les thèmes de la droite hyper-décomplexée, libérale sur le plan économique et traditionnelle voire traditionaliste sur le plan des valeurs, Thibault Picard Destelan dit qu’elles sont aujourd’hui portées par Éric Zemmour : « Je partage son analyse sur la fin du roman familial, sur la priorité qu’il veut accorder aux Français sur les aides, sur la fin du droit du sol ou sur l’expulsion des délinquants étrangers. Il ne s’excuse d’ailleurs pas de penser ce qu’il pense, il n’a pas peur de suivre le fil de son raisonnement jusqu’au bout. » Tout le contraire, semblent dire ces jeunes, de la droite d’appareil qui brillerait plus par sa soif de pouvoir que par ses convictions. « Les LR, c’est une machine à s’auto-entretenir », ose ainsi Thibault Picard Destelan. Selon Eva Berroyer, « beaucoup de jeunes LR » seraient d’ailleurs en train de rejoindre Génération Z dans le Loiret; elle avance ainsi le chiffre d’une cinquantaine d’adhérents pour le moment, dont une « trentaine de membres actifs ». Au niveau de la région Centre-Val de Loire, Thibault Picard Destelan évoque lui « 300 personnes » qui auraient rempli le formulaire d’adhésion à Génération Z, dont 150 membres actifs. Parmi eux, la moitié serait répartie, à parts équivalentes, entre le Loiret et l’Indre-et-Loire. Ces militants ont commencé à se rendre visibles après les élections régionales, quand les premières affiches ou affichettes « Zemmour Président » ont commencé à fleurir sur les lampadaires des villes de la région. « Dans tous les départements, ça colle toutes les semaines, affirme Thibault Picard Destelan. Ils ont le feu sacré. » Et l’envie de renverser la tabl. « Je commence juste à comprendre ce qu’est une campagne électorale. Je dis aux jeunes qui nous rejoignent que l’objectif que nous avons n’est pas que les gens pensent comme Zemmour, mais que les gens qui pensent comme Zemmour votent pour Zemmour…. Nous devons prouver qu’il a la stature d’un Président. » 

Ces militants de Génération Z n’ont pas vocation à faire du lobbying auprès des maires ou des élus du coin pour qu’ils apportent leur (précieux) parrainage au potentiel candidat. Une mission qui est plutôt celle de l’Association des Amis d’Éric Zemmour. Sauf que la frontière entre cette dernière et Génération Z est du genre poreux. Preuve de cette imbrication, Eva Berroyer, la responsable loirétaine de Génération Z, indique qu’en tant que… membre « des ambassadeurs d’Éric Zemmour », elle se charge aussi de ce travail de « démarchage » auprès des élus de la région. Elle affirme ainsi qu’une « trentaine de parrainages » ont déjà été reçus ou sont en passe d’être reçus du Loiret pour soutenir la candidature d’Éric Zemmour. Évidemment, aucun nom n’est dévoilé. Mais comme élu « zemmouro-compatible », Thibault Picard Destelan cite dans le Centre-Val de Loire Spike Groen, jeune maire LR de Saint-Gilles (Indre), élu dans sa commune à seulement 19 ans, qui a créé récemment un comité de soutien à Éric Zemmour dans son département… Et Serge Grouard, maire LR d’Orléans qui intervient régulièrement sur CNews, ancien employeur d’Éric Zemmour, aurait-il, par certaines de ses prises de position, les faveurs de Génération Z ? Eva Berroyer, arrivée il y a quelques mois à Orléans, explique « ne pas très bien le connaître. Mais il semble être un bon maire, notamment sur le plan de la sécurité ». Même son de cloche en Touraine, chez Thibault Picard Destelan, qui indique « avoir découvert Serge Grouard lors des dernières Fêtes de Jeanne d’Arc »*.

* Une polémique avait éclaté à propos d’un documentaire sur les Fêtes johanniques. France 3 avait refusé de diffuser ce film financé par la Ville d’Orléans car

l’une des voix off était celle de Charlotte d’Ornellas, ancienne Jeanne d’Arc et journaliste à Valeurs actuelles. Serge Grouard s’était ensuite élevé contre la « censure » supposée de la chaîne publique, dont des responsables avaient ensuite reçu des menaces de mort.

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