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Comment en est-on arrivé là ?
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Comment en est-on arrivé là ?

Comment en est-on arrivé là ?

À la veille du second tour, beaucoup de Français ne veulent pas choisir entre « la peste et le choléra » et préfèrent s’abstenir tandis que d’autres hésitent à aller voter pour faire barrage à la candidate venue de l’extrême droite… Il est loin le temps du front républicain quand la présence des Le Pen au second tour suscitait l’indignation quasi générale… Pourquoi, après cinq ans de macronisme, se retrouve-t-on dans cette situation ?
par Patrice Naour

Dimanche 24 avril, la France désignera son nouveau président de la République qui, ce n’est pas exclu, pourrait être une présidente. Car oui, Marine Le Pen, loin d’être disqualifiée par sa pitoyable prestation lors du débat de l’entre-deux-tours il y a cinq ans, est revenue du diable vauvert pour – reprendre une expression du vocabulaire sportif – et a gagné le droit de disputer le match retour contre Emmanuel Macron. Comment en est-on arrivé là ? Comment la candidate d’extrême droite qui, on le répète, s’était ridiculisée en 2017, peut être aujourd’hui une candidate sérieuse et plus crédible que jamais à l’Élysée ? Comment a-t-elle pu opérer une telle mue ces dernières mois que le monstre Le Pen qui effrayait encore tant de gens il y a quelque temps s’est transformée en doux agneau capable d’attirer à elle des millions d’électeurs, égarés ou déboussolés ? Ou plutôt excédés, écœurés, dégoûtés, révoltés…
Car oui, cinq années de politique macroniste n’ont pas eu tous les effets escomptés. Lui qui avait promis de réenchanter l’avenir, de réconcilier les Français avec la politique mais aussi de contenir la poussée de l’extrême droite en France, a échoué dans bien des domaines, et, en particulier sur ce dernier. Non seulement Marie Le Pen est au second tour avec 23,1 % des suffrages et un peu plus de 8 133 000 voix mais les errances et les déficiences du mandat macroniste ont en plus engendré le « zémourisme », variant autrement plus effrayant que le « lepénisme » qui, par comparaison, est apparu soudain plus inoffensif…

La passionaria des couches populaires

Mais pour répondre à la question « Comment en est-on arriver là ? », il y a évidemment un faisceau d’explications, de facteurs concordants, d’éléments qui se combinent pour donner cette France fracturée. On emploie à dessein cette expression car, souvenez-vous, en 1995, l’ancien président Jacques Chirac avait fait campagne sur ce thème de « la gravité de la fracture sociale qui menace – je pèse mes mots – l’unité nationale » tel qu’il était indiqué dans son programme présenté en janvier de la même année. Les Français et l’Histoire ont retenu l’expression « fracture sociale ». Le diagnostic était le bon et le bon docteur Chirac avait été choisi par les Français pour se mettre au chevet de la France et délivrer son ordonnance afin de la soigner. Or, vingt-sept ans plus tard, qu’en est-il ? Eh bien beaucoup s’aperçoivent aujourd’hui que cette fracture sociale, non seulement ne s’est jamais réduite, mais qu’elle s’est même aggravée au point de donner jour à une France profondément divisée, fracturée…
Comment à la suite du mouvement des Gilets jaunes, le président de la République n’a-t-il pas pu, voulu percevoir ce bout de France qui partait à la dérive vers les rivages dangereux de l’extrêmisme ? Sans doute que cela l’arrangeait de rejouer le même match qu’il y a cinq ans face à une Marine Le Pen qu’il sait pouvoir contrôler lors du débat de l’entre-deux-tours. Le problème, c’est que la donne a changé en cinq ans et celle qui apparaissait comme une candidate faire-valoir de bon aloi est devenue la passionaria pour certains milieux populaires. 

la fracture sociale : chirac l’a diagnostiquée, macron l’a renforcée

Eh oui, M. Macron, non seulement vous n’êtes pas parvenu à réconcilier les Français avec la politique mais vous n’êtes pas non plus parvenu à arrimer une grande frange de la population – la plus populaire – à votre action. Et on se retrouve aujourd’hui avec une France fracturée en trois blocs quasi irréconciliables, très remontés les uns contre les autres, et la prédiction de Jacques Chirac sur l’unité nationale menacée se trouve réalisée aujourd’hui. Vous n’êtes pas seul responsable, M. Macron, tous les gouvernants depuis 1995 ont leur part de responsabilités dans cette situation, mais vous êtes celui qui est aux manettes. Et, comme vos prédécesseurs, vous avez échoué à réconcilier « la France d’en bas » – pour reprendre une autre expression qui a eu son heure de gloire, celle d’un ancien Premier ministre de Chirac, Jean-Pierre Raffarin – avec celle d’en haut. Oui, il y a bien deux France aujourd’hui : celle des bien lotis, bien logés, bien nourris, qui gagnent bien leur vie – elle vote Macron – et celle des laissés pour compte, des oubliés des campagnes ou des périphéries pour qui faire le plein du frigo comme de l’auto est devenu problématique – cette France-là a trouvé sa candidate cette année.

Encore cinq ans comme ça et on y a droit…

Autre élément, conjoncturel celui-là, qui a son importance dans cette élection : l’envolée des prix de l’énergie est venue mettre en difficulté le candidat Macron sur le terrain du pouvoir d’achat alors que Marine Le Pen était renforcée dans son positionnement social. Car, oui, la candidate du RN n’apparaît plus comme l’agitée de l’extrême droite, élitaire, sectaire, identitaire et autoritaire mais comme une « sociale populiste » empathique, à l’écoute des Français des couches populaires…

Quelle mutation ! Autant en 2017, Emmanuel Macron avait eu l’intuition que les Français ne voulaient plus des partis traditionnels (LR et PS) et étaient las de l’affrontement historique droite-gauche et était parvenu à transformer présidentielle en ni-ni puis en un « dégagisme » massif lors des législatives, autant cette année Marine Le Pen a senti que les classes populaires étaient orphelines d’une gauche qui continue de désespérer Amazon après avoir désespéré Billancourt… Elle s’est donc positionnée sur le créneau social pour s’enraciner dans l’électorat populaire. La transformation de son parti de Front en Rassemblement national, tout comme la mise à l’écart de son père, figure encombrante, de son paysage politique, ont adouci son image. Pour ses mœurs on ne sait pas encore et on ne veut pas le savoir…

Mais plutôt que de jeter l’anathème sur les électeurs de Marine Le Pen en les traitant de « fachos » – ce qu’ils sont pour une infime minorité d’entre eux –, il faut plutôt se demander pourquoi tant de nos compatriotes se tournent vers la fille de son père en espérant que le salut vienne d’elle. À force de ne pas régler les problèmes de fond qui minent la société française depuis trois décennies maintenant, on finira par l’avoir notre présidente populiste. Pour cette fois peut-être pas, mais encore cinq ans d’errances, de négligences et de mépris de classe, et on y aura droit ! 

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