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Culture à l’arrêt : les intermittents sur très inquiets
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Culture à l’arrêt : les intermittents sur très inquiets

Culture à l’arrêt : les intermittents sur très inquiets

Avec les salles de spectacles fermées, les producteurs et directeurs de structures observent avec inquiétude le trou se creuser dans leur comptabilité. Mais c’est aussi l’avenir des travailleurs intermittents du spectacle qui est fragilisé. Ils sont plus de 63 000 en région Centre-Val de Loire.
Emilie Mendonça
Culture à l’arrêt

Avec des salles de spectacles fermées de mars à mai 2020, puis depuis novembre dernier, les concerts et festivals de l’été annulés, le monde de la culture connaît une crise sans précédent. Si on laisse de côté télévision et cinéma, qui ont pu reprendre leurs tournages, les arts vivants (théâtre, danse, musique, arts de rue…) sont eux encore sur « pause ».

La santé financière du secteur est bien sûr fragilisée. Les cris d’alarme des sociétés de production tourangelles AZ Prod ou Cheyenne Production ont retenti en 2020, avec des pertes records de plusieurs millions d’euros. L’emploi des intermittents du spectacle est lui aussi remis en question, en lien avec un régime particulier qui pourrait être mis en danger.

En France, un intermittent du spectacle doit effectuer en 10 mois au moins 43 cachets, soit 507 heures de travail (qui souvent n’incluent pas les heures de répétition ou de démarches administratives). Si le quota est atteint et le dossier validé, l’artiste ou technicien bénéficie alors de ce régime spécifique d’indemnisation Pôle Emploi, selon des modes de calculs qui rebuteraient plus d’un prof de maths.

Au-delà de la frustration de ne pas pouvoir exercer leur métier, les artistes et techniciens du spectacle ont donc aujourd’hui des revenus moindres qu’en temps normal. Les débutants qui pensaient entrer dans l’intermittence au printemps dernier se sont retrouvés sans indemnités, avec pour seul recours le RSA s’ils n’ont pas trouvé de plan B. Dominique Chanteloup, représentant du CIP37-Collectif Intermittents et Précaires d’Indre-et-Loire, s’inquiète ainsi « de voir une augmentation de la précarité, dans un milieu où elle était déjà présente ». Et la décision du gouvernement de créer une « année blanche », avec le report de la date limite au 31 août 2021 pour valider les 43 cachets, n’est pas la panacée.

Le stop & go et ses conséquences

À la question concrète de la gestion des dossiers – « Pôle Emploi mettra sans doute plusieurs mois à traiter toutes les demandes qui arriveront en août ! » –, pour Dominique Chanteloup et si la vie culturelle ne reprend pas d’ici l’été prochain, cela ne permettra pas aux intermittents d’atteindre l’objectif. C’est l’inquiétude de Léa Caraballe, technicienne lumière habituée des festivals et des salles de spectacles, qui ne peut plus démarcher les organisateurs comme elle le faisait chaque mois, car eux-mêmes ne savent pas de quoi demain sera fait. « Si vous m’aviez posé la question en octobre, j’aurais dit que je bouclerais mes cachets sans problème pour août. Mais aujourd’hui, ce n’est pas gagné. » Éric Duverger, batteur-percussionniste dans cinq groupes locaux, comptait en effet sur l’animation des marchés de Noël et des carnavals, puis la Saint-Patrick, pour compenser l’absence de concerts en salles. Mais les dates de mars 2021 commencent à s’annuler en masse. « La bouée de sauvetage, ce sera l’été », espère-t-il.

Une reprise espérée pour l’été

Mais l’été sera-t-il sauvé ? Même si les salles rouvrent, le comédien Antoine Miglioretti souligne que tout le monde ne joue pas le jeu. En 2020, il a connu « des annulations qui n’étaient pas dues à la fermeture, mais à des organisateurs frileux, qui ont préféré annuler plutôt que de maintenir un spectacle, pour se couvrir en cas de problème de contamination ».

Quant aux festivals, ils sont aussi dans l’expectative. Le Hell Fest, géant du vignoble nantais, vient de jeter un pavé dans la mare avec sa lettre ouverte à la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot : alors que celle-ci temporise, l’un des plus gros festivals de France explique clairement qu’il faut décider dès maintenant, car un festival ne se prépare pas en deux mois. Il en va de même pour nos événements locaux ! Terres du Son travaille habituellement un an pour proposer ses trois jours de festival en juillet. Aucard de Tours a déjà annoncé sa programmation.
Mais les craintes des intermittents du spectacle vont au-delà de leur parcours personnel. Pour le CIP 37, en plus du manque de considération affiché par le président Macron lorsqu’il recevait les représentants du secteur en mai 2020, c’est la survie même du régime qui est en question. Si les intermittents ne travaillent pas, ils ne cotisent pas aux caisses sociales (maladie, retraite complémentaire, organismes de formation…) qui sont en train de se vider. Et avec la réforme de l’assurance-
chômage à venir, certains craignent le pire : la disparition de l’intermittence et « l’ubérisation » de la culture.
Conscients des contraintes sanitaires, satisfaits d’un jugement du Conseil d’État qui pourrait faciliter la réouverture des salles quand l’épidémie reculera, artistes et techniciens espèrent à présent un nouveau report des dates butoirs, et une meilleure prise en considération de la culture, plus qu’essentielle au bon fonctionnement d’une société en proie aux angoisses nées de cette crise sanitaire…

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