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Orléans Métropole : Christophe Chaillou (PS) élu au prix d’un « consensus » avec Serge Grouard
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Orléans Métropole : Christophe Chaillou (PS) élu au prix d’un « consensus » avec Serge Grouard

Orléans Métropole : Christophe Chaillou (PS) élu au prix d’un « consensus » avec Serge Grouard

Jeudi soir, Christophe Chaillou, le maire PS de Saint-Jean-de-la-Ruelle, a été élu président de la Métropole orléanaise au cours d’une soirée riche en coups de théâtre, où les alliances politiques contre-nature ont fait pencher la balance. Pendant six ans, et au vu du marché passé, il va falloir des trésors de diplomatie pour rendre l’intercommunalité gouvernable.
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Et à la fin, qui a gagné ? Certainement pas les électeurs des 22 communes de la Métropole, qui avaient élu leurs conseillers municipaux les 15 mars et 28 juin dernier, puisqu’avec un tiers des sièges au conseil métropolitain, la gauche a quand même trouvé le moyen de s’adjuger la présidence de l’intercommunalité orléanaise.

Pour boucler la boucle d’un épisode électoral exceptionnel à plusieurs titres (épidémie de Covid, lutte fratricide à Orléans…), il fallait bien un épilogue à la Baron Noir à cet improbable feuilleton. Au bout de réunions de couloirs, de messes basses sans curé et de pressions à peine dissimulées, c’est donc Christophe Chaillou, le maire PS de Saint-Jean-de-la-Ruelle qui a remporté la timbale au bout du deuxième tour de scrutin. Il a finalement battu Matthieu Schlesinger, maire d’Olivet, ancien LR et chef de file du courant de « centre-droit » au sein de l’assemblée métropolitaine. Au vu de son profil, de sa personnalité et de son parcours politique, il était le favori des pronostics et paraissait pouvoir bénéficier des voix de la majorité orléanaise de Serge Grouard pour remporter le morceau.

Schlesinger/ Grouard : l’entente impossible

Las : ce sont les voix de Serge Grouard et de ses amis qui ont porté sur le trône Christophe Chaillou. Croustillant, quand on sait les batailles politiques que se sont menées Serge Grouard et Christophe Chaillou pendant 15 ans. Détonnant aussi pour certains électeurs orléanais de droite, qui n’apprécieront peut-être modérément que leurs voix aient contribué à l’élection d’un président socialiste à la Métropole. Car pour quelles raisons, au juste, Serge Grouard et Matthieu Schlesinger n’ont pas réussi à s’entendre ? Il aurait fallu être dans le secret des conciliabules pour en connaître les raisons profondes. Mais comme tout cela s’est déroulé depuis plus d’une semaine sans caméras, ni micros, et dans le plus grand secret, il faut s’accrocher aux versions des uns et des autres pour tenter d’établir un substrat d’explications. À gauche, pour assurer le service après-vente, certains indiquaient jeudi soir que le maire d’Olivet avait voulu aller « trop vite, trop fort » et avait « humilié » Orléans et son maire en ne lui proposant que cinq vice-présidences. Matthieu Schlesinger a nié cette version et assuré qu’il en avait toujours proposé sept à Serge Grouard.

Du mou dans la corde à noeuds

Christophe Chaillou et Serge Grouard, eux, ont donc fini par trouver un terrain d’entente et se sont donc répartis les maroquins. Sur les vingt vice-présidences que comptera Orléans Métropole jusqu’en 2026, sept échoient donc à Orléans -c’est-à-dire à la majorité de Serge Grouard- six aux maires PS, et une à la mairie communiste de Saran. Le reste est réparti au courant dit de « centre-droit » des maires du sud de l’agglomération, notamment.  

Sur ce dossier des vice-présidences, tout semblait finalement se passer entre gens de bonne compagnie, mais le train a quand failli dérailler et laisser un passager sur le quai. En effet, lorsqu’il s’est agi d’élire le 15e vice-président, qui devrait être Florent Montillot, Bruno Cœur, le maire de Bou (plus petite commune de l’agglo avec ses 960 habitants), a posé une candidature dissidente et s’est fait élire à la surprise générale, renvoyant le bras droit de Serge Grouard à ses chères études. David terrassant Goliath ? Il y avait de cela. Cela provoquait pourtant une fausse note dans le concert de violons qui se jouait sur la scène du Palais des Sports. Une longue et pénible interruption de séance eut lieu, et de nouveaux palabres eurent lieu entre ténors : il fallait en effet sauver le soldat Montillot et lui retrouver une place dans l’exécutif. Qu’à cela ne tienne : au bout de longs palabres, Bruno Cœur annonçait sa démission de la vice-présidence dont il s’était fait élire trois quart d’heure plus tôt, et quittait la salle dans la foulée ! Il était imité quelques minutes plus tard par la trentaine d’élus proches du centre-droit que menait Matthieu Schlesinger, lequel trouvait anormal « que l’on force quelqu’un à démissionner ». Sous-entendu : le maire de Bou avait selon lui subi des pressions pour ne pas briser le fragile équilibre des forces bâti par Christophe Chaillou et Serge Grouard.

« Vous vous refaites baiser en 2020… »

La fin de ce conseil métropolitain se finissait dans une certaine confusion, au bout de… six heures de séances qui resteront historiques, quoi qu’il arrive. Lancée sur ces bases, il apparaît assez peu probable que la mandature 2020-2026 soit un long fleuve tranquille : oui, le PS obtient la présidence de la Métropole et six vice-présidences, mais les élus de Serge Grouard vont peser lourd dans les décisions. Et au vu du scénario qui s’est écrit ce jeudi 16 juillet, on doute que Mathieu Schlesinger, qui a eu des mots très durs pour commenter sa défaite (voir plus bas), passe son mandat le petit doigt sur la couture du pantalon.

Pour résumer la situation, un maire de droite s’adressa par ces mots à l’un de ses collègues PS : « je te fais le pari, ça ne durera pas six ans cette histoire. Vous vous êtes faits baiser en 2014, vous vous refaites baiser en 2020 ! » Façon de dire que celui qui tire les marrons du feu s’appelle peut-être et encore Serge Grouard : faute d’avoir pu porter un candidat de sa liste à la présidence de la Métropole, il a fait roi Christophe Chaillou en lui adjoignant six de ses amis –et lui-même à la première vice-présidence- dans l’exécutif. Serge Grouard, qui expliquait, lors de la campagne aux municipales à Orléans, que les électeurs n’avaient pas envie de « tambouille politique », a visiblement retrouvé la place du livre de recettes dans un tiroir de sa cuisine. Pour certains, la pièce montée qui est sortie du four avait le goût d’un poison violent.

N’oublie pas qui t’a fait roi…

Matthieu Schlesinger (citant Aldabert répondant à Hugues Capet), à l’intention de Christophe Chaillou

ILS ONT DIT :

Christophe Chaillou, nouveau président d’Orléans Métropole, au moment de son discours : « Pour moi, c’est un moment un peu émouvant. (La voix éraillée) Mes grands-parents sont arrivés en France en 1939, ils étaient Républicains espagnols. Ils n’ont jamais su ni lire, ni écrire, mais ils nous ont inculqué des valeurs fondamentales. Sur le plan plus politique, j’aurai trois messages : je veillerai à l’équité, à la responsabilité, à l’exemplarité ; je serai pleinement au service de l’intérêt commun. » Face à la presse : « Ma candidature était logique. J’ai proposé une méthode de travail, les élus ont fait un choix. Que moi, maire de Saint-Jean-de-la-Ruelle, soit élu président de la Métropole, le message est fort, non ? C’est un signe de maturité. Un marchandage ? Mais non, enfin ! Matthieu Schlesinger lui-même a cherché rallier des gens aujourd’hui. »

Matthieu Schlesinger, maire d’Olivet, candidat battu à la présidence d’Orléans Métropole : « Il y a des défaites qui honorent et des victoires qui interrogent. Ce soir, on a vu de la politique politicienne. Il y a 4 mois, Christophe Chaillou est venu me chercher pour me dire : qu’en cas de victoire de Serge Grouard à Orléans, j’étais susceptible de rassembler le consensus le plus large des maires. Après, c’est le jeu politique : Christophe Chaillou a vu à un moment donné qu’il avait une opportunité à saisir, et il a joué un jeu personnel qui lui a permis d’être élu. Mais il y a aujourd’hui une majorité à la Métropole qui ne repose pas sur des idées. Je ne sais pas comment ça va fonctionner. Pourquoi je n’ai pas été élu ? Peut-être parce que je suis un homme libre et que la liberté fait peur. J’ai toujours été respectueux de tout le monde. J’appartiens à une nouvelle génération politique, j’ai 38 ans et, ce soir, c’est aussi la victoire de ceux qui sont au pouvoir depuis 20 ans. Ce soir, on m’a encore proposé de retirer ma candidature en échange d’une vice-présidence prestigieuse, et j’ai refusé, parce que ce n’était pas ma manière de m’engager dans cette élection. Je veillerai à ce que les voix qui se sont portées sur moi ce soir soit respectées et reconnues dans le processus de décision. Je suis aujourd’hui dans une minorité qui va vérifier que les engagements pris à l’égard de nos concitoyens seront respectés. Je me battrai pour que la Métropole reste une collectivité de proximité. On nous annonce des dépenses extrêmement importantes pour le projet CO’Met, avec un avenant de 15 M€. Je ne sais pas comment les personnes qui ont été en charge des finances de la collectivité ne pouvaient pas ne pas être au courant. En tout cas moi, en tant que premier vice-président sous l’ancienne mandature, je n’ai jamais été associé ou informé. Il y aura donc des décisions importantes à prendre pour défendre l’intérêt des élus métropolitains et des habitants d’Olivet. »

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