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Dominique Lucas : Born to fly
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Dominique Lucas : Born to fly
Portrait

Dominique Lucas : Born to fly

Après avoir passé 44 ans de sa vie à squatter les airs, ce pilote de ligne a pris sa retraite et est revenu vivre à Saint-Denis-en-Val, près d’Orléans. Retour sur l’impressionnante ascension d’un homme qui a tutoyé les étoiles.
Hugo De Tullio
28 août 1955 : Naissance à Châteauneuf-sur-Loire
1974 : Premier vol sur planeur
Août 2020 : Dernier vol, à destination de Cagliari, en Sardaigne

15 000 : c’est le nombre d’heures de vol réalisées par Dominique Lucas durant toute sa carrière. Pour vous donner une idée, c’est comme si cet ancien pilote de ligne avait passé pas loin de deux ans dans les airs, sans interruption. Cette envie de planer, cet Castelneuvien l’a depuis tout petit, sans savoir vraiment d’où elle lui vient : « Ma mère me disait que quand je voyais un avion dans le ciel, je le suivais des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse… » Enfant, Dominique Lucas rêve ainsi de devenir pilote, malgré des origines « modestes. Mes parents m’ont tout le temps encouragé, mais il a fallu que je travaille », raconte-t-il. Ce labeur, il le démarre dès l’âge de 19 ans, quand il commence à voler à l’aéroclub de Saint-Denis-de-l’Hôtel, d’abord sur planeur. Pour payer ses heures de vol, le jeune homme travaille alors beaucoup en intérim, puis part faire son service militaire. Coup de chance, il est affecté à la base aérienne stratégique de l’armée de l’air à Avord, près de Bourges : « C’était très intéressant, je travaillais au bureau d’information aéronautique, nous préparions les dossiers de vol pour les équipages. C’étaient mes premiers pas vers mon futur travail… » 

Dominique Lucas retourne ensuite à l’université d’Orléans pour suivre les cours du soir de maths-physique, afin de « se remettre à niveau. J’ai préparé mes examens théoriques, c’était compliqué parce qu’il y avait beaucoup de matières… ». Quatorze au total, dont la météo, la navigation ou encore la réglementation aérienne. Malheureusement, le Loirétain ne trouve pas de boulot, faute de recrutements. Peur de rien et envie de tout découvrir, il décide à 25 ans de partir avec sa femme aux États-Unis, à San Francisco. Le but ? Sortir son épingle du jeu concurrentiel : « Le fait d’évoluer en anglais était un plus, dit-il. Et puis la formation là-bas est très bonne, très efficace, pragmatique. On t’apprend ce dont tu as besoin. » Excellent élève lors de sa formation sur bimoteur, Dominique Lucas se voit alors proposer de rester en tant qu’instructeur. Il en profite pour multiplier son nombre d’heures de vol, puis part à Long Beach, à Los Angeles, pour être qualifié sur biréacteur d’affaires et obtenir sa licence de pilote de ligne américaine. Âgé aujourd’hui de 66 ans, ses souvenirs sont encore vifs : « C’était fabuleux ! J’avais l’impression d’être en vacances. Comme dans les films : les palmiers, les bords de mer… Depuis, je suis un fana des USA… »

Le retour en France n’est pas facile, les compagnies ne recrutent toujours pas. Dominique Lucas se résout à travailler au sol, au Bourget, en Seine-Saint-Denis, pour financer les conversions de ses licences américaines. En parallèle, il parvient à dégoter un job de pilote pour une grande marque de vêtements. « Des vols sympas » qui lui font visiter toute l’Europe durant quelques années. Mais sa carrière prend véritablement son envol quand il répond à une annonce de recrutement de la compagnie Proteus Airlines, basée à Lyon. « J’ai été pris sur un turbopropulseur bimoteur », relate sobrement le pilote. Vols intérieurs et frontaliers (Allemagne, Pays-Bas, Italie) deviennent son quotidien, dont il savoure chaque instant : « C’est une seconde nature pour moi, je n’ai jamais eu la moindre appréhension. Le ciel, c’est l’endroit où j’aime être. » Un peu de peur, parfois ? « Non, je n’ai jamais eu de gros soucis. » Peut-être, par moments, une sensation de solitude dans les chambres d’hôtel ? « J’ai toujours occulté le problème de la distance. Tu sais que tu ne vas pas être chez toi tous les soirs en faisant ce métier. Et puis, on est quand même logé dans de superbes chambres, avec son équipage, des gens passionnés. » Une certaine idée du rêve, en somme. 

Sarkozy, Simone Weil, le PSG…

Irréprochable, Dominique Lucas continue à l’être en passant commandant de bord au bout d’un an seulement après être entré dans la compagnie aérienne. Nicolas Sarkozy, Simone Weil, Sheila ou même les footballeurs du PSG font partie de ces voyageurs durant sa longue expérience, qui prend fin en août 2020, lors de son dernier vol, destination Cagliari, en Sardaigne. « J’avais un super équipage que j’ai pu choisir, c’était un gros moment d’émotion », relate-t-il. L’un des autres instants les plus forts de sa carrière fut peut-être un vol charter au départ de Paris-Roissy à destination d’Hurghada, en Égypte : « Le ciel était pur, nous avons longé tout l’est de l’Italie, survolé la Libye jusqu’à Alexandrie, puis descendu toute la vallée du Nil en voyant les pyramides et le désert de très haut… » Des paysages que très peu d’humains ont la chance d’admirer, et que Dominique Lucas va pouvoir continuer d’apprécier, puisqu’il continue à voler à Paris, en qualité d’instructeur. Le compteur à 15 000 heures n’est pas près de s’arrêter…

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