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Carole Benyamin, Le juste mot
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Carole Benyamin, Le juste mot
Portrait

Carole Benyamin, Le juste mot

Carole Benyamin exerce un métier méconnu mais pourtant indispensable à tout amateur de cinéma qui se respecte : installée depuis plus de deux ans à Saint-Jean-le-Blanc, près d’Orléans, elle traduit et sous-titre des films et des séries en tout genre.
hugo de tullio
Carole Benyamin, Le juste mot-HEBDO-ORLEAN-359
2010 démarre un second master en traduction audiovisuelle
2015 se met à son compte
2019 déménage près d’Orléans

Ne dites pas « auteure » mais « autrice », ça risquerait de la fâcher. Le choix du mot adéquat a toujours été capital pour Carole Benyamin, née à Massy, dans l’Essonne, en 1985. Dès son adolescence, au lycée, elle développe un penchant pour les langues et la littérature, et passe un BAC ES option anglais. Belle anecdote de l’époque révélée par l’intéressée : « j’aimais déjà bien traduire des trucs pour moi – en mauvais français certainement – comme des chansons des Spice Girls ou de Britney Spears… » Elle confirme ensuite son histoire d’amour avec les lettres pour faire une Licence LLCE (Langues, Littératures et Civilisations Étrangères) à Paris VII et y étudier notamment Shakespeare. S’ensuit une année à Londres en tant qu’assistante d’une professeure de français dans un collège-lycée : « je faisais des cours d’oral avec des Anglais, en petits groupes. Ça me permettait de m’immerger dans la culture, j’ai adoré ! » Carole Benyamin enchaîne avec un Master en traduction littéraire, langue anglaise, mais ne se considère pas bilingue : « il n’y a pas besoin de savoir parler anglais pour être traducteur : il faut seulement très bien le comprendre et le lire, mais surtout parfaitement maîtriser la langue française… »

« elle travaille sur des séries aussi connues que fargo ou the handmaid’s tale »

Malheureusement, à l’époque, la jeune femme ne sait pas trop quoi faire de ce diplôme : « j’aurais pu partir sur la traduction littéraire, mais ça aurait été difficile car le secteur est bouché, et c’est un métier encore plus solitaire que celui que je fais maintenant… » L’étudiante choisit alors de décrocher un autre Master –professionnel– à Nanterre, pour faire de la traduction audiovisuelle, spécialisée dans le sous-titrage et le doublage. « Un moment clé, raconte-t-elle. C’est là où j’ai compris ce que je voulais faire. » Elle effectue alors trois mois de stage à Titrafilm, société de post-production basée à Saint-Ouen, puis devient autrice et sous-titreuse en freelance. Le panel de créations sur lesquelles travaille Carole Benyamin est très large : cela varie entre les productions américaines (Pretty Little Liars), les séries sous-titrées pour sourds et malentendants (Charlotte aux fraises, Kaamelott) et les films sélectionnés au Festival de Cannes. Une diversité artistique qui impose à la sous-titreuse de s’adapter au vocabulaire de chaque œuvre. Autre difficulté : le fait de ne pouvoir insérer que deux lignes d’écrit maximum pour chaque apparition de sous-titres. « Ce n’est pas de la traduction littéraire où on a la place de mettre ce que l’on veut, décrypte Carole Benyamin. Il faut surtout synthétiser et trouver un mot qui va regrouper deux idées, voire supprimer certaines choses ».

En 2013, elle lâche son statut de freelance et évolue en tant que chargée de projets au sein de Titrafilm. Sa mission ? Faire le lien entre les clients (distributeurs, producteurs, chaînes TV) et les sous-titreurs. L’expérience dure seulement deux ans, car elle se sent « trop frustrée de commander aux adaptateurs des sous-titres » qu’elle a envie d’écrire elle-même… En 2015, Carole Benyamin se met à nouveau à son compte, à plein temps, et bosse sur des séries aussi prestigieuses que Fargo ou The Handmaid’s Tale. Côté films, l’autrice sous-titre en 2017 Conspiracy, pour lequel elle est nommée au prix du sous-titrage de l’ATAA (Association des Traducteurs/Adaptateurs de l’Audiovisuel). « Un prix pour mettre en lumière un métier de l’ombre qui n’est pas récompensé par les cérémonies classiques », définit la traductrice, qui fait également partie de l’association. « Le statut d’auteur existe, mais il est mal reconnu », alerte celle qui a récemment participé à une table-ronde à la médiathèque d’Orléans pour mieux faire connaitre son métier. « Il n’y a pas de congés payés, pas de chômage, et il faut prévoir de ne plus avoir de boulot du jour au lendemain », souligne-t-elle.

Elle seule le voit

Sous-titreuse, un métier solitaire ? Pas forcément pour la trentenaire, qui travaille sur ses séries le plus souvent en binôme, en alternant les épisodes. Après plus de dix ans d’expérience, notre interlocutrice ne ressent aucun signe de lassitude. Pourtant, elle voit chaque programme minimum trois fois, au ralenti, image par image : « ça peut parfois me gâcher le plaisir, mais en général, on voit d’autres choses qu’on ne remarque pas en tant que spectateur, ça permet de disséquer l’histoire, c’est hyper-intéressant ». Installée à Saint-Jean-le-Blanc depuis plus de deux ans, Carole Benyamin est aussi intéressée par l’art au XIXe siècle. Cela tombe à pic : le Musée des Beaux-Arts d’Orléans propose actuellement de replonger dans cette période et de découvrir –entre autres– les tableaux d’Aimée-Brune Pagès, artiste-peintre née en 1803. « Peintresse », préfère employer la féministe, définitivement attachée à la valeur des mots… et à leur symbole.

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